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Le Dindon

Le Dindon

de Jalil Lespert

  • Le Dindon
  • France2019
  • Réalisation : Jalil Lespert
  • Scénario : Jalil Lespert, Guillaume Gallienne, Fadette Drouard
  • d'après : l'oeuvre de
  • de : Georges Feydeau
  • Image : Pierre-Yves Bastard
  • Décors : Pierre Quefféléan
  • Costumes : Madeline Fontaine
  • Son : Antoine Deflandre
  • Montage : Frédérique Olszak
  • Musique : Marco Prince
  • Producteur(s) : David Gauquié, Julien Deris
  • Production : Onzecinq, France 2 Cinéma, Artémis Production
  • Interprétation : Guillaume Gallienne (M. de Pontignac), Dany Boon (Vatelin), Alice Pol (Victoire Vatelin), Ahmed Sylla (Rediop), Laure Calamy (Mme de Pontignac), Camille Lellouche (Jacqueline), Jessica Sherman (Suzy Wayne), Holt McCallany (Wayne)...
  • Distributeur : Pathé Distribution
  • Date de sortie : 25 septembre 2019
  • Durée : 1h25

Le Dindon

de Jalil Lespert

Saturation


Saturation

L’intrigue foi­son­nante du Din­don, adap­ta­tion de Fey­deau dirigée par Jalil Les­pert et co-signée par Guil­laume Gal­li­enne, pour­rait se résumer à un motif que le film ne cesse de déclin­er : celui du dédou­ble­ment. Cha­cune des rela­tions amoureuses qui ponctue l’histoire ren­ferme en effet un « dou­blon » qu’un con­cours de cir­con­stances rocam­bo­lesque va révéler au grand jour. Pon­ta­gnac (Guil­laume Gal­li­enne), un mari volage, s’amourache ain­si de Vic­toire (Alice Pol), l’épouse de son ami Vatelin (Dany Boon). Con­tre toute attente, ce dernier est égale­ment impliqué dans une affaire extra­con­ju­gale avec Suzy Wayne (Jes­si­ca Sher­man), la femme d’un client améri­cain. De son côté, Vic­toire entre­tient égale­ment une liai­son pla­tonique avec Rediop (Ahmed Syl­la), lui-même client réguli­er d’une pros­ti­tuée répon­dant au nom de Jacque­line (Camille Lel­louche) et future proie de Mme de Pon­ta­gnac, qui souhaite se venger des infidél­ités à répéti­tion de son mari. À cette pre­mière strate d’écriture s’ajoute la tra­jec­toire de M. de Pon­ta­gnac : pour obtenir les faveurs de Vic­toire (qui s’est en réal­ité promise à Rediop), il organ­ise une machi­na­tion pour pren­dre Vatelin en fla­grant délit d’adultère, mais finit par être accusé à sa place d’entretenir une liai­son avec Suzy. En somme, à trop vouloir « dou­bler » Vatelin, Pon­ta­gnac finit par pren­dre lit­térale­ment sa place.

Il est regret­table que ce pro­gramme comique assez sub­til et com­plexe fasse l’objet d’une adap­ta­tion aus­si peu con­va­in­cante. La per­ti­nence du vaude­ville de Fey­deau repo­sait avant tout sur la ten­sion qu’il instal­lait entre la représen­ta­tion d’un cadre social strict (les rela­tions con­ju­gales dans le milieu bour­geois) et la capac­ité du lan­gage à défaire l’ordre établi en jouant sur de mul­ti­ples niveaux de sens (séduc­tion, men­songe, quipro­quo). À ce titre, Le Din­don sem­ble rigoureuse­ment inca­pable d’envisager la parole comique sur un autre mode que celui de la sat­u­ra­tion. À trop vouloir soulign­er la vitesse des répar­ties, le découpage se révèle par­ti­c­ulière­ment assom­mant, en par­ti­c­uli­er dans la pre­mière par­tie du film, où une seule ligne de dia­logue peut se voir ponc­tuée par cinq coupes suc­ces­sives. L’énergie pro­pre aux pièces de Fey­deau n’est ici jamais présente, à cause d’une écri­t­ure qui con­fond la pré­ci­sion de la mécanique nar­ra­tive avec le spec­ta­cle d’une hys­térie général­isée. Il en va ain­si d’une scène, éton­nam­ment silen­cieuse, située au début du film. Pon­ta­gnac et Rediop sont assis côté-à-côte dans le salon des Vatelin. Après quelques sec­on­des de silence, le jeune homme se met à taper du pied sur le tapis, tan­dis que le coureur de jupons tourne les pages de son jour­nal à un rythme de métronome. Pro­gres­sive­ment, le con­cer­to des deux pré­ten­dants s’emballe jusqu’à l’apparition dans la bande-son d’un morceau soul du plus mau­vais effet. Rediop se met alors à mimer fréné­tique­ment le rythme de la bat­terie. De son côté, Pon­ta­gnac esquisse quelques pas de danse et frappe sur les murs en pous­sant des cris. Cette scène affligeante résume le fonc­tion­nement général du film et les raisons de son échec : la res­pi­ra­tion silen­cieuse, si néces­saire à la réus­site comique du vaude­ville, est envis­agée comme un temps mort qui doit être comblé pour main­tenir éveil­lé l’intérêt du spec­ta­teur.

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