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Babygirl

Babygirl

de Halina Reijn

  • Babygirl
  • Etats-Unis2025
  • Réalisation : Halina Reijn
  • Scénario : Halina Reijn
  • Image : Jasper Wolf
  • Décors : Stephen H. Carter
  • Montage : Matthew Hannam
  • Musique : Cristobal Tapia de Veer
  • Producteur(s) : David Hinojosa, Halina Reijn, Julia Oh
  • Production : A24
  • Interprétation : Nicole Kidman (Romy), Harris Dickinson (Samuel), Antonio Banderas (Jacob)...
  • Distributeur : SND
  • Date de sortie : 15 janvier 2025
  • Durée : 2h04

Babygirl

de Halina Reijn

Quand fond la reine des glaces


Quand fond la reine des glaces

Quel feu peut bien lézarder la fig­ure lisse d’une PDG cinquan­te­naire et mère de deux enfants, con­damnée à une vie sans jouis­sance par son mariage avec un bon père de famille (mais piètre amant) ? C’est la ques­tion qui innerve Baby­girl de Hali­na Rei­jn, dont le réc­it s’attache à scruter la moin­dre fêlure dans le vis­age froid de Romy (Nicole Kid­man). Au détour de gros plans récur­rents, la net­teté qui souligne les traits désor­mais quelque peu figés de l’actrice (une séquence s’a­muse d’ailleurs de l’ad­dic­tion au botox qu’elle a publique­ment assumée) cherche moins à appuy­er sa sen­su­al­ité qu’elle ne révèle cru­elle­ment un cer­tain délite­ment : « On dirait un pois­son mort », lui bal­ance sa fille au début du film. Dif­fi­cile de ne pas faire le rap­proche­ment avec la par­ti­tion ludi­co-sado­masochiste de Demi Moore dans The Sub­stance, qui se livrait au même jeu de mas­sacre avec son image. Mais la piste est toute­fois ici à moitié investie, Hali­na Rei­jn peinant à tir­er de son pro­gramme de thriller éro­tique la même charge destruc­trice que Coralie Fargeat. La cinéaste néer­landaise ne parvient pas tout à fait à se dépêtr­er du cadre pudi­bond qu’impose, il est vrai, un genre dans lequel on ne fait que sous-enten­dre et où la chair reste dis­simulée. Si Rei­jn regarde frontale­ment les pré­sup­posés patri­ar­caux qui irriguent les pul­sions de son héroïne, c’est au prix d’un tra­vail de démi­nage un peu fas­ti­dieux : les dia­logues n’échappent pas à une cer­taine lour­deur lit­térale quand il s’agit d’expliquer ces désirs hon­teux, de les dis­cuter puis finale­ment de les jus­ti­fi­er. Le film évite ain­si les mal­adress­es, mais se révèle de fait plus bavard que char­nel, tou­jours un peu en sur­plomb du fan­tasme (cliché, certes) qu’il dépeint.

Le scé­nario s’amuse bien enten­du des stéréo­types du roman rose, où le désir naît de l’interdit. Out­re le por­trait brossé d’une femme de pou­voir et de son univers vit­ri­fié, Baby­girl impose rapi­de­ment à Romy un dilemme entre sa vie de cou­ple et l’assouvissement de ses pul­sions : d’un côté son mari (Anto­nio Ban­deras), de l’autre ce jeune sta­giaire effron­té (Har­ris Dick­in­son) qui éveille en elle le goût du risque et des pul­sions masochistes. La mon­tée du désir est donc ici affaire de désor­dre : la vie de cette femme enfer­rée dans un exigeant con­trôle de soi se dérè­gle au con­tact du jeune homme. Dans une cham­bre d’hôtel mis­érable, elle accepte de se pli­er au jeu sex­uel et humiliant que lui impose l’insolent Samuel. Ren­verse­ment des rôles : le maître devient esclave. C’est quand elle se frotte véri­ta­ble­ment à cette dimen­sion car­nava­lesque (la sex­u­al­ité appa­raît aus­si comme un moyen de porter un autre masque que celui que l’on arbore au quo­ti­di­en) que la cinéaste parvient par moment à tran­scen­der les enjeux quelque peu éculés de son scé­nario. Ain­si des pre­miers rap­proche­ments entre les deux amants (opposés par leur âge et leurs posi­tions sociales respec­tives), qui voient la mise en scène tabler sur l’incongruité et la ris­i­bil­ité des sit­u­a­tions, en instal­lant un faux rythme et un chaud-froid. Le désir trou­ve néan­moins un chemin orig­i­nal, suiv­ant une pente de plus en plus grotesque, jusqu’à ce que le tableau se remette en ordre, dans une hiérar­chi­sa­tion inver­sée et for­cé­ment out­ran­cière. Sus­pendue au bord de l’abîme, Nicole Kid­man trou­ve à cet endroit un ter­rain de jeu idéal pour déploy­er toute l’ambivalence qui a fait les som­mets de sa car­rière (Eyes Wide Shut, Dogville).

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