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Novembre

Novembre

de Cédric Jimenez

  • Novembre
  • France2022
  • Réalisation : Cédric Jimenez
  • Scénario : Olivier Demangel
  • Image : Nicolas Loir
  • Décors : Jean-Philippe Moreaux
  • Costumes : Stéphanie Watrigant
  • Son : Cédric Deloche, Alexis Place, Gwendolé Le Borgne, Marc Doisne
  • Montage : Laure Gardette
  • Musique : Guillaume Roussel
  • Producteur(s) : Hugo Sélignac, Mathias Rubin
  • Production : Récifilms, Chi-fou-mi Productions, StudioCanal, France 2 Cinéma, Umedia
  • Interprétation : Jean Dujardin (Fred), Anaïs Demoustier (Inès Moreau), Sandrine Kiberlain (Héloïse), Jérémie Renier (Marco), Lyna Khoudri (Samia)...
  • Distributeur : StudioCanal
  • Éditeur DVD : StudioCanal
  • Date de sortie DVD : 5 octobre 2022
  • Durée : 1h40

Novembre

de Cédric Jimenez

Dernière croisade


Dernière croisade

L’ouverture de Novem­bre témoigne, il faut le recon­naître, d’une cer­taine effi­cac­ité. À Athènes, une troupe d’intervention menée par Fred (Jean Dujardin), un mem­bre de la sous-direc­tion anti-ter­ror­iste française, donne l’assaut sur la rési­dence d’Abdelhamid Abaaoud, mem­bre de l’État Islamique qui sera bien­tôt l’un des organ­isa­teurs des atten­tats du 13 novem­bre 2015. Se déplie, grâce à un mon­tage cadencé sur la pul­sa­tion de la musique et une caméra énergique accom­pa­g­nant le groupe d’intervention, une scène d’action dynamique comme en con­te­nait déjà BAC Nord. Mais Cédric Jimenez est moins bon cinéaste qu’artificier : au-delà de l’ar­ti­sanat qui pré­side les scènes de ten­sion, le regard qu’il pose sur la chas­se à l’homme qui mèn­era, quelques jours plus tard, à l’élimination de deux ter­ror­istes à Saint-Denis, n’est pas sans pos­er prob­lème. Si BAC Nord, indé­fectible­ment du côté de ses policiers jus­ticiers, avait valu au réal­isa­teur nom­bre d’accusations de com­plai­sance, Novem­bre s’avère quant à lui plus per­ni­cieux dans son por­trait, finale­ment tout aus­si élo­gieux et bel­li­ciste, des forces anti-ter­ror­istes et de leurs actions. Scé­nar­is­tique­ment acces­soire, l’introduction mon­trant Abaaoud échap­per aux autorités grec­ques expose l’idée d’un enne­mi venu de l’extérieur : comme BAC Nord, le film rejoue le scé­nario de la forter­esse assiégée – pour ne pas dire envahie – avec Fred se ten­ant droit et regar­dant au loin l’horizon, comme un sol­dat posté en haut de sa tour de guet.

Contre-enquête

D’entrée de jeu, Jimenez n’hésite donc pas à élud­er ce qui con­stitue la sin­gu­lar­ité de ces groupes ter­ror­istes pré­cisé­ment con­sti­tués de ressor­tis­sants français ou belges, le point de vue chevil­lé au corps des policiers reléguant dans le hors champ ces mau­vais­es graines de la Nation. Ce por­trait biaisé des événe­ments passe notam­ment par une fausse promesse énon­cée au début par Fred, qui demande à ses troupes de se con­cen­tr­er unique­ment sur les faits et de laiss­er leurs émo­tions per­son­nelles en-dehors de l’enquête. On pou­vait imag­in­er, à l’aune de cet impératif, un film qui se pencherait avec pré­ci­sion sur les mécan­ismes à l’œu­vre lors de cette course con­tre la mon­tre. Or la mise en scène de Jimenez con­tre­vient vite à ce pro­gramme : la suc­ces­sion des mines acca­blées des policiers, empêchés par leur hiérar­chie, ali­mente une forme de pathos les érigeant en nobles vengeurs. Plutôt que de dépein­dre rigoureuse­ment l’ampleur de la machine de sur­veil­lance déployée pour retrou­ver une poignée d’individus, Jimenez mise avant tout sur l’affect ain­si que sur un rythme soutenu don­nant l’illusion d’une traque bien plus ardue qu’elle ne le fut réelle­ment (l’affaire est in fine réglée en à peine cinq jours, grâce à une infor­ma­trice qui abrège les recherch­es). Seule une scène, impres­sion­nante, parvient à illus­tr­er le déséquili­bre du rap­port de force entre ter­ror­istes et policiers : lors de l’assaut final à Saint-Denis, une cen­taine d’agents ouvrent le feu sur la porte de l’appartement où les ter­ror­istes se sont retranchés et dés­in­tè­grent pro­gres­sive­ment le décor sous un tor­rent de métal. On regrette alors que la scène suiv­ante, dans laque­lle plusieurs policiers blessés sont évac­ués après la déto­na­tion d’une cein­ture explo­sive, trahisse à nou­veau la réal­ité des faits pour ali­menter une forme de dra­maturgie en faveur des troupes d’assaut (le film fait ici crédit à des déc­la­ra­tions prélim­i­naires erronées de la part du RAID : il fut établi par la suite que les quelques blessures des policiers prove­naient en fait de tirs alliés acci­den­tels). Le « respect de la réal­ité des faits » énon­cé par l’entremise des per­son­nages se révèle ain­si, au mieux, comme une note d’intention se heur­tant aux lim­ites d’un sujet insuff­isam­ment fédéra­teur, et, au pire, comme un voile der­rière lequel dis­simuler quelques manip­u­la­tions.

Si Jimenez sem­ble ouverte­ment pren­dre exem­ple sur Zero Dark Thir­ty de Kathryn Bigelow (traque sous pres­sion d’agents ter­ror­istes, atten­tion sup­posée aux rouages des opéra­tions, pho­togra­phie ombragée aux teintes ambrées et bleues aci­er), il trahit l’esprit de sa superbe con­clu­sion mélan­col­ique. Là où l’agente de la CIA chargée de tra­quer Ous­sama Ben Laden finis­sait seule dans un avion-car­go, boulever­sée face à l’ampleur de l’entreprise con­testable qu’elle venait de men­er à bien, Novem­bre se referme sur un dis­cours bravache : Fred explique qu’il fau­dra con­tin­uer la lutte con­tre ces enne­mis intrus, aux vis­ages plac­ardés sur les murs à la manière des hors-la-loi du far west, appelant ses troupes à pour­suiv­re la croisade.

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