© KMBO
La Morsure

La Morsure

de Romain de Saint-Blanquat

  • La Morsure
  • France2023
  • Réalisation : Romain de Saint-Blanquat
  • Scénario : Romain de Saint-Blanquat
  • Image : Martin Roux
  • Musique : Emile Sornin
  • Producteur(s) : Marc-Benoît Créancier
  • Interprétation : Léonie Dahan-Lamort (François), Lilith Grasmug (Delphine), Fred Blin (Maurice), Maxime Rohart (Christophe)...
  • Distributeur : KMBO
  • Date de sortie : 15 mai 2024
  • Durée : 1h30

La Morsure

de Romain de Saint-Blanquat

Caries au bal du diable


Caries au bal du diable

Élève tac­i­turne d’un pen­sion­nat de jeunes filles, Françoise est sujette à des pré­mo­ni­tions : elle s’est vu mourir, brûlée sur un bûch­er de sor­cière, lors d’une céré­monie à la gloire de Satan. Plutôt que de fuir cette issue fatale, la jeune femme, accom­pa­g­née de sa meilleure amie Del­phine, préfère aller au-devant de son des­tin en se ren­dant sur les lieux qu’elle a entrap­erçus en rêve. Adop­tant dès son ouver­ture kaléi­do­scopique l’im­agerie du con­te goth­ique, La Mor­sure relève en réal­ité, comme bien des films de genre français, du réc­it allé­gorique – en l’oc­cur­rence, son argu­ment sur­na­turel sert avant tout à fig­ur­er les tour­ments de l’adolescence. Dès la pre­mière scène, une dis­cus­sion où Del­phine évoque sa « pre­mière fois » présage de l’is­sue à venir : c’est à une petite mort qu’est finale­ment con­viée Françoise, qui per­dra sa vir­ginité (et ses super­sti­tions de jeunesse) dans les bras d’un ado grimé en Drac­u­la.

Cette manière de s’approprier les codes du ciné­ma d’horreur pour dévelop­per une fable sociale – ici, sur les désirs d’émancipation de la jeunesse d’avant mai-68 (l’intrigue se déroule en 1967) – a le mérite de met­tre au jour la ten­sion qui innerve le ciné­ma d’auteur lorsqu’il se réap­pro­prie un imag­i­naire hor­ri­fique. La Mor­sure ne parvient toute­fois pas à don­ner corps à cette enquête men­tale : sorte de macguf­fin annonçant un réc­it sur­na­turel qui finale­ment n’adviendra jamais, la scène de rêve inau­gu­rale per­met essen­tielle­ment d’illustrer la psy­ché tour­men­tée de Françoise. Le temps d’une très longue scène de fête aux accents yé-yé occu­pant presque la moitié du film, les ater­moiements sen­ti­men­taux et exis­ten­tiels de la jeune fille devi­en­nent ain­si la matière unique du réc­it. La séquence met au jour les lim­ites d’une écri­t­ure filmique reposant sur la bizarrerie de quelques sur­gisse­ments (un garçon habil­lé en squelette qui toise la caméra, un vinyle au titre macabre, etc.) pour créer une atmo­sphère inquié­tante. En résulte une série de vignettes à la direc­tion artis­tique certes soignée, mais à la mise en scène approx­i­ma­tive.

Soutenez Critikat

Critikat est une revue de cinéma associative dont les rédacteurs et rédactrices sont bénévoles.
Si elle est (et restera) entièrement gratuite, sa production a un coût : votre soutien est précieux pour garantir sa pérennité et son développement (site Internet, vidéos, podcasts...).
N'hésitez pas à nous soutenir mensuellement si vous le pouvez !