© Crome Films / OCS
The Beach Bum

The Beach Bum

de Harmony Korine

  • The Beach Bum
  • États-Unis, Royaume-Uni, France, Suisse2019
  • Réalisation : Harmony Korine
  • Scénario : Harmony Korine
  • Image : Benoît Debie
  • Décors : Adam Willis
  • Costumes : Heidi Bivens
  • Montage : Nick Fenton, Colby O'Brien
  • Musique : John Debney
  • Producteur(s) : Charles-Marie Anthonioz, Mourad Belkeddar, Steve Golin, John Lesher, Nicolas Lhermitte
  • Production : Anonymous Content, Grisbi Productions
  • Interprétation : Matthew McConaughey (Moondog), Snoop Dogg (Linerie), Zac Efron (Fricker), Isla Fisher (Minnie), Martin Lawrence (Capitaine Wack), Jonah Hill (Lewis)...
  • Distributeur : Crome Films (DVD) / OCS (TV)
  • Date de sortie : 22 août 2021
  • Durée : 1h35

The Beach Bum

de Harmony Korine

Low High


Low High

Il y a bien­tôt dix ans, Har­mo­ny Korine ten­tait de sub­limer la débauche flu­o­res­cente d’un groupe de spring break­ers en pèleri­nage sur les plages de Floride. Jusqu’alors intéressé par les mar­gin­aux, Korine obser­vait pour la pre­mière fois ce « milieu » pour mieux en exac­er­ber avec out­rance la super­fi­cial­ité, en reprenant les con­tours d’une imagerie bien con­nue, celle des clips MTV et des soirées EDM. De ce piratage un brin volon­tariste (déplac­er une esthé­tique main­stream, ain­si que des égéries Dis­ney, dans une oeu­vre réputée pour exhiber l’envers som­bre et malade de l’amer­i­can way of life), The Beach Bum reprend le cadre géo­graphique et la for­mule (par exem­ple son cast­ing, avec Zac Efron et Snoop Dogg, après Vanes­sa Hud­gens et Guc­ci Mane dans Spring Break­ers) mais en mod­i­fie légère­ment l’approche : l’auteur fasciné par les aber­ra­tions bling-bling du con­tem­po­rain n’est plus en dehors du milieu observé, der­rière la caméra, mais fait lui-même par­tie de ce monde aux couleurs cri­ardes et sat­urées. L’intrigue de The Beach Bum tourne en effet autour de Moon­dog (Matthew McConaugh­ey), un poète rel­a­tive­ment con­nu mais rat­trapé par son style de vie de ston­er déviant, dont l’er­rance de demeures fastueuses en yacht lux­ueux à Mia­mi ménage, entre chaque étape, une embardée du côté de la rue et des lais­sés-pour-compte.

De manière assez évi­dente, on dis­cerne là une forme d’autoportrait en biais de Korine, transfuge passé par dif­férentes strates (de la réal­i­sa­tion de Gum­mo à un clip pour Rihan­na) et auteur estimé qui ne cesse de se dérober au suc­cès qu’on lui promet. Pour Moon­dog, il est par exem­ple ques­tion de pass­er une soirée dans une vil­la avec vue sur la mer, puis d’être mis sous les ver­rous le lende­main ; pour Korine, il s’agit d’essuyer l’échec de Mis­ter Lone­ly pour mieux rebondir avec le suc­cès com­mer­cial de Spring Break­ers, avant de voir ensuite son nou­veau film ne même plus tra­vers­er l’Atlantique (sor­ti il y a deux ans aux États-Unis, il nous arrive en France via une dif­fu­sion télé, après une sor­tie DVD début juil­let). D’où que The Beach Bum ait pour moteur nar­ratif une recon­quête finan­cière qui aboutit, à la toute fin, à la dilap­i­da­tion de la somme récupérée par Moon­dog. Ce dernier avait aupar­a­vant annon­cé la couleur : « I got to go low to get high », un slo­gan qui syn­thé­tise à la fois le pro­jet réflexif du film (mon­tr­er les réus­sites et les échecs d’un artiste insai­siss­able), son imagerie (filmer clochards et mil­lion­naires de la même manière), et, plus prosaïque­ment, sa dynamique bur­lesque (capter l’érection et la décrépi­tude d’un corps aber­rant et clow­nesque).

Le chien de Venice Beach

The Beach Bum n’a mal­heureuse­ment pas grand chose à offrir de plus qu’un par­al­lèle entre son auteur et sa fig­ure prin­ci­pale, tant il se révèle peu abouti du côté de la comédie cor­porelle (peut-être parce que celle-ci implique de véri­ta­ble­ment con­stru­ire des scènes – ce que le film évite, reprenant le mon­tage musi­cal et éthéré de Spring Break­ers). Moon­dog est certes, sur le papi­er, une sorte de Loup de Wall Street détraqué (Jon­ah Hill appa­raît d’ailleurs dans le film à ses côtés), mais il n’a rien de la bes­tial­ité d’un Jor­dan Belfort. Si McConaugh­ey con­va­inc par­fois dans son exubérance, notam­ment lors des scènes où il côtoie mar­gin­aux et autres ska­teurs alcooliques, ce n’est qu’à tra­vers des gags assez brefs et immé­di­ats, par exem­ple lorsqu’il tombe à la ren­verse après avoir marché sur une planche de skate. En règle générale, l’acteur se com­plaît plutôt dans une non­cha­lance dis­tan­ciée, traî­nant du pied pour déclamer ses répliques et rel­a­tivisant par là l’idiotie de son per­son­nage (de fait, Moon­dog sem­ble avoir par­faite­ment con­science de sa bêtise). Dans son refus de jouer le jeu se reflète celui d’un cinéaste qui nie les con­ven­tions et le crie haut et fort, par l’entremise de son dou­ble à l’écran, livrant une chronique ni drôle ni vrai­ment émou­vante, mais tout à fait limpi­de sur sa pro­pre van­ité. On pour­ra toute­fois retenir, comme dans Spring Break­ers, quelques belles séquences psy­chédéliques, par­mi lesquelles celles où le ciel et la mer repren­nent les couleurs, jaune et bleu, de la chemise hawaïenne de Moon­dog, nous rap­pelant que tout cela n’est, au fond, qu’un sim­ple fan­tasme acidulé. De quoi se deman­der peut-être si Har­mo­ny Korine, au con­traire de son men­tor Lar­ry Clark, dont le ciné­ma n’a jamais fait le grand saut dans la plas­tic­ité phos­pho­res­cente du con­tem­po­rain, ne serait pas plutôt un styl­iste rel­a­tive­ment tal­entueux que le grand auteur rebelle et trans­gres­sif qu’il s’imag­ine être.

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