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La Belle

La Belle

de Arūnas Žebriūnas

  • La Belle
  • (Gražuolė)
  • Lituanie1969
  • Réalisation : Arūnas Žebriūnas
  • Scénario : Jurijus Jakovlevas
  • Image : Algimantas Mockus
  • Montage : Lilija Zivienė
  • Musique : Viačeslavas Ganelinas
  • Production : Lietuvos Kino Studija
  • Interprétation : Inga Mickytė (Inga), Lilija Žadeikytė (la mère d'Inga), Arvidas Samukas (Viktoras), Tauras Ragalevičius (le nouveau garçon)...
  • Distributeur : ED Distribution
  • Date de sortie : 22 août 2018
  • Durée : 1h05

La Belle

de Arūnas Žebriūnas

Entre deux mondes


Entre deux mondes

Rareté du ciné­ma litu­anien réal­isée en 1969, La Belle est l’un des pre­miers films d’Arū­nas Žebriū­nas, mal­heureuse­ment peu con­nu dans nos con­trées alors que sa car­rière s’est tout de même étalée sur qua­tre décen­nies. À l’ini­tia­tive d’ED Dis­tri­b­u­tion, le film con­naît aujour­d’hui les faveurs d’une sor­tie en salles, ce qui per­met d’in­tro­duire l’u­nivers si sin­guli­er du cinéaste, entre nat­u­ral­isme et onirisme. Le réc­it s’ar­tic­ule entière­ment autour de la très jeune Inga, blonde espiè­gle qui vit seule avec sa mère dans un quarti­er ouvri­er. Pour autant, dès la scène d’ou­ver­ture, La Belle ne prend pas la voie du film social : tournoy­ant au ralen­ti autour de la petite fille qui impro­vise une danse, la caméra célèbre d’en­trée de jeu le pou­voir de l’imag­i­naire, la manière dont le per­son­nage souhaite con­ver­tir le monde qui l’en­toure à son regard. Si le film n’oc­culte jamais com­plète­ment l’ar­rière-plan social (une com­mu­nauté d’in­di­vidus vivant mod­este­ment, des immeubles vétustes sont détru­its), le pro­pos n’est empreint d’au­cun dis­cours poli­tique et se veut davan­tage impres­sion­niste. C’est que le cinéaste se met con­tin­uelle­ment à hau­teur de sa jeune héroïne dont les yeux — encore vierges de toute con­science — ori­en­tent la mise en scène : sou­ples, les mou­ve­ments de caméra accom­pa­g­nent à coups d’élé­gants trav­el­lings Inga dans ses déplace­ments tan­dis que les plans s’étirent pour mieux traduire ce sur quoi l’at­ten­tion de l’en­fant pleine d’in­ter­ro­ga­tions se pose.

L’étrange étrangeté

Que ce soit lorsqu’elle observe avec amour sa mère, dont la beauté masque à peine le cha­grin, ou bien lorsqu’elle fait la con­nais­sance d’un garçon nou­veau venu dans le quarti­er — perçu par les autres enfants comme un étranger à rejeter –, la petite fille se con­fronte à un monde mou­vant auquel elle tente de s’adapter tout en cul­ti­vant son sens de l’imag­i­na­tion. Cette dual­ité provoque deux régimes d’im­ages : d’un côté, il y a celles qui s’in­scrivent dans le réal­isme du quo­ti­di­en (le poids de la soli­tude, l’altérité qui s’ex­prime par les jeux ou la décou­verte de l’autre) et celles qui don­nent l’im­pres­sion d’un léger décalage avec cette même réal­ité en s’af­fran­chissant de toute chronolo­gie dra­maturgique (les silences indéchiffrables, les fig­ures inquié­tantes, le chien au regard éton­nam­ment fixe). C’est dans cet entre-deux qu’In­ga se fraie un chemin, même si cette tra­jec­toire n’a rien d’un réc­it d’ap­pren­tis­sage aux accents moral­isa­teurs : la petite fille éprou­ve, ressent, se laisse porter, sans que cela se traduise pour autant par un sens par­ti­c­uli­er, faisant du film un poème libre et vir­tu­ose. Plutôt que de chercher à con­ver­tir son pro­pos en mots, Arū­nas Žebriū­nas laisse la musique guider les émo­tions en s’at­tachant à offrir une expéri­ence du sen­si­ble qui trou­ve son acmé lors d’une très belle scène au cours de laque­lle la jeune héroïne ren­tre chez elle et laisse libre cours à son cha­grin. Qu’il soit ici ques­tion d’une per­cep­tion de soi défail­lante (le titre du film vient d’un jeu qui con­siste à ras­sur­er la petite fille sur son physique soi-dis­ant dis­gra­cieux) ou d’une per­cep­tion en pleine muta­tion du monde, La Belle a, sous ses appa­rats d’une douceur infinie, les aspects d’une jolie revanche : celle du pou­voir de l’imag­i­naire capa­ble de trans­fig­ur­er la plus banale des réal­ités.

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