© Metropolitan Filmexport
Vol à haut risque

Vol à haut risque

de Mel Gibson

  • Vol à haut risque
  • (Flight Risk)
  • États-Unis2024
  • Réalisation : Mel Gibson
  • Scénario : Jared Rosenberg
  • Image : Johnny Derango
  • Musique : Antônio Pinto
  • Producteur(s) : Bruce Davey, John Davis, John Fox, Mel Gibson
  • Production : Davis Entertainment, Icon Productions et Hammerstone Studios
  • Interprétation : Mark Wahlberg (Daryl Booth), Topher Grace (Winston), Michelle Dockery (l'agent Madelyn Harris)...
  • Distributeur : Metropolitan Filmexport
  • Date de sortie : 22 janvier 2025
  • Durée : 1h31

Vol à haut risque

de Mel Gibson

Y a-t-il un Bjorn dans l'avion ?


Y a-t-il un Bjorn dans l'avion ?

Mel Gib­son n’a jamais caché sa per­son­nal­ité tumultueuse, allant même jusqu’à pré­ten­dre en inter­view qu’il est habité par un alter ego san­guinaire, surnom­mé « Bjorn »[ref]Il en est notam­ment ques­tion dans cette inter­view don­née en 2007 à la BBC.[/ref]. Ce serait « un guer­ri­er viking, venu des temps les plus som­bres », man­i­fes­ta­tion de son énergie débor­dante et de ses instincts pri­maires. De fait, c’est peut-être lorsqu’il laisse libre cours à ses visions destruc­tri­ces et san­guinaires que son ciné­ma empha­tique se révèle le plus habité. Tirail­lé entre un pom­piérisme chré­tien et une bru­tal­ité hal­lu­ci­nante, il a trou­vé jusqu’ici son meilleur ter­rain d’expérimentation avec la ligne claire d’Apoc­a­lyp­to et sa longue course-pour­suite, même si La Pas­sion du Christ et Tu ne tueras point, en dépit de leur imagerie fon­da­men­tal­iste, n’étaient pas exempts de ful­gu­rances plas­tiques. Sur le papi­er, Vol à haut risque fai­sait espér­er un réc­it entière­ment dévoué à cette sauvagerie : une récréa­tion pure­ment formelle avant d’aborder un pro­jet à ses yeux sans doute plus noble, à savoir la suite de La Pas­sion du Christ (!), annon­cée de longue date.

L’intrigue est en effet aus­si mince que celle du com­mun des action­ers disponibles hier en DTV, et aujourd’hui sur la plu­part des plate­formes. L’US Mar­shall Made­ly Har­ris (Michelle Dock­ery) escorte un hack­er crim­inel (Topher Garce) pour qu’il témoigne con­tre une nébuleuse entité mafieuse. Le duo monte alors à bord d’un mis­érable zinc qui va rapi­de­ment s’avérer être piégé et piloté par un psy­chopathe sadique que campe, à grand ren­fort de gri­maces, Mark Wahlberg. Au regard de ce pitch, il y avait fort à pari­er que Gib­son laisse déchaîn­er sa fureur. C’est pour­tant presque tout le con­traire qui se pro­duit ici : Vol à haut risque s’avère être son film le plus lisse, daté et dés­in­vesti. « Bjorn », ce dou­ble furieux qui aurait pu s’é­panouir dans ce ter­rain de jeu, sem­ble au con­traire avoir dis­paru, comme si Gib­son, après avoir cher­ché ces dernières années à regag­n­er la con­fi­ance d’Hollywood, voulait désor­mais endoss­er le cos­tume d’artisan à l’ancienne.

Carcasse rouillée

Cette dimen­sion suran­née est d’autant plus éton­nante qu’il est ques­tion ici de la truan­derie la plus mod­erne. À l’extérieur de l’avion, les vrais antag­o­nistes restent invis­i­bles, cachés der­rière des télé­phones : ils sont des ombres mêlées à d’obscures his­toires de cryp­to-mon­naies et de réseaux occultes. Mais les out­ils de Gib­son pour met­tre en scène cette men­ace sont à l’image de l’avion – son film épouse les con­tours délabrés des séries B des années 1980. Vol à haut risque est en out­re privé de ce qui fait le meilleur de son ciné­ma : l’immersion physique dans les scènes d’action et la capac­ité à faire exis­ter les corps par le découpage. Les péripéties invraisem­blables se suc­cè­dent dans des scènes bavardes, au milieu de paysages mon­tag­nards plate­ment filmés et d’effets spé­ci­aux numériques paresseux. Quant à la facette déviante du per­son­nage de Wahlberg, elle se résume en défini­tive à des ges­tic­u­la­tions sans âme.

C’est lorsqu’il retrou­ve enfin un peu de matière que le cinéaste réus­sit sa meilleure scène. À la faveur d’un atter­ris­sage for­cé, il orchestre un bal­let de fer­railles éparpil­lées, d’alarmes et de sirènes col­orées dans la nuit, par lequel le mon­tage retrou­ve enfin un peu de vigueur. Cette séquence réussie et le petit charme de l’anachronisme dans lequel baigne l’ensemble ne suf­firont toute­fois pas à sauver cette com­mande, certes mod­este, mais surtout anec­do­tique.

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