© Bac Films
Funan

Funan

de Denis Do

  • Funan
  • France, Belgique, Luxembourg, Cambodge2018
  • Réalisation : Denis Do
  • Scénario : Denis Do, Magali Pouzol
  • Musique : Thibault Kientz Agyeman
  • Producteur(s) : Sebastien Onomo, David Grumbach, Annemie Degryse, Louise Genis-Cosserat
  • Production : Les Films d'Ici, Bac Cinema, Epuar, Lunanime
  • Interprétation : Bérénice Bejo (Chou), Louis Garrel (Khuon), Colette Kieffer (Nay/voix radio), Aude-Laurence Clermont-Biver (Chan), Brice Montagne (Meng)
  • Distributeur : Bac Films
  • Date de sortie : 6 mars 2019
  • Durée : 1h22

Funan

de Denis Do

Héritage et médiation


Héritage et médiation

Prix du pub­lic lors de l’édition 2018 du fes­ti­val War on Screen et « Cristal » du fes­ti­val d’Annecy, Funan tire prin­ci­pale­ment son scé­nario des sou­venirs de la mère du réal­isa­teur Denis Do, une Cam­bodgi­en­ne ayant survécu à la dic­tature des Khmers rouges à la fin des années 1970. N’ayant pas vécu les évène­ments (il est né en 1985 à Paris) et encom­bré, de son pro­pre aveu, d’une cer­taine cul­pa­bil­ité, le cinéaste a choisi de s’inviter dans le réc­it par l’entremise d’un per­son­nage fic­tif, Sovanh, le ben­jamin de la famille. Trop jeune pour par­ler, ce dernier, resté seul avec sa grand-mère et envoyé dans un camp pour enfants après avoir été séparé de ses par­ents, sert prin­ci­pale­ment de témoin silen­cieux. Alter ego du cinéaste, ce garçon qua­si muet entérine sa présence non pas comme par­tic­i­pant, mais comme héri­ti­er et médi­a­teur. Le réc­it alterne ain­si entre l’expérience de Sovanh et la survie de ses par­ents dans un sec­ond camp. Cette mul­ti­pli­ca­tion des points de vue innerve le film, qui bal­ance entre écri­t­ure du vécu (les mémoires de la mère) et représen­ta­tions fan­tas­mées du passé.

Figurer l’atroce

Par con­séquent, le film n’évite pas cer­tains écueils, notam­ment la cru­dité de pas­sages éminem­ment douloureux. À titre de com­para­i­son, Le Tombeau des luci­oles, qui situ­ait son réc­it du point de vue de ses jeunes pro­tag­o­nistes, reléguait sou­vent la men­ace bel­ligérante à la lim­ite du hors-champ, au point de devenir une qua­si abstrac­tion, tan­dis que Funan n’a de cesse de replac­er le con­texte poli­tique au pre­mier plan. Au mutisme de l’enfant s’oppose d’ailleurs une ten­dance aux bavardages par­fois stéréo­typés et descrip­tifs des adultes.

De sur­croît, Denis Do opte sys­té­ma­tique­ment pour le même sub­sti­tut visuel lorsqu’il doit fig­ur­er les séquences les plus dures : les yeux écar­quil­lés d’horreur des témoins de la scène. Ces gros plans récur­rents uni­formisent l’expression de la douleur de tous les per­son­nages, comme si cette dernière était trans­mise des par­ents à l’enfant. On relèvera d’ailleurs une séquence assez affec­tée où Sovanh se tord de douleur en enten­dant les hurlements de ses proches. Pas­sant à côté de son véri­ta­ble sujet, le cinéaste pro­pose ain­si une jonc­tion des points de vue et des ressen­tis au lieu d’explorer plus pro­fondé­ment leurs diver­gences. Investi d’un pro­jet com­mé­moratif louable, il nég­lige cepen­dant l’observation des con­di­tions de sur­vivance, ou au con­traire de refoule­ment, d’une mémoire cam­bodgi­en­ne tou­jours à vif.

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