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Partir un jour

Partir un jour

de Amélie Bonnin

  • Partir un jour
  • France2025
  • Réalisation : Amélie Bonnin
  • Scénario : Amélie Bonnin, Dimitri Lucas
  • Image : David Cailley
  • Décors : Chloé Cambournac
  • Son : Rémi Chanaud
  • Montage : Héloïse Pelloquet
  • Musique : P.R2B, Keren Ann, Thomas Krameyer, Germain Izydorczyk, Theo Kaiser, Emma Prat, Chilly Gonzales
  • Producteur(s) : Bastien Daret, Arthur Goisset, Robin Robles, Sylvie Pialat, Benoît Quainon
  • Production : Topshot Films, Les Films du Worso
  • Interprétation : Juliette Armanet (Cécile), Bastien Bouillon (Raphaël), François Rollin (Gérard, le père de Cécile), Tewfik Jallab (Sofiane), Dominique Blanc (Fanfan, la mère de Cécile); Mhamed Arezki (Eddy), Pierre-Atnoine Billon (Richard), Amandine Dewasmes (Nathalie)
  • Distributeur : Pathé Films
  • Date de sortie : 13 mai 2025
  • Durée : 1h34

Partir un jour

de Amélie Bonnin

La joie n'est plus


La joie n'est plus

C’est quoi la France ? On ne s’attendait pas trop à ce que cette ques­tion tra­vaille Par­tir un jour, présen­té comme une comédie musi­cale fédéra­trice – et qui pour­tant ne cesse de mon­tr­er que de fédéra­tion, il n’en est au fond plus ques­tion entre Paris et la France des bourgs. Cécile (Juli­ette Armanet), auréolée de sa vic­toire dans l’émission Top Chef et sur le point d’ouvrir un restau­rant gas­tronomique, est soudaine­ment ramenée à son Loir-et-Cher natal à la suite de l’infarctus de son père (François Rollin). On dit Loir-et-Cher, car une chan­son sem­ble nous l’indiquer, mais on ne saura jamais vrai­ment : sa terre d’o­rig­ine est fig­urée comme un lieu de pas­sage (un restau­rant routier[ref]À not­er que c’est la deux­ième fois con­séc­u­tive, après Le Deux­ième acte, qu’un film français présen­té en ouver­ture du fes­ti­val prend pour scène cen­trale ce (non) lieu inter­mé­di­aire qu’est le restau­rant routi­er. Drôle de coïn­ci­dence, presque l’ébauche d’un symp­tôme – ten­ant de l’entredeux et de l’atemporel, il s’agit d’un espace fan­tas­magorique qui s’entend à la fois comme une représen­ta­tion arché­typ­ale de la France et un décor en dehors du réel.[/ref]) auquel on ne peut accéder qu’en stop. Il s’apparente plus encore à « une faille tem­porelle », comme le résume un ami d’enfance de Cécile ; une France d’antan, où on mange encore de la macé­doine et où les motos n’ont pas changé, « parce qu’on n’a pas fait mieux depuis ». Amélie Bon­nin filme de fac­to moins un ter­ri­toire rur­al qu’un champ soci­ologique, comme Armanet campe moins une femme trente­naire à la croisée des chemins qu’une transfuge de classe cristallisant une impos­si­ble réc­on­cil­i­a­tion entre là d’où elle vient et ce qu’elle est dev­enue. Il faut voir où le film nous mène : un père qui va bien­tôt mourir, un enfant dont on ne veut pas, des unions amoureuses mât­inées d’une résig­na­tion qui ne dit pas son nom. Une France où le seul trait d’union serait M6 (tout le monde recon­naît Cécile à cause de son pas­sage dans le célèbre télécro­chet cuisinier) et les chan­sons qu’on chan­tait jadis ensem­ble, avant que le gouf­fre ne se creuse et qu’on ne se com­prenne plus.

Pour dire les choses encore autrement : Par­tir un jour est un film sin­istre et on pour­ra lui recon­naître d’en avoir à moitié con­science, de tra­vailler souter­raine­ment, sous sa sur­face rose (le générique, qui annonce fausse­ment la couleur), un hori­zon plus som­bre, comme en témoigne la réminis­cence dans la pati­noire. Dans cette scène inspirée par le mod­èle cop­polien de Peg­gy Sue s’est mar­iée, Cécile et son ancien amour de jeunesse (Bastien Bouil­lon) revivent l’acmé de leur non-rela­tion – jamais leur pas­sion ne trou­va corps – dans le décor où jadis ils se quit­tèrent. Mais la piste de glace, qui sert de piste de danse à une reprise de K. Maro, est surtout le théâtre lugubre d’un évide­ment du cadre ado­les­cent, au sein duquel se découpent les sil­hou­ettes qua­si fan­toma­tiques des per­son­nages. C’est encore une fois raté ; ils ne seront pas amants et rien de fer­tile ne poussera de ce retour doux-amer, ou presque, si ce n’est la rené­go­ci­a­tion un peu for­cée entre un père et sa fille, qui poussent timide­ment de la voix pour essay­er de retrou­ver un chemin grâce auquel refaire famille.

La chan­son, donc : voilà le seul moyen par lequel le dia­logue demeur­erait vague­ment pos­si­ble. Mais on le dis­ait, le film ne creuse qu’à moitié son sil­lon dépres­sif, et cul­tive tout de même l’illusion de retrou­ver un élan féérique par la musique. Or, d’élan, le film est tris­te­ment dépourvu, et ne sait tir­er un sem­blant émo­tion de son dis­posi­tif hérité d’On con­naît la chan­son (les per­son­nages repren­nent de manière impromptue des tubes plus ou moins récents de var­ié­toche) que lorsqu’il s’attarde sur des fig­ures plongées dans leur tristesse : la mère (Dominique Blanc) qui ne rever­ra pas Venise, le père qui en épluchant des patates con­fesse qu’il mour­ra dans sa cui­sine. Par moments, le film fait tout de même un peu mine de cul­tiv­er la fête, de retrou­ver le goût de la joie, mais avec un tel manque de con­sis­tance que l’indifférence laisse place à une pointe d’embarras. Car la joie n’est plus : film atone qui entend s’adresser à tout le monde, sur le mode de la grande réc­on­cil­i­a­tion (des généra­tions, des milieux soci­aux), Par­tir un jour ne vaut que comme tableau soci­ologique dont le sujet pro­fond serait l’in­ca­pac­ité à faire com­mu­nauté.

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