© New Story
Memoria
Cet article fait partie du dossier Memoria d’Apichatpong Weerasethakul
  • Memoria
  • Allemagne, Colombie, Chine, France, Mexique, Qatar, Royaume-Uni, Suisse, Thaïlande2021
  • Réalisation : Apichatpong Weerasethakul
  • Scénario : Apichatpong Weerasethakul
  • Image : Sayombhu Mukdeeprom
  • Costumes : Catherine Rodriguez
  • Son : Akritchalerm Kalayanamitr, Javier Umpierrez
  • Montage : Lee Chatametikool
  • Musique : César Lopez
  • Producteur(s) : Joslyn Barnes, Mónica Moreno Bayard, Andrés Calderón, Charlotte Cook, Qiao Cui, Caroleen Feeney, Viola Fügen, Danny Glover, Andreas Roald, Susan Rockefeller, Soros Sukhum, Tony Tabatznik, Maxx Tsai, Dan Wechsler, Meng Xie, Jamal Zeinal Zade, Jia Zhangke, Carlos Paz, Tilda Swinton
  • Production : Anna Sanders Films, Burning Blue, Illuminations Films, Kick the Machine, The Match Factory
  • Interprétation : Tilda Swinton (Jessica Holland), Jeanne Balibar (Agnès Cerkinsky), Juan Pablo Urrego (Hernan jeune), Elkin Diaz (Hernan âgé), Agnes Brekke (Karen Holland), Daniel Giménez Cacho (Juan Ospina)...
  • Distributeur : New Story
  • Date de sortie : 17 novembre 2021
  • Durée : 2h16

La dérive


La dérive

Après deux décen­nies à tourn­er dans sa Thaï­lande natale, Apichat­pong Weerasethakul a pour la pre­mière fois quit­té son pays pour rejoin­dre la Colom­bie et y réalis­er Memo­ria, film qui témoigne en pro­fondeur de ce déracin­e­ment. Si l’on retrou­ve les fig­ures et thèmes fam­i­liers du cinéaste, ain­si que la tem­po­ral­ité lanci­nante qui car­ac­térise l’ensemble de ses films, quelque chose a de fait indé­ni­able­ment changé ici : plus inqui­et et menaçant, l’inconnu ne se man­i­feste plus de la même façon qu’auparavant. Au petit matin, Jes­si­ca (Til­da Swin­ton) est réveil­lée par une déto­na­tion, un « bang ! » quelque peu alar­mant. Elle se lève de son lit, marche en direc­tion de l’obscurité, puis la caméra pan­ote, tan­dis que le corps de l’actrice se reflète dans un miroir adja­cent. Out­re un pre­mier ren­verse­ment (la scène mon­tre un pas­sage bru­tal du som­meil à l’éveil, quand les films du cinéaste nous ont habitués au chemin inverse), la per­cep­tion de l’espace appa­raît totale­ment déréglée : on ne sait plus, face à cette scène, où se trou­ve vrai­ment Jes­si­ca lors de sa marche. Weerasethakul n’avait encore jamais filmé ain­si l’irruption de l’étrange comme étant à l’origine d’un boule­verse­ment des repères[ref]À l’exception rel­a­tive de Trop­i­cal Mal­a­dy, dont la chas­se au tigre dans la jun­gle, bien que fiévreuse et inquié­tante, se jouait toute­fois sur une tonal­ité ouverte­ment mythologique, loin du quo­ti­di­en de son personnage.[/ref]. Dans Oncle Boon­mee, l’apparition du sur­na­turel à la table d’une petite famille thaï­landaise se déroulait par exem­ple sans effroi. Un pre­mier fan­tôme appa­rais­sait au cours d’un dîn­er en provo­quant à peine un léger éton­nement de la part des con­vives. Un singe à la four­rure noire et au regard écar­late, avec tous les traits d’une fig­ure hor­ri­fique, s’invitait ensuite à la réu­nion famil­iale sans, là encore, boule­vers­er la manière dont Weerasethakul fil­mait la scène. Dans son cadrage inau­gur­al, le réal­isa­teur antic­i­pait même l’apparition des deux spec­tres en fil­mant l’entièreté de la table, avec deux chais­es vides, suiv­ant les pré­ceptes de la tra­di­tion ani­miste selon laque­lle il con­vient de laiss­er une place pour les morts dans le monde des vivants. Tout l’inverse de Memo­ria, dont les défla­gra­tions sonores ne cesseront de frap­per sans prévenir – l’extraordinaire sem­ble, pour le dire autrement, ne plus aller de soi.

