© Twentieth Century Fox France
Love, Simon

Love, Simon

de Greg Berlanti

  • Love, Simