© Pyramide Distribution
Kongo
  • Kongo
  • France, Congo2020
  • Réalisation : Hadrien La Vapeur, Corto Vaclav
  • Scénario : Hadrien La Vapeur, Corto Vaclav
  • Image : Hadrien La Vapeur
  • Son : Corto Vaclav
  • Montage : Hadrien La Vapeur, Corto Vaclav
  • Musique : Gaspar Claus, Michel Redolfi
  • Producteur(s) : Hadrien La Vapeur, Corto Vaclav, François-Pierre Clavel, Alexandre Perrier
  • Production : Kidam, Expedition Invisible
  • Distributeur : Pyramide Distribution
  • Date de sortie : 11 mars 2020
  • Durée : 1h10

Le sourcier


Le sourcier

Com­ment filmer ce qui, pré­cisé­ment, ne se voit pas ? C’est la pre­mière ques­tion soulevée par Kon­go, qui suit les activ­ités du prêtre Médard, un guéris­seur capa­ble, selon ses dires, d’in­ter­a­gir avec des esprits invis­i­bles. Au début du film, le prêtre observe par exem­ple l’in­térieur d’une bouteille rem­plie de terre dans laque­lle se trou­verait une sirène, ou bien extrait par suc­cion des morceaux de métal nichés à l’in­térieur de la jambe d’un de ses patients. Le film de Hadrien La Vapeur et de Cor­to Vaclav sem­ble tout d’abord suiv­re cette pre­mière piste pas­sion­nante, et se pose pour défi d’enregistrer, sans faire preuve de con­de­scen­dance ni d’exotisme (comme nous l’avions souligné lors de sa présen­ta­tion à Cannes), le dia­logue que nouent les habi­tants de Braz­zav­ille avec le sur­na­turel. La manière dont il s’y prend laisse toute­fois entrevoir une pre­mière impasse : à vouloir retran­scrire au plus près de l’action une céré­monie invo­quant une mère défunte, les cinéastes ne sem­blent plus savoir où se plac­er pour filmer le rite sans encom­bre, à tel point que les corps en mou­ve­ment finis­sent par entr­er en col­li­sion avec la caméra. Les mis­es en scène de Médard et de ses proches poussent ain­si le film à adopter une forme sou­vent relâchée, proche du reportage télé (alter­nance de gros plans et de caméra portée). Tirail­lé entre ces vel­léités doc­u­men­taires (capter l’or­gan­i­sa­tion d’une céré­monie) et un pen­chant fic­tion­nel proche du fan­tas­tique (avec réc­its de malé­dic­tions et de revenants), Kon­go se dilate encore plus à mesure qu’il suit le procès du prêtre Médard, accusé de pra­ti­quer la magie noire et d’avoir par con­séquent causé la mort de plusieurs enfants, mais aus­si les dan­gers qui pèsent sur la cul­ture locale, dus à l’ex­ploita­tion des ressources con­go­lais­es par des entre­pris­es chi­nois­es.

Une séquence-clé, située au cœur du film, réu­nit ces dif­férents pôles et témoigne des lim­ites de cette struc­ture en trois strates (fan­tas­tique, judi­ci­aire et géopoli­tique). Médard se rend sous une cas­cade pour deman­der les con­seils d’une sirène, un puis­sant esprit qui pour­rait lui venir en aide en vue de son procès. En pre­mier, un très beau plan fixe : le prêtre, filmé à dis­tance, s’adresse aux chutes d’eau. La sirène peut encore pos­si­ble­ment exis­ter, le sur­na­turel trou­vant ici une terre d’accueil dans le hors-champ, juste der­rière ce rideau aque­ux qui sépare le mythe du monde réel. Dans le plan suiv­ant, la caméra, en mal de vis­i­ble, passe sous la cas­cade et prend la place de la sirène, non loin du prêtre qu’elle filme désor­mais de très près. À l’issue de sa « prière », Médard est ensuite rap­pelé au prag­ma­tisme de la matière : la sirène, pour lui venir en aide, lui aurait à son tour demandé de lui ren­dre un ser­vice en pointant la destruc­tion immi­nente de la cas­cade. Dans une mau­vaise pos­ture, le prêtre est con­traint de recon­naître le lien étroit qu’en­tre­ti­en­nent les esprits avec le monde tan­gi­ble (sans eau ni cas­cade, plus de sirène), et par là de poli­tis­er peu à peu sa croy­ance. Une telle tra­jec­toire accouche d’un film inabouti, qui man­i­feste un intérêt pas­sager pour l’in­vis­i­ble mais lui préfère au fond tout l’in­verse : le corps de Médard plutôt que les esprits qui l’en­tourent, les regards inquisi­teurs de fig­ures judi­ci­aires, les trac­topelles retour­nant la terre pour en extraire du min­erai. Chaque piste n’est alors que par­tielle­ment dévelop­pée, la faute à une accu­mu­la­tion d’en­jeux enser­rés dans un for­mat plutôt bref (le film dure 1h10), qui laisse défini­tive­ment un goût d’i­nachevé.

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