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Déserts

Déserts

de Faouzi Bensaïdi

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de Faouzi Bensaïdi

Paytime


Paytime

Meh­di (Fehd Benchem­si) et Hamid (Abdel­ha­di Tal­bi) sil­lon­nent la cam­pagne maro­caine pour col­lecter des rem­bourse­ments de crédits con­trac­tés par des vil­la­geois. S’il dépeint l’état économique de ces ter­ri­toires reculés et la pré­cari­sa­tion de l’emploi qui étreint le pays (les deux agents de recou­vre­ment sont eux-mêmes dans une sit­u­a­tion finan­cière déli­cate), Déserts s’amuse d’abord de l’inadéquation entre ses per­son­nages prin­ci­paux et les espaces qu’ils tra­versent. Le duo débon­naire, con­traint de jouer les bons samar­i­tains pour récupér­er quelques deniers et se faire pay­er en tapis ou en chèvres, vadrouille au volant d’une voiture miteuse au milieu de paysages immenses. Le cadre se met au dia­pa­son de l’ampleur des décors, trans­for­mant les deux employés en cos­tumes en petites sil­hou­ettes ridicules. Bien qu’il force le trait à plusieurs repris­es, Faouzi Ben­saï­di agence des sit­u­a­tions bur­lesques sou­vent amu­santes en jouant sur de longs plans larges dans lesquels les corps cir­cu­lent avec dif­fi­culté. La pre­mière par­tie du film rap­pelle ain­si le ciné­ma de Jacques Tati, mais en inver­sant ses paramètres : c’est cette fois l’individu mod­erne qui se voit con­fron­té à des envi­ron­nements ruraux.

Les péré­gri­na­tions de Hamid et Med­hi les amè­nent bien­tôt à crois­er la route d’un détenu, qu’ils acceptent de con­voy­er. Alors que la nuit tombe, le ton du film bas­cule bru­tale­ment : alter­nant dès lors entre les points de vue des deux agents et celui du pris­on­nier, désor­mais évadé, le film délaisse le reg­istre comique pour plonger dans une errance méta­physique. Solen­nelle et mutique, cette sec­onde moitié sem­ble cap­i­talis­er sur la majesté du désert pour esquiss­er, à peu de frais, une tra­jec­toire poé­tique (seuls quelques plans fan­toma­tiques où la voiture dis­paraît dans la pous­sière parais­sent vrai­ment accom­plis). Intri­g­ant sur le papi­er, le rac­cord entre les deux par­ties ne prend jamais tout à fait. Au lieu de faire dia­loguer les deux seg­ments, la con­struc­tion se borne à un con­stat amer : il n’y a guère plus de place pour la légèreté en ces ter­res désolées, seule­ment prop­ices à accueil­lir quelques mirages.

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