© Epicentre Films
Nina Wu

Nina Wu

de Midi Z

  • Nina Wu
  • (灼人秘密/ Zhuó rén mìmì)
  • Taïwan2019
  • Réalisation : Midi Z
  • Scénario : Midi Z, Wu Ke-xi
  • Image : Florian Zinke
  • Costumes : Cheuk Ming Chan
  • Son : Cheng Chou
  • Montage : Matthieu Laclau, Yann-Shai Tsai
  • Musique : Giong Lim
  • Production : Seashore Image Productions, Harvest 9 Road Entertainment, Jazzy Pictures, Myanmar Montage Pictures, Star Ritz International Entertainment
  • Interprétation : Wu Ke-xi (Nina Wu), Vivian Sung (Kiki), Kimi Hsia (No. 3)...
  • Distributeur : Epicentre Films
  • Date de sortie : 8 janvier 2020
  • Durée : 1h42

Nina Wu

de Midi Z

La scène manquante


La scène manquante

Nina Wu est un film foi­son­nant, autant fic­tion con­sacrée au ciné­ma qu’œu­vre fan­tas­tique et drame sen­ti­men­tal. Toutes ces pistes con­ver­gent toute­fois vers l’héroïne, Nina (Wu Ke-xi), une jeune comé­di­enne qui pense avoir déjà lais­sé pass­er sa chance, mais qui se voit pro­pos­er un rôle dans une pro­duc­tion impor­tante. Comme Per­fect Blue avant lui, le film de Midi Z repose sur une con­struc­tion retorse prenant pour fil rouge les cauchemars et les hal­lu­ci­na­tions qui assail­lent la jeune femme, puis les réelles per­sé­cu­tions dont elle sem­ble être vic­time. Le film sug­gère ain­si le glisse­ment de l’actrice vers la folie et mise sur une con­fu­sion per­ma­nente entre le réel et l’imaginaire. C’est que l’intérêt prin­ci­pal de Nina Wu réside dans les fauss­es pistes qu’il met en place, repous­sant jusqu’à sa dernière scène le dévoile­ment de l’o­rig­ine véri­ta­ble des angoiss­es de la jeune femme. Dans un pre­mier temps, il est pour­tant pos­si­ble de les attribuer aux con­di­tions de tour­nage par­ti­c­ulière­ment dif­fi­ciles aux­quelles elle est con­fron­tée – Nina tra­vail­lant aux côtés d’un réal­isa­teur vio­lent et tyran­nique –, avant qu’un trou­ble ne s’in­stalle : une pièce sem­ble man­quer au puz­zle. Le film se rap­proche ain­si de Share, présen­té lui aus­si au dernier fes­ti­val de Cannes, avec qui il sem­ble partager la même scène prim­i­tive. Sa grande qual­ité réside ici dans sa struc­ture, qui épouse le refoule­ment de son héroïne et ne révèle la source de ses trau­mas qu’au bout de son réc­it, lorsque la jeune femme sem­ble enfin prête à en retrou­ver elle-même le sou­venir. Cette tra­jec­toire clas­sique du film post-trau­ma­tique (on songe au per­son­nage de Marnie, notam­ment par l’omniprésence du rouge dans les scènes d’hal­lu­ci­na­tions) subit ici une dis­tor­sion qui n’est pas sans évo­quer, par frag­ments, le Lynch de Mul­hol­land Dri­ve.

Au-delà de ses références, Nina Wu se veut par ailleurs la descrip­tion sans fard de la vio­lence infligée aux jeunes actri­ces de ciné­ma, de leurs pre­mières audi­tions jusqu’à leur pré­pa­ra­tion pour les tapis rouges. Si les scènes de tour­nage con­va­in­quent, la fin du film, qui esquisse un temps la piste d’une rival­ité fémi­nine mal­v­enue, s’en­gonce quelque peu dans une out­rance qui vient desservir la force de ce pro­pos. Il s’agit là peut-être de la prin­ci­pale lim­ite de Nina Wu : celle de ne pas tout à fait par­venir à con­denser l’ampleur socié­tale de son sujet à l’in­térieur des dif­férentes strates de son intrigue à tiroirs.

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