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Alpha

Alpha

de Albert Hughes

  • Alpha
  • États-Unis2017
  • Réalisation : Albert Hughes
  • Scénario : Dan Wiedenhaupt, Albert Hughes
  • Image : Martin Gschlacht
  • Décors : John Willett
  • Costumes : Sharen Davis
  • Montage : Sandra Granovsky
  • Musique : Michael Stearns, Joseph S. DeBeasi
  • Producteur(s) : Andrew Rona, Albert Hughes
  • Interprétation : Kodi Smit-McPhee (Keda), Jóhannes Haukur Jóhannesson (le père de Keda), Natassia Malthe (la mère de Keda), Leonor Varela (la chamane), Chuck (le loup), Marcin Kowalczyk, Jens Hultén...
  • Distributeur : Sony Pictures Releasing France
  • Date de sortie : 22 août 2018
  • Durée : 1h36

Alpha

de Albert Hughes

Le leurre du loup


Le leurre du loup

Les pro­jets de fic­tions préhis­toriques courent assez peu les stu­dios, ces temps derniers, pour que l’on s’in­téresse au dernier film d’Al­bert Hugh­es, huit ans après son précé­dent long-métrage Le Livre d’Eli coréal­isé avec son jumeau Allen — même en soupçon­nant que ce cinéaste ne devrait pas réin­ven­ter le feu. Situé quelque vingt mille ans avant notre ère, Alpha se présente comme un film d’aven­tures ini­ti­a­tique con­stru­it autour d’une étape non nég­lige­able de la civil­i­sa­tion humaine : la domes­ti­ca­tion d’un ani­mal (en l’oc­cur­rence le loup) par l’homme qui, jusque-là, n’avait avec les autres espèces de ce règne qu’un rap­port de pré­da­teur ou de proie. Le scé­nario artic­ule cela con­scien­cieuse­ment, quoiqu’en­com­bré de réflex­es d’écri­t­ure assez balourds : une ouver­ture en flash-for­ward dis­pens­able (recette de mise en bouche spec­tac­u­laire désor­mais usée), puis une entrée en matière laborieuse s’appe­san­tis­sant sur les hand­i­caps per­son­nels que devra sur­mon­ter le héros, fils de chef de tribu pas vrai­ment aus­si endur­ci que son père. Quand une expédi­tion de chas­se au bison tourne mal pour lui, le jeune homme est lais­sé pour mort et aban­don­né par les siens en pleine nature, avant de se relever. Livré à lui-même tan­dis qu’il cherche le chemin du retour, il est amené à pren­dre soin d’un loup qu’il a lui-même blessé, et les deux êtres de nouer alors une rela­tion par­ti­c­ulière.

Une balade pas trop sauvage

Le film suit un pro­gramme min­i­mal de sur­vival dans une nature à laque­lle la direc­tion artis­tique tâche de ren­dre la beauté sup­posée des temps où elle était absol­u­ment vierge. L’ironie est que l’exé­cu­tion du pro­gramme d’ac­tion se trou­ve quelque peu dis­traite par cette atten­tion envers la joliesse des décors. Comme dans Le Livre d’Eli, Hugh­es se laisse aller à des envolées plas­tiques bien démon­stra­tives dont on croirait cer­taines tout droit sor­ties de com­ic-books (quand des plans ressem­blent à des aplats), avec ici un soin tout par­ti­c­uli­er pour les paysages, leurs lignes à met­tre en valeur, les cieux à rem­plir autant que pos­si­ble de con­stel­la­tions, de luci­oles, d’au­rores boréales. Cet effort d’en­jo­live­ment fait ressem­bler le film, à l’ar­rivée, à une coquille cha­toy­ante et pas tout à fait vide, mais dont le con­tenu manque de ner­vosité, entre la longuette présen­ta­tion du héros déjà évo­quée, dilap­i­da­trice d’én­ergie, une scène vrai­ment impres­sion­nante (la “résur­rec­tion” du héros au bord d’un précipice), puis un réc­it de survie et de voy­age qui déçoit. Faute d’une réelle démarche de mise en scène pour traiter le péril du voyageur soli­taire comme un enjeu égal à celui de la beauté des paysages ou de la fidél­ité du loup, l’e­sprit d’ur­gence escomp­té cède la place à un esprit de balade agré­men­té de quelques péripéties machi­nale­ment déployées, sans qu’on partage pro­fondé­ment le sen­ti­ment de mise en dan­ger du pro­tag­o­niste.

L’origine du spécisme

Reste, au cœur de la coquille, au moins un enjeu qu’on espère un moment voir s’élever au-dessus des balis­es min­i­males du réc­it : une pein­ture du rap­port de l’hu­main à l’an­i­mal, un peu plus ambigu qu’il n’y paraît (mal­gré la sim­pli­fi­ca­tion notable du proces­sus de domes­ti­ca­tion). Il n’est évidem­ment pas anodin que ce soit un per­son­nage de mâle peu dom­i­nant et piètre chas­seur, mal­ha­bile à allumer un feu, inca­pable de tuer une bête de la taille d’un porc (ou a for­tiori d’un bison), qui se décou­vre soudain les “ver­tus” qui lui man­quaient dans son rap­port à une créa­ture qu’il a en pre­mier lieu assu­jet­tie par la vio­lence et dont, sous cou­vert de bon­té, il fait un ani­mal domes­tique (pour ne pas dire : un chien). Il est per­mis de voir là la base d’une mise en per­spec­tive de l’af­fir­ma­tion de l’homme au sein des espèces vivantes, de sa propen­sion à domin­er par la force comme par la douceur, et on peut regret­ter que ce film d’aven­tures trop pro­gram­ma­tique ne s’aven­ture pas plus avant sur ce ter­rain-là.

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