Ce n’est pas qu’un détail : jamais le ciné­ma de Weerasethakul n’avait paru aus­si peu char­nel et hap­tique que dans Memo­ria. Plus de deux heures durant, au cours desquelles Jes­si­ca erre en quête de l’origine du son qui la pour­suit, elle ne touche seule­ment que quelques mains, celle du jeune Her­nan (Juan Pablo Urrego) et de sa sœur alitée (Agnes Brekke), ou bien caresse le trou perçant un crâne fos­sil­isé ; très loin de la sen­su­al­ité de Ceme­tery of Splen­dour, avec ses mas­sages à la crème et ses manip­u­la­tions comiques de phal­lus en érec­tion. Une dis­tance cer­taine, comme un décalage incom­men­su­rable, s’im­pose ici entre l’être et le monde qui l’entoure, dans un film de prime abord froid et dis­tant. C’est qu’avec ses séquences qua­si hor­ri­fiques (un éclairage qui s’éteint soudaine­ment dans une salle d’exposition ; un chien qui suit Jes­si­ca à la tombée de la nuit) et son per­son­nage ter­ror­isé par un écho en forme de han­tise (lors d’un dîn­er en famille, Jes­si­ca appa­raît par­ti­c­ulière­ment per­tur­bée, au point de ne plus suiv­re la con­ver­sa­tion), Memo­ria acte un change­ment de cap notable pour le cinéaste, qui dérive du mer­veilleux pour aller vers le fan­tas­tique, soit d’un monde à l’étrangeté con­sti­tu­tive et naturelle à un autre où l’inconnu, qu’il soit explic­a­ble ou non, viendrait frac­tur­er le réel au risque d’en men­ac­er l’équilibre. Comme le pointe Josué Morel, la séquence où Jes­si­ca fait la ren­con­tre d’un jeune tech­ni­cien, Her­nan, dans une salle de mix­age audio, per­met de fig­ur­er ce qu’implique un tel revire­ment. Au début de la scène, Jes­si­ca s’assoit der­rière Her­nan, qui tra­vaille sur un morceau de musique. Le corps de l’actrice épouse la ligne que forme l’angle d’un mur au fond de la pièce, et restera posi­tion­né dans ce axe après avoir rejoint le tech­ni­cien près de la table de mix­age. L’échange qui suit entre les deux pro­tag­o­nistes per­met alors de repro­duire la déto­na­tion orig­inelle et le choc qu’elle provoque chez Jes­si­ca. Lorsque cette dernière recon­naît la tex­ture spé­ci­fique du son qui la tour­mente, elle se rap­proche de la machine puis, à la faveur d’un rac­cord où elle réap­pa­raît de face, s’inscrit d’un côté de la ligne qui se des­sine à l’arrière-plan, comme si elle venait juste de tra­vers­er la fron­tière séparant le réel de l’inframonde qui se man­i­feste depuis la con­sole (« It’s like a rum­ble… from the core of the Earth. »).

