© L'Atelier Distribution
Billie

Billie

de James Erskine

  • Billie
  • Royaume-Uni2020
  • Réalisation : James Erskine
  • Scénario : James Erskine
  • Image : Tim Cragg
  • Montage : Avdhesh Mohla
  • Producteur(s) : Victoria Gregory, Barry Clark Ewers, James Erskine, Laure Vaysse
  • Production : New Black Films, Reliance Entertainment Productions Documentary
  • Distributeur : L'Atelier Distribution
  • Date de sortie : 30 septembre 2020
  • Durée : 1h38

Billie

de James Erskine

Sans Billie


Sans Billie

« L’enquête sur la mort de Lin­da, menée lors du tour­nage de ce film, n’a pas pu aboutir ». Trahissons d’entrée la chute du film, qui n’en est pas une : nous n’apprendrons rien sur la mort de Lin­da, et pas grand-chose de sa vie non plus. Lin­da Lip­nack Kuehl est une biographe qui a enreg­istré des cen­taines d’heures de témoignage sur la vie de Bil­lie Hol­i­day avant de mourir bru­tale­ment dans les années 1970, lais­sant son tra­vail inachevé. James Ersk­ine pro­pose d’entrer dans la vie de Bil­lie par le tra­vail et le regard de cette jour­nal­iste, ain­si que les dizaines d’autres voix enreg­istrées racon­tant des bribes du par­cours de l’artiste.

De la vie de Bil­lie Hol­i­day, décédée en 1959, il ne reste que des traces indi­rectes : un cer­tain nom­bre de pho­tos, très peu de films, et plus aucun témoin vivant. Ce matériel sonore retrou­vé con­stitue une source ines­timable en cela qu’il ouvre une fenêtre sur l’intimité du per­son­nage ; la promesse d’un chemin direct pour attein­dre la « vraie » Bil­lie. Mais ces témoignages, enreg­istrés dix ans après la mort de l’artiste, déjà ori­en­tés par les obses­sions de la jour­nal­iste pour les « souf­frances » de la chanteuse, et finale­ment réor­gan­isés cinquante ans plus tard au sein d’un réc­it à la dra­maturgie bal­isée (l’ascension, la chute et la rédemp­tion dans la postérité), nous éloignent para­doxale­ment du per­son­nage. Bil­lie appa­raît comme une fig­ure insai­siss­able, sans voix, qua­si fan­toma­tique, noyée sous des couch­es de dis­cours qui se super­posent dans un ensem­ble con­fus.

Enrobage

Le prin­ci­pal prob­lème est que James Ersk­ine cherche (et échoue) à tir­er de ces enreg­istrements et du per­son­nage de Lin­da la matière d’un docu­d­ra­ma mêlant his­toire et enquête, à l’instar de Search­ing for Sug­ar Man ou des doc­u­men­taires de faits divers comme The Jynx (qui provo­quaient un tout autre ver­tige dans la col­lu­sion entre l’enquête au présent et le réc­it his­torique). Une scène illus­tre son inca­pac­ité à être à la hau­teur de ses mod­èles : lors d’une inter­view de la psy­chi­a­tre de Bil­lie Hol­i­day, Lin­da tique sur l’emploi du mot « psy­chopathe » pour décrire le com­porte­ment de la chanteuse. C’est l’un des rares moments où l’on perçoit le rap­port prob­lé­ma­tique, entre admi­ra­tion et iden­ti­fi­ca­tion, qu’entretient la jour­nal­iste avec son sujet. Mais cette faille n’est pas exploitée, accouche d’une anec­dote dis­pens­able – Lin­da a eu une rela­tion avec l’un des témoins – avant que ne s’ouvre un nou­veau chapitre de la vie de Bil­lie, sans tran­si­tion, sans plus jamais chercher à com­pren­dre le rap­port de Lin­da à l’artiste.

Ces détours par la vie de Lin­da ne parais­sent être qu’un pré­texte pour enrober le film d’une esthé­tique de thriller à l’imagerie très gal­vaudée (mul­ti­ples plans d’enregistreurs audios et de fumée de cig­a­rette pour illus­tr­er les entre­tiens, évo­ca­tion de la vie de Lin­da en images Super 8) qui alour­dit le film et le détourne de son inten­tion ini­tiale : faire le por­trait de l’une des plus grandes voix de Jazz du XXe siè­cle, dou­blé du réc­it de vie trag­ique de cette femme noire, abusée par tous, dans l’Amérique de la ségré­ga­tion. Il y avait pour­tant un chemin plus direct pour accéder à la chanteuse : sa voix, ses chan­sons, ses textes. L’œuvre musi­cale n’est jamais décryp­tée (à l’exception de l’emblématique protest song « Strange Fruit »), réduite bien sou­vent au rang de son d’ambiance, tou­jours inter­rompue par un mon­tage qui se refuse à laiss­er vivre les archives (col­orisées et jamais con­tex­tu­al­isées) plus de dix sec­on­des. Une cadence effrénée, qui illus­tre le tour­bil­lon de cette vie publique et trag­ique, faite de blessures et d’excès en tout genre. Mais comme pour le Amy ou le Maradona d’Asif Kapa­dia, il manque à ce Bil­lie une approche délais­sant un peu le jeu médi­a­tique (l’obsession pour les « à cotés ») pour mieux s’intéresser à la force de l’œuvre et redonner ain­si sa voix à Bil­lie Hol­i­day.

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