© Columbia Pictures Industries
Shampoo

Shampoo

de Hal Ashby

  • Shampoo
  • Etats-Unis1975
  • Réalisation : Hal Ashby
  • Scénario : Robert Towne & Warren Beatty
  • Image : Laszlo Kovacs
  • Décors : Richard Sylbert
  • Montage : Robert C. Jones
  • Musique : Paul Simon
  • Producteur(s) : Warren Beatty et Charles H. Maguire
  • Production : Persky-Bright Productions, Columbia Pictures Corporation et Rubeeker Films
  • Interprétation : Warren Beatty (George Roundy), Julie Christie (Jackie Shawn), Goldie Hawn (Jill), Lee Grant (Felicia), Jack Warden (Lester), Carrie Fisher (Lorna)
  • Bonus DVD : 10 reproductions de photos de tournage avec Warren Beatty, Julie Christie et Goldie Hawn , cinq cartes postales, magnet et affiche du film.
  • Date de sortie DVD : 8 mai 2019
  • Durée : 1h49

Shampoo

de Hal Ashby

Rien que pour vos cheveux


Rien que pour vos cheveux

« I don’t fuck any­body for mon­ey, I do it for fun! », rétorque George Roundy (War­ren Beat­ty) à l’une de ses con­quêtes féminines. Cette répar­tie est l’une des seules de Sham­poo à attester de l’existence de principes – à défaut de valeurs – chez ce coif­feur de Bev­er­ly Hills, vic­time de son suc­cès auprès d’une clien­tèle attirée par sa répu­ta­tion de styl­iste et d’amant hors pair. Un cri du cœur qui con­firme que ce lib­ertin pour­chas­sé par ses proies, avec lesquelles il couche presque à son corps défen­dant, est le ves­tige d’un hédon­isme révolu, celui d’une con­trecul­ture per­mis­sive dont la fin se voit sym­bol­ique­ment actée par l’élection de Richard Nixon en 1968. Qua­trième long-métrage d’Hal Has­b­hy, Sham­poo se déroule pré­cisé­ment à la veille de ce scrutin et sor­ti­ra dans les salles améri­caines le 11 févri­er 1975, soit six mois après le départ de la Mai­son blanche de « Tricky Dick », qui démis­sion­na pour s’éviter la dis­grâce d’une procé­dure de des­ti­tu­tion. La toile de fond est donc poli­tique, mais les écrans de télévi­sion devant lesquels pal­abrent et s’envoient en l’air les per­son­nages leur impor­tent moins que l’actualité brûlante des ébats du jour, aux­quels George reste le seul à s’abandonner encore par plaisir. Cette insou­ciance le rendrait-il meilleur que ses con­tem­po­rains ? Il est per­mis d’en douter. Davan­tage que le rejet d’un ordre moral et cap­i­tal­is­tique, elle sig­nale surtout chez lui une pro­fonde inadéqua­tion à une société où, une fois refer­mée la par­en­thèse con­tes­tataire des six­ties, les rap­ports humains sont rede­venus des rap­ports d’argent. Hash­by ren­voie donc dos à dos la vénal­ité de femmes pressées de se faire entretenir à l’idiotie d’un « bohémien » per­ma­nen­té qui a tra­ver­sé la décen­nie à moto, un séchoir glis­sé dans la cein­ture, sans trop savoir où aller.

« Le follicule ne meurt jamais »

Il fal­lait s’appeler War­ren Beat­ty pour avoir le culot de s’arroger ce rôle qui tour­nait en déri­sion son invraisem­blable répu­ta­tion de tombeur tout en offrant au spec­ta­teur un aperçu de sa vie sen­ti­men­tale, puisque pas moins de qua­tre de ses anci­ennes com­pagnes furent imposées au générique – Julie Christie, Goldie Hawn, Lee Grant et Michelle Phillips. C’est que Sham­poo peut être con­sid­éré autant comme un film de Beat­ty que de Hal Ash­by, à qui la star de Bon­nie & Clyde déci­da de con­fi­er la mise en scène d’un scé­nario coécrit dans la douleur avec Robert Towne et dont la ges­ta­tion remon­tait à 1967. Réputé pour son tact sur le plateau (et ses rela­tions orageuses avec les stu­dios), le réal­isa­teur réus­sit à ménag­er ces deux egos sur­di­men­sion­nés tout en leur don­nant l’illusion d’un con­trôle artis­tique, sous cou­vert duquel il s’employa à sub­ver­tir un script peu­plé de fig­ures vaines et mépris­ables. Si Sham­poo a si remar­quable­ment vieil­li, c’est moins en rai­son de la per­ti­nence de sa satire politi­co-sex­uelle à l’heure du cirque Trump que de la com­pas­sion cul­tivée par Ash­by pour des per­son­nages qui lui étaient a pri­ori étrangers : « Ce ne sont pas des gens que je fréquente, mais je les ai regardés et ils m’ont fait de la peine. J’ai donc passé beau­coup de temps à être aus­si agréable que pos­si­ble avec eux. C’est l’inverse qui serait facile. Se moquer des gens, c’est facile. La vie n’est jamais aus­si facile », esti­mait Ashby[ref]Nick Daw­son, Being Hal Ash­by: Life of a Hol­ly­wood Rebel, p. 158., Screen Clas­sics, The Uni­ver­si­ty of Kentucky.[/ref], qui portera cette empathie à un degré supérieur dans ce qui reste peut-être son plus beau film, Bien­v­enue Mis­ter Chance.

La solitude du coureur de jupons

D’où ce sen­ti­ment qu’ici, cha­cun est la dupe d’un autre, sans que jamais quiconque ne soit toisé par le regard que con­stru­it la mise en scène, tou­jours en osmose avec la promis­cuité générale. Cet infléchisse­ment de la farce vers l’étude de mœurs doit aus­si beau­coup à des acteurs qui émancipent volon­tiers leurs per­son­nages de la car­i­ca­ture qui les men­ace. Bal­loté au gré des désirs qu’il éveille, George agit sur ses amantes à la manière d’un révéla­teur, les pous­sant à pren­dre des déci­sions longtemps dif­férées, comme c’est le cas de Jack­ie (Julie Christie, avec qui Beat­ty for­mait à l’inverse dans McCabe & Mrs. Miller un cou­ple de prox­énètes éminem­ment prof­itable), qui fera le choix d’un mariage de rai­son avec Lester (Jack War­den). Ce dernier, un riche investis­seur, n’exclut pas de financer les rêves d’indépendance du coif­feur sur­doué, qui veut ouvrir son pro­pre salon, après le refus d’un ban­quier de lui accorder un prêt. Mais la dernière scène con­tred­it ce baratin d’homme d’affaires et invite plutôt à penser que le divorce entre forces créa­tives et argen­tiers s’apprête à être con­som­mé. Dans le dernier plan, per­ché sur un promon­toire, Beat­ty est filmé de dos, seul, avec à ses pieds un Hol­ly­wood où de richissimes pro­duc­teurs con­v­o­lent en sec­on­des noces avec d’ex-hip­pies. Sham­poo a beau se dérouler en 1968, nous sommes bien, à ce moment pré­cis, au mitan des années 1970, et Hash­by et Beat­ty s’y mon­trent d’une grande clair­voy­ance quant au sort qui leur sera bien­tôt réservé.

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