Fendre la ligne

Ce qu’induit le fan­tas­tique en tant que genre fic­tion­nel, à savoir la porosité de la ligne qui sépare le naturel du sur­na­turel, devient donc l’enjeu même de la mise en scène, du déplace­ment des corps au posi­tion­nement de la caméra, dont les angles de vue dessi­nent sans cesse des lignes stri­ant de part et d’autre la fig­ure spec­trale de Jes­si­ca. Il faut not­er que l’exil de Weerasethakul, de la province thaï­landaise à une méga­lo­pole étrangère (Bogo­ta), sem­ble l’avoir con­duit à pren­dre plus que jamais en con­sid­éra­tion les lignes de force tracées par les lieux dans lesquels évolu­ent ses per­son­nages. Dans la jun­gle, à l’arrière-plan de la plu­part de ses films précé­dents, l’entremêlement des branch­es et des feuilles bouchait la pro­fondeur de champ et ne pou­vait par­ticiper à for­mer un quel­conque sché­ma. Lieu du mer­veilleux, la jun­gle témoignait d’un entrelace­ment naturel, d’une cohab­i­ta­tion des réal­ités et d’un agence­ment rhi­zoma­tique des élé­ments dans l’espace. Memo­ria embrasse quant à lui les paysages ouverts et mon­tag­neux de la Colom­bie, ou encore les con­tours linéaires des bâti­ments mod­ernes de Bogo­ta, faits de colonnes béton­nées et de grandes sur­faces de verre, loin par exem­ple du beau fouil­lis trop­i­cal d’Oncle Boon­mee. Ce que l’on perd en indé­ci­sion, trou­ble et hal­lu­ci­na­tion laisse alors place, dans un pre­mier temps, à une forme d’ex­pres­sion­nisme archi­tec­tur­al et géométrique, les décors venant fig­ur­er, par leurs tracés, ce qui se joue à mesure que Jes­si­ca s’approche de l’origine de la déto­na­tion. Lorsque que celle-ci con­duit sa voiture sur les routes colom­bi­ennes, les lignes que dessi­nent les mon­tagnes à l’arrière-plan sem­blent par exem­ple sor­tir de sa tête, répon­dant à la manière dont les ondes sonores ont, depuis le début, pénétré sa boîte crâni­enne. Dans un autre plan matriciel, au milieu du film, Jes­si­ca croise un petit car­ré de terre entouré de vit­res et de murs en béton. Le regard tourné vers le ciel, son corps vient se posi­tion­ner très exacte­ment à l’endroit même où se dirige la ligne dess­inée par l’ombre pro­jetée sur les murs, évo­quant une mon­tagne, en écho à la parabole con­vo­quée par le mixeur Her­nan pour lui décrire la forme sinu­soï­dale des pics sonores.

Bien que Memo­ria se déroule en grande par­tie en ville ou dans ses alen­tours, le fil de son réc­it implique toute­fois de remon­ter pro­gres­sive­ment à la source du ciné­ma de Weerasethakul (la jun­gle), sans que ne soit aban­don­née la rela­tion géométrique que Jes­si­ca entre­tient avec les lieux qu’elle tra­verse. Lorsqu’elle fait la ren­con­tre d’un Her­nan vieil­li (Elkin Diaz), en marge d’un vil­lage situé près de la jun­gle ama­zoni­enne, les formes végé­tales encer­clent les deux indi­vidus qui, mal­gré cet envi­ron­nement bucol­ique, restent tra­ver­sés par les lignes que dessi­nent les acces­soires en bois dis­posés à l’arrière-plan, et dont les con­tours évo­quent une antenne radioélec­trique. Le film garde ain­si en mémoire les change­ments fig­u­rat­ifs induits par le déracin­e­ment de Weerasethakul, à savoir un rap­port géométrique de l’espace où le moin­dre envi­ron­nement, qu’il soit urbain ou trop­i­cal, appa­raît comme une grande toile d’araignée, une grille à tra­vers laque­lle nav­igue Jes­si­ca, être étranger au monde qui l’entoure et avatar d’un cinéaste cat­a­pulté au sein d’un pays qu’il ne con­naît pas. On pour­rait en ce sens con­sid­ér­er que la répéti­tion du motif de la grille con­stitue une façon, pour ce regard déter­ri­to­ri­al­isé, de se repér­er dans un espace qui ne lui serait pas fam­i­li­er. En témoigne ce plan, au tout début du film, au bout duquel Jes­si­ca, après avoir été réveil­lée bru­tale­ment, finit par trou­ver refuge en s’asseyant près d’une fenêtre dont les bar­reaux dessi­nent déjà, der­rière sa tête, une antenne. C’est la pre­mière étape du voy­age spir­ituel que mène Jes­si­ca dans Memo­ria : de son réveil à son posi­tion­nement au cen­tre d’une grille, il s’ag­it pour elle de s’engouffrer dans la brèche ouverte par le sur­gisse­ment de l’inconnu, pour venir ensuite se plac­er à la racine d’un réseau mnésique et cos­mogo­nique, au car­refour des espaces et des tem­po­ral­ités.

