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Mary Shelley

Mary Shelley

de Haifaa al-Mansour

  • Mary Shelley
  • Irlande, Luxembourg, Royaume-Uni2017
  • Réalisation : Haifaa al-Mansour
  • Scénario : Emma Jensen, Haifaa al-Mansour
  • Image : David Ungaro
  • Décors : Paki Smith
  • Costumes : Caroline Koener
  • Montage : Alex Mackie
  • Musique : Amelia Warner
  • Producteur(s) : Amy Baer, Alan Moloney, Ruth Coady
  • Production : Parallel Films, Gidden Media
  • Interprétation : Elle Fanning (Mary Shelley), Douglas Booth (Percy Bysshe Shelley), Bel Powley (Claire Clairmont), Ben Hardy (John William Polidori), Tom Sturridge (Lord Byron), Maisie Williams (Isabel Baxter), Stephen Dillane (William Godwin), Joanne Froggatt (Mary Jane Clairmont)
  • Distributeur : Pyramide Distribution
  • Date de sortie : 8 août 2018
  • Durée : 2h

Mary Shelley

de Haifaa al-Mansour

Souffrance viscérale


Souffrance viscérale

Deux cents ans après la pre­mière pub­li­ca­tion du roman Franken­stein ou le Prométhée mod­erne, depuis maintes fois adap­té au cinéma[ref]Parmi les dizaines d’adaptations ciné­matographiques du roman, la plus célèbre reste sans con­teste celle de 1931 réal­isée par James Whale.[/ref], Haifaa al-Man­sour s’intéresse ici à son autrice, Mary Shel­ley. Plusieurs longs métrages[ref]Nous pou­vons citer notam­ment Goth­ic de Ken Rus­sell (1986) et Un été en enfer d’Ivan Pass­er (1988).[/ref] ont déjà mis en scène les cir­con­stances dans lesquelles la jeune femme d’à peine dix-huit ans s’est lancée dans l’écrire de son pre­mier roman devenu un véri­ta­ble mythe fon­da­teur, mais la réal­isatrice a ici voulu faire la lumière sur cer­tains événe­ments antérieurs moins con­nus de sa vie afin de mieux com­pren­dre son œuvre, espérant faire émerg­er l’essence de son inspi­ra­tion. De nom­breuses théories – mêlées à des déc­la­ra­tions de l’intéressée – sug­gèrent que l’œuvre de Mary Shel­ley fut inspirée par sa pro­pre vie, et que ses trau­ma­tismes y sur­gis­sent de manières allé­goriques. Mal­gré une hon­or­able ten­ta­tive de met­tre à nu les démons de son héroïne – servie par la sai­sis­sante inten­sité de l’interprétation de la jeune Elle Fan­ning –, Haifaa al-Man­sour ne parvient pas à faire éclore la pas­sion de ses per­son­nages et nous livre une œuvre trop sage et con­v­enue au regard des sujets qu’elle abor­de.

Pour la réal­isatrice le proces­sus de créa­tion de Franken­stein ou le Prométhée mod­erne sem­ble avoir débuté dès la nais­sance de Mary qui se con­sid­ère, tel le mon­stre qu’elle va inven­ter, « mise au monde pour être aban­don­née ». Par sa mère, morte quelques jours après sa nais­sance, par son père qui la reniera pour son mode de vie, par son pre­mier enfant qui sera emporté par la mal­adie, puis bien sûr, par son grand amour le poète roman­tique Per­cy Bysshe Shel­ley. La fig­ure du mon­stre se des­sine à mesure que les rela­tions entre les per­son­nages s’affinent, entre trahisons, cru­auté et résilience. Mary ne sup­porte plus sa pro­pre exis­tence et son mal­heur dont elle ne s’estime pas respon­s­able, et va alors utilis­er l’écriture comme exu­toire. Per­cy prend les traits du créa­teur Franken­stein, et son amante ceux d’une créa­ture emplie de dés­espoir et de rage. Mal­heureuse­ment à trop vouloir expos­er sa vul­néra­bil­ité, la réal­isatrice finit par trans­former la digne guer­rière en créa­ture frag­ile inspi­rant la pitié, accep­tant toutes les humil­i­a­tions et com­pro­mis par amour. Haifaa al-Man­sour réus­sit cepen­dant à retran­scrire le sen­ti­ment d’enfermement des per­son­nages dans leurs con­di­tions et dans leur soli­tude dés­espérée à tra­vers sa mise en scène. Ils ont à peine la place de bouger dans le cadre et tour­nent sou­vent en rond, leurs corps piégés sem­blent suf­fo­quer.

Tentative féministe

Le fémin­isme tra­verse le film en fil­igrane à tra­vers notam­ment l’évocation de la mère de Mary, autrice fémin­iste et anti­con­formiste du pam­phlet Défense des droits de la femme, et le com­bat de Mary con­tre la misog­y­nie mal­adive de l’époque, elle qui devra accepter que la pre­mière édi­tion de son livre soit pub­liée de manière anonyme. Mais la réal­isatrice déçoit ici égale­ment par le traite­ment assez super­fi­ciel de l’émancipation de la femme, un des plus grands désirs – et défis – de Mary Shel­ley étant de s’affranchir de sa con­di­tion de femme dans une société patri­ar­cale. Cela déçoit d’autant plus de la part de Haifaa al-Man­sour, pre­mière femme saou­di­enne réal­isatrice qui a dû braver de nom­breux inter­dits pour réalis­er dans son pays d’origine son pre­mier long métrage en 2012, Wad­j­da. Son arrivée à Hol­ly­wood, en plus d’être sur­prenante, l’a sem­ble-t-il détournée de son ambi­tion mil­i­tante. Le film appren­dra tout de même à ceux qui l’ignoreraient encore que Franken­stein est bien plus qu’une his­toire de mon­stre.

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