© Borealia Films
Petite forêt

Petite forêt

de Yim Soon-rye

  • Petite forêt
  • (리틀 포레스트)
  • Corée du Sud2018
  • Réalisation : Yim Soon-rye
  • Scénario : Hwang Seong-gu
  • d'après : Little Forest
  • de : Daisuke Igarashi
  • Image : Lee Seung-hun, Park Ju-hyun
  • Décors : Yoon Na-ra
  • Costumes : Cho Hee-ran
  • Son : Kim Suk-won
  • Montage : Kim Sun-min
  • Producteur(s) : Jenna Ku, Philippe Vicente
  • Production : Watermelon Pictures
  • Interprétation : Kim Tae-ri (Hye-won), Ryu Jun-yeol (Jae-ha), Jin Ki-joo (Eun-sook), Moon So-ri (mère d'Hye-won)
  • Distributeur : Borealia Films
  • Date de sortie : 3 juillet 2019
  • Durée : 1h43

Petite forêt

de Yim Soon-rye

La terre propre


La terre propre

Après un échec sco­laire et une rup­ture amoureuse, Hye-won (Kim Tae-ri, croisée dans Made­moi­selle), une étu­di­ante séoulite en perdi­tion, part se ressourcer dans la mai­son de cam­pagne où elle a gran­di. Elle y retrou­ve ses amis et fait calme­ment la paix avec elle-même dans le froid de l’hiv­er. Avec une can­deur désar­mante, la tra­jec­toire de Hye-won dans cette chronique bucol­ique se lim­ite à retrou­ver, sans ironie aucune, sa « petite forêt » intérieure. Plus sur­prenant : à ce cap atten­du et rebat­tu s’ajoute une suc­ces­sion d’intermèdes culi­naires pro­mou­vant la fraîcheur de plats con­coc­tés avec des pro­duits frais de la région. Les réc­i­ta­tions en voix-off de la jeune femme, résumant la com­po­si­tion des mets avant de les manger, s’ajoutent à l’extase con­stante, de Hye-won comme du film, face à la « beauté » des fruits et des légumes qui prospèrent au sein de cette nature immac­ulée ; en témoigne ce time­lapse mon­trant une plante sor­tir de terre avant de ger­mer puis d’éclore. En cela, le film vise surtout à con­fron­ter, par de laborieux flash­backs, l’ancien quo­ti­di­en morne de Hye-won à Séoul, car­ac­térisé par la puan­teur des plats réchauf­fés qu’elle se résig­nait à manger, à celui, éminem­ment plus apaisé et répara­teur, qu’elle expéri­mente à la cam­pagne.

Symp­tômes d’une fas­ci­na­tion envers un ter­roir idéal­isé, ici trans­for­mé en véri­ta­ble jardin d’Eden où aucun fruit n’est défendu, les nom­breuses scènes de repas de Petite forêt suiv­ent des con­coc­tions ali­men­taires où le découpage, la pré­pa­ra­tion, la cuis­son et l’assaisonnement des pro­duits relèvent d’un fétichisme aus­si immo­bile que figé, chaque plat y étant réduit à son poten­tiel pho­togénique. Des points de vue sur­plom­bants, à la manière de pho­tos label­lisées food­porn, con­clu­ent une série de gros plans révérant la fine lame des usten­siles de cui­sine ou les déli­cates pincées d’épices qui vien­nent saupoudr­er les spé­cial­ités locales, acces­soire­ment louées pour leurs qual­ités gus­ta­tives et leurs bien­faits pour la san­té. Le para­doxe est de taille et le film entre­tient, sans le vouloir, un rap­port résol­u­ment hygiéniste à la nature, ici glo­ri­fiée à grand ren­fort de fil­tres et de longues focales léchées, éjec­tant du cadre la moin­dre trace de crasse ou de dyshar­monie (les fruits et légumes « moches » y sont pro­scrits). Ain­si, la grande lim­ite du film n’est pas de se réduire à une anec­do­tique opéra­tion de soft-pow­er gas­tronomique, mais plutôt de ne jamais pleine­ment accorder ce prosé­lytisme culi­naire au retour à la nature qu’il promeut.

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