Embrasser le cercle

Ce rap­port au cos­mos dans Memo­ria nous invite à évo­quer la dernière par­tie du film, qui réserve plusieurs sur­pris­es de taille et que nous sommes désor­mais, pour les besoins de l’analyse, amenés à révéler. A pri­ori, il sub­siste un point de bas­cule notable lors de la ren­con­tre entre Jes­si­ca et Her­nan âgé au bord d’un ruis­seau, comme une réminis­cence des struc­tures en deux par­ties qui car­ac­téri­saient les pre­miers films du cinéaste thaï­landais (Bliss­ful­ly Yours, Trop­i­cal Mal­a­dy, Syn­dromes and a Cen­tu­ry). Le per­son­nage de Til­da Swin­ton passe certes de la ville à la jun­gle, mais comme évo­qué précédem­ment, cette tran­si­tion ne s’opère pas de manière totale­ment dichotomique, puisqu’il s’agit de retrou­ver dans ce nou­veau décor cer­tains motifs con­sti­tu­tifs de la ville (la grille, l’antenne et les lignes qui en émer­gent) et d’y rejouer la ren­con­tre déci­sive entre Jes­si­ca et Her­nan lors de la fameuse séquence de la salle de mix­age. Entre-temps, Jes­si­ca aura par­cou­ru plusieurs lieux nim­bés d’une mémoire his­torique (un parc où trô­nent des stat­ues, des routes han­tées par le spec­tre de la junte mil­i­taire), croisé le chemin d’une archéo­logue (Agnès, inter­prétée par Jeanne Bal­ibar) et pénétré un tun­nel en chantier, La Línea, dans lequel ont été dénichés des osse­ments préhis­toriques. Jes­si­ca arrive, en somme, chargée d’une mémoire indi­vidu­elle et col­lec­tive, elle qui appa­rais­sait, au tout début du film, comme une page blanche recluse au fond d’un obscur apparte­ment. Mais son ouver­ture au monde reste encore à con­firmer ; ce à quoi s’at­telle ici un plan long au cours duquel Her­nan con­fie à Jes­si­ca qu’il ne fait pas par­tie de l’espèce humaine, et qu’il ne vient pas vrai­ment de cette planète. Résignée face à l’extravagance de la sit­u­a­tion, Jes­si­ca réag­it avec placid­ité. À la manière des proches de Boon­mee qui accueil­laient les esprits défunts à leur table, elle sem­ble à son tour accepter les sor­tilèges qui se man­i­fes­tent sous ses yeux, comme lorsqu’Hernan lui annonce que le soleil va frap­per dans quelques min­utes la mon­tagne qui leur fait face, et qu’un peu plus tard, sans que le plan se soit inter­rompu, une lumière se dégage effec­tive­ment de la colline[ref]C’est alors autant la magie du per­son­nage que la magie du film qui se donne ici en spec­ta­cle : com­ment a‑t-il été pos­si­ble de filmer ce dia­logue prédis­ant le retour du soleil, puis l’arrivée man­i­feste de quelques rayons lumineux, en un seul et même plan ?[/ref]. La suite du film recèle d’éclats de ce genre, qui boule­versent autant le per­son­nage que le spec­ta­teur, et où Weerasethakul appa­raît décidé­ment au som­met de son art, sûr de son geste et de sa direc­tion. Après leur dis­cus­sion, Jes­si­ca demande par exem­ple à Her­nan de lui mon­tr­er ce qu’il se passe lorsqu’il s’endort. Au bout de quelques min­utes silen­cieuses, le voy­ant s’assoupir lors d’une stase hal­lu­ci­nante, les doutes de Jes­si­ca se dis­sipent : Her­nan n’est pas de ce monde, et peut-être qu’elle non plus.

Comme ces deux pro­tag­o­nistes, le film entre à ce moment-là dans une toute autre dimen­sion, pro­pre­ment expéri­men­tale, qui con­siste à faire sur­gir un temps sus­pendu, comme le son aura fait aupar­a­vant irrup­tion dans la vie de Jes­si­ca et dans la salle de ciné­ma. La scène suiv­ant cette retrou­vaille creuse le même sil­lon. Dans un rejeu acous­tique de la vis­ite guidée du palais invis­i­ble à la fin de Ceme­tery of Splen­dour, Jes­si­ca et Her­nan se tien­nent, main dans la main, autour d’une table (cir­cu­laire), prêts à voy­ager, au gré du son, à tra­vers les lieux et les épo­ques. Des voix, des cris, des bruits et des archives audio s’entrelacent et se con­fondent lors d’une véri­ta­ble ronde acous­ma­tique. Quelques plans plus tard, un vais­seau extrater­restre fait son appari­tion au cœur d’une jun­gle préhis­torique, astronef que l’on croirait tout droit sor­ti d’un film de sci­ence-fic­tion réal­isé par Spiel­berg ou Shyamalan[ref]Cette image de sci­ence-fic­tion évoque, là encore, la fin de Ceme­tery of Splen­dour, avec sa molécule flot­tante mod­élisée en numérique. Plus directe­ment, le vais­seau ren­voie à celui qui appa­rais­sait déjà dans un autre film de Weerasethakul, au mitan du court-métrage A Let­ter to Uncle Boon­mee, réal­isé en 2009.[/ref]. Le vais­seau lais­sera der­rière lui une forme bien pré­cise : un cer­cle, l’empreinte visuelle de la déto­na­tion orig­inelle, comme la clé de l’énigme nous invi­tant à pass­er de la ligne au rond, de l’antenne radioélec­trique à l’antenne parabolique, de la brèche linéaire du fan­tas­tique à la cir­cu­lar­ité du cos­mos tout entier[ref]Une dérive de la ligne au cer­cle pré­fig­urée au mitan du film, lorsque Jes­si­ca vis­ite une expo­si­tion dans laque­lle une ligne fend la plu­part des tableaux, tan­dis que, sur l’une des toiles, une sil­hou­ette embrasse la forme d’une grande roue à moitié hors champ, pas encore tout à fait fig­urable dans sa com­plète cir­cu­lar­ité. À not­er aus­si que le tun­nel de La Línea ren­voie, dans son nom, à une ligne, mais est filmé par Weerasethakul comme une cav­ité for­mant un demi-cercle.[/ref]. Cette pul­sa­tion cir­cu­laire vient aus­si nous rap­pel­er que le son est au fond con­crète­ment une onde, qu’il ne transperce pas l’espace comme un pic ou une ligne droite, mais se propage autour des élé­ments qu’il ren­con­tre. C’est du moins ce que finit par com­pren­dre Jes­si­ca, et le spec­ta­teur avec elle, à l’issue de son par­cours. Le « bang ! » n’était pas seule­ment qu’un sur­saut fra­cas­sant venant fendre le réel : il por­tait en lui une invi­ta­tion à s’ouvrir à la mémoire cyclique de ce dernier, à sa nature mag­nifique comme à ses trau­ma­tismes les plus ter­ri­bles, le long d’un voy­age exis­ten­tiel se refer­mant sur de sub­limes panora­mas dont, juste­ment, on ne sait pas vrai­ment s’ils représen­tent le début ou la fin des temps. Il fal­lait en défini­tive que le monde vac­ille, et que l’œuvre du réal­isa­teur thaï­landais tres­saille à son tour en refu­sant l’appel con­fort­able de la rou­tine, pour se ren­dre à l’évidence : après ça, son ciné­ma restera assuré­ment gravé dans les mémoires.

Soutenez Critikat

Critikat est une revue de cinéma associative dont les rédacteurs et rédactrices sont bénévoles.
Si elle est (et restera) entièrement gratuite, sa production a un coût : votre soutien est précieux pour garantir sa pérennité et son développement (site Internet, vidéos, podcasts...).
N'hésitez pas à nous soutenir mensuellement si vous le pouvez !

A Conversation with the Sun
A Conversation with the Sun
Particules de nuit
Particules de nuit
Top 10 de l’année 2021
Top 10 de l’année 2021
Hatari — Memoria
Hatari — Memoria
Memoria d’Apichatpong Weerasethakul
Memoria d’Apichatpong Weerasethakul
Rencontre avec Apichatpong Weerasethakul
Rencontre avec Apichatpong Weerasethakul
Dans la nuit de Weerasethakul
Dans la nuit de Weerasethakul
Periphery of the Night
Periphery of the Night
32e FIDMarseille
32e FIDMarseille
Memoria
Memoria
Vu sur le Net : October Rumbles
Vu sur le Net : October Rumbles
Top 10 de la décennie (2010–2019)
Top 10 de la décennie (2010–2019)