© JHR Films
Le Bel été

Le Bel été

de Pierre Creton

  • Le Bel été
  • France2019
  • Réalisation : Pierre Creton
  • Scénario : Pierre Creton, avec la collaboration de Mathilde Girard et Vincent Barré
  • Image : Pierre Creton, Léo Gil-Mena
  • Son : Michel Bertrou
  • Montage : Pierre Creton
  • Musique : The Limiñanas
  • Producteur(s) : Arnaud Dommerc
  • Production : Andolfi
  • Interprétation : Gaston Ouedraogo, Sophie Lebel, Yves Edouard, Sébastien Frère, Mohamed Samoura, Amed Kromah, Wally Toure...
  • Distributeur : JHR Films
  • Date de sortie : 13 novembre 2019
  • Durée : 1h20

Le Bel été

de Pierre Creton

Le jour sera tranquille


Le jour sera tranquille

Le mois de novem­bre accueille en salle Le Bel été, dernier film du cinéaste Pierre Cre­ton, deux ans après Va, toto. On retrou­ve la mai­son du cinéaste, à Vat­te­tot-sur-Mer, en Nor­mandie. Simon et Robert y habitent ensem­ble, ain­si que Nes­sim, ren­con­tré dans la Jun­gle de Calais, avec lequel les deux hommes vivent une his­toire d’amour. Les ont rejoints Amed et Mohammed, deux mineurs isolés égale­ment passés par les campe­ments de Calais et mis en rela­tion avec leurs hébergeurs par une asso­ci­a­tion nor­mande après le déman­tèle­ment de la Jun­gle. C’est l’été, la mai­son héberge aus­si des amis, des voisins, des pas­sagers. La mai­son et le film sont un refuge pour se pro­téger d’un monde som­bre, per­cuté dès les pre­miers plans par une image inou­bli­able, celle d’un film ami, LHéroïque Lande, La fron­tière brûle (2017) de Nico­las Klotz et Elis­a­beth Perce­val. Une image qui rap­pelle un lieu trop proche, que le film va ten­ter de garder à dis­tance.

Le réc­it, puisé dans le vécu du cinéaste, suit le fil d’une vie en col­lec­tiv­ité au sein de la mai­son. Il tra­vaille le temps dis­ten­du de l’été, con­férant à l’ensemble un rythme frag­men­té, par instants struc­turé par la voix off d’une nar­ra­trice pas­sagère, qui per­met à ces instants de vie de s’épanouir : le tra­vail aux champs, les baig­nades, les prom­e­nades, les siestes, les attentes, les activ­ités sim­ples et ces temps de repos où cha­cun prend soin de l’autre. Ni fic­tion, ni doc­u­men­taire, Le Bel été se laisse tra­vers­er par les instants vécus sans qu’il soit per­mis de décel­er ce qui a été mis en scène ou saisi sur le vif de la vie à Vat­te­tot. Le film va jusqu’à se racon­ter lui-même : des caméras appa­rais­sent sur les vit­res et les coins du cadre. C’est qu’il sem­ble néces­saire d’enregistrer et de doc­u­menter cette vie qui se déroule déjà à l’écran pour ren­dre compte de ce temps partagé dans un film fab­riqué ensem­ble. Si le film tient sur la sim­plic­ité d’un temps doux, il gagne toute­fois en com­plex­ité avec l’apparition des ten­sions d’été qui vien­nent élec­tris­er les corps. D’un côté, avec l’adolescence inno­cente d’Amed, Mohamed et de Flo­ra, les amours nais­sants sug­gérés et l’insouciance au bord de la mer. De l’autre, avec les com­plex­ités adultes, les rela­tions plus prob­lé­ma­tiques mais sans grav­ité. Les désirs se mêlent, les corps sont liés. Les cadrages révè­lent un tra­vail du groupe, comme s’il fal­lait met­tre en présence autant de sil­hou­ettes que pos­si­ble dans le champ et, plus loin, dans la même mai­son. Le cinéaste joue sur les présences loin­taines, le reflet des uns et des autres sur les vit­res, ou encore sur les fenêtres ouvertes pour laiss­er tou­jours des corps appa­raître. Une scène mon­tre Sophie en train d’aider Amed à lire un texte, pen­dant qu’en arrière-plan, sur le canapé, Simon dort. Tan­dis que l’on trou­ve Amed, Mohamed et Flo­ra sur un lit, on cueille Nes­sim, Robert et Simon au réveil. Mais le film trou­ve peut-être plus encore son équili­bre dans les instants de soli­tude, avec ces plans sur les vis­ages isolés, et dans ses échap­pées – notam­ment l’évasion de Sophie, la nar­ra­trice, qui fait l’objet d’une séquence à part entière. Pierre Cre­ton bal­lade ain­si son regard entre tous et cha­cun, tou­jours porté par l’intime. Il inter­roge cette ten­ta­tive de coex­is­tence, sans fuir l’étrangeté de la sit­u­a­tion ; il filme ceux qui sont là, main­tenant la justesse recher­chée dans cet abri fer­mé, pro­tecteur, mais ouvert à tous les pos­si­bles.

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