Little Joe

Little Joe

de Jessica Hausner

Little Joe

de Jessica Hausner

Le fantastique flétri


Le fantastique flétri

Les films de Jes­si­ca Haus­ner suiv­ent, en dépit de leur cadres et inspi­ra­tions très dis­tincts, un même cap et plus encore un beau prob­lème de cinéaste : com­ment filmer l’in­vis­i­ble et, dans le même temps, ne pas com­plète­ment le vider de son ambiva­lence ? Lit­tle Joe, pre­mière entrée en com­péti­tion pour la réal­isatrice autrichi­enne, promet­tait beau­coup avec son réc­it loin­taine­ment inspiré de Bodys­natch­ers : Alice, phy­togénéti­ci­enne, met au point une fleur qui, bien entretenue, sécrète un par­fum ren­dant son pro­prié­taire plus heureux. Sauf que rapi­de­ment le pollen émis par la plante ver­mil­lon sem­ble imper­cep­ti­ble­ment altér­er l’humeur et la per­son­nal­ité de ceux qui la hument.

Sujet par­fait pour Haus­ner qui, inex­plic­a­ble­ment, livre un film pour­tant beau­coup plus car­ré et expli­catif qu’à l’ac­cou­tumée. La net­teté ordi­naire de la découpe, qui priv­ilé­giait une fix­ité du cadre, glisse douce­ment vers une forme plus vis­i­ble­ment anx­iogène (en témoigne la musique dis­son­nante), mais aus­si plus lit­térale dans ce qu’elle cul­tive : la nais­sance et la cir­cu­la­tion d’af­fects (le doute et la peur) passent ain­si par la mul­ti­pli­ca­tions de trav­el­lings latéraux et de panoramiques qui fig­urent aus­si l’ef­fet de la fleur. Le film souf­fre peut-être par ailleurs de trop tabler sur ses décors qui décom­posent l’e­space en strates (les ser­res, les aplats de couleurs très nets) pour ren­dre plus vis­i­bles les traces de l’ac­tion de la plante (par exem­ple, le pollen qui se dépose sur les parois vit­rées). Si l’écri­t­ure fait preuve ici et là de davan­tage de finesse (un rac­cord sur le fils d’Al­ice assis de dos, une scène de sui­cide où la découpe joue pleine­ment de la con­fig­u­ra­tion spa­tiale du lab­o­ra­toire), on s’é­tonne toute­fois de la manière dont le film cul­tive jusqu’au bout un fan­tas­tique de façade — le réc­it trou­ve une réso­lu­tion que l’on peut inter­préter autant d’un point de vue rationnel que sur­na­turel -, tout en pas­sant sou­vent par des dia­logues qui surlig­nent des enjeux trop super­fi­cielle­ment pris en charge par la mise en scène. Restent quelque touch­es comiques où l’hu­mour à froid car­ac­téris­tique du ciné­ma d’Haus­ner fleu­rit à nou­veau, mais rien qui ne vienne con­tre­bal­ancer la décep­tion de le voir per­dre un peu de sa sin­gu­lar­ité dans ce film certes plus acces­si­ble, mais moins pas­sion­nant qu’at­ten­du.

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