© Metropolitan FilmExport
Greta

Greta

de Neil Jordan

  • Greta
  • États-Unis, Irlande2018
  • Réalisation : Neil Jordan
  • Scénario : Ray Wright, Neil Jordan
  • Image : Seamus McGarvey
  • Décors : John Neligan
  • Son : Stefan Henrix
  • Montage : Nick Emerson
  • Musique : Javier Navarrete
  • Producteur(s) : Lawrence Bender, James Flynn, Sidney Kimmel, John Penotti, Karen Richards
  • Production : Sidney Kimmel Entertainment, Lawrence Bender Productions, Little Wave Productions
  • Interprétation : Isabelle Huppert (Greta Hideg), Chloë Grace Moretz (Frances McCullen), Maika Monroe (Erica Penn), Stephen Rea (Brian Cody)...
  • Distributeur : Metropolitan FilmExport
  • Date de sortie : 12 juin 2019
  • Durée : 1h38

Greta

de Neil Jordan

Hitchcock et tous les autres


Hitchcock et tous les autres

Gre­ta est explicite­ment con­stru­it sur un mod­èle hitch­cock­ien, trois scènes citant directe­ment le maître. Le pre­mier plan reprend l’ouverture de Marnie et, comme dans un jeu des sept erreurs, l’absence cri­ante du sac à main se révèle déter­mi­nante pour la suite de l’intrigue. Plus loin, Frances décou­vre der­rière une fenêtre la sil­hou­ette de Gre­ta qui l’observe, immo­bile, comme Bruno obser­vait Guy dans L’Inconnu du Nord-Express. Enfin, le détec­tive est tué dans les mêmes con­di­tions qu’Arbogast dans Psy­chose et ses dernières paroles se trou­vent juste­ment être « You’re a psy­cho ! », terme qui ren­voie au titre orig­i­nal du film d’Hitchcock. Au-delà de ces emprunts évi­dents, la struc­ture même de Gre­ta reprend celle de ses mod­èles avec une pre­mière par­tie en crescen­do aboutis­sant à la révéla­tion pré­maturée du mys­tère, la sec­onde inter­ro­geant la façon dont les per­son­nages pren­nent en charge cette nou­velle donne. Vis­i­ble­ment, Neil Jor­dan ne pos­sède pas le tal­ent d’Hitchcock pour main­tenir la ten­sion jusqu’à la fin du film sans user de gross­es ficelles ou avoir recours aux rebondisse­ments les plus prévis­i­bles du genre. Au lieu de s’enrichir d’une dimen­sion psy­chologique ou dra­ma­tique supérieure, son film s’étiole à mesure qu’il se dévoile. Serait-ce dû au fait que le réal­isa­teur, trop occupé à singer les obses­sions de son maître (la par­faite symétrie entre le bien et le mal incar­née dans un cou­ple de per­son­nages com­plé­men­taires, la mère névrosée et abu­sive, l’impuissance de la police, etc.), en oublie de don­ner corps à ses per­son­nages ?

Si le sus­pense du film reste donc tou­jours un peu ban­cal, sa prin­ci­pale lim­ite réside bien dans la faib­lesse des por­traits qu’il brosse. Il y a tout d’abord les per­son­nages de Frances et de sa colo­cataire, images car­i­cat­u­rales d’une jeunesse new-yorkaise qui pra­tique le yoga, achète des chaus­sures de créa­teur et enchaîne les plat­i­tudes. Même le passé famil­ial lourd de Frances, jamais véri­ta­ble­ment investi par le film, ne sem­ble servir que de pré­texte à la mise en place d’une intrigue psy­ch­an­a­ly­tique trop sim­ple (Frances voit en Gre­ta la mère qu’elle n’a plus et Gre­ta retrou­ve chez la jeune femme sa pro­pre fille dis­parue). Gre­ta elle-même répond à un autre stéréo­type, celui de l’étrangère recluse et mys­térieuse. Mais là encore, lorsque ses failles et sa folie appa­rais­sent au grand jour, le film ne les envis­age qu’en tant que jus­ti­fi­ca­tions pos­si­bles à son com­porte­ment, plutôt que d’en faire de véri­ta­bles ressorts d’un sus­pense psy­chologique poten­tielle­ment puis­sant. Réduite au pas­tiche, Gre­ta est un per­son­nage vide prenant tout à tour les traits d’Hannibal Lecter dans sa camisole, puis d’une tor­tion­naire échap­pée de Mis­ery.

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