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Enys Men

Enys Men

de Mark Jenkin

  • Enys Men
  • Royaume-Uni2022
  • Réalisation : Mark Jenkin
  • Scénario : Mark Jenkin
  • Producteur(s) : Denzil Monk
  • Production : Bosena
  • Interprétation : Mary Woodvine (La biologiste), Edward Rowe (Le marin), Flo Crowe (La fille)...
  • Distributeur : ED Distribution
  • Date de sortie : 10 avril 2024
  • Durée : 1h31

Enys Men

de Mark Jenkin

No change


No change

Au milieu des paysages rocheux et val­lon­nés des Cornouailles (dont Mark Jenkin est orig­i­naire), une biol­o­giste (Mary Wood­vine) en ciré rouge fait tache. Seule sur la déserte île d’Enys Men, elle super­vise quo­ti­di­en­nement la mat­u­ra­tion de fleurs blanch­es aux stig­mates rouges. En gros plan, la caméra scrute les gestes et les objets d’une rou­tine rit­u­al­isée : après l’examen minu­tieux de la fameuse fleur, la femme jette une pierre dans le puits d’une anci­enne mine, passe devant un curieux mémo­r­i­al en pierre et ren­tre annot­er sur son car­net la date du jour (le 21 avril 1973, pour le pre­mier), la tem­péra­ture mesurée et des obser­va­tions qui annon­cent déjà une forme d’itération (un per­pétuel « No change » inscrit à répéti­tion).

Les jours se répè­tent, d’abord invari­able­ment, tan­dis que la caméra zoome et dézoome alter­na­tive­ment sur la biol­o­giste pour en faire à son tour un objet d’étude. Pro­gres­sive­ment, d’inexplicables événe­ments survi­en­nent : les fan­tômes de l’île et du per­son­nage font spo­radique­ment irrup­tion dans le cadre, tan­dis qu’un con­tact acci­den­tel avec la fleur sem­ble défini­tive­ment bris­er le rit­uel : du lichen appa­raît alors sur les pré­cieuses pétales et sur la large cica­trice ven­trale de la femme. Il se répand comme une mal­adie qui sem­ble aus­si avoir con­t­a­m­iné le film : la tem­po­ral­ité se brouille jusqu’à l’éclatement, à force d’entrecroiser les images et sons pré­moni­toires (la radio annonce un naufrage sur­venu à une date postérieure au présent de la nar­ra­tion), ou les visions fan­tas­magoriques. Mais loin d’insuffler une fièvre, la répéti­tion de ces effets a plutôt ten­dance à neu­tralis­er et à asep­tis­er les dis­tor­sions du mon­tage.

Entre les flash­for­wards et les flash­backs, le film mul­ti­plie les impres­sions de déjà-vu, d’autant plus que sa forme elle-même emprunte à plusieurs esthé­tiques de films emblé­ma­tiques des années 1970 : autop­sie silen­cieuse d’une rou­tine (Jeanne Diel­man, 23, quai du Com­merce, 1080 Brux­elles de Chan­tal Aker­man), folk­lore insu­laire bri­tan­nique (The Wick­er Man de Robin Hardy) ou encore hal­lu­ci­na­tions endeuil­lées, imper­méable rouge sang et verre brisé (Ne vous retournez pas de Nico­las Roeg). Filmé en 16mm avec des objec­tifs de l’époque, Enys Men cul­tive de la sorte un ter­reau référen­tiel sans par­venir à faire fleurir sa pro­pre sin­gu­lar­ité. Parce qu’il se repose essen­tielle­ment sur ses cita­tions et ses effets styl­isés, Enys Men tombe dans une cer­taine arti­fi­cial­ité évo­quant, plus que ses glo­rieuses références, les films d’Ari Aster (Mid­som­mar, Hérédité) et de Robert Eggers (The Witch, The Light­house), qui souf­frent du même syn­drome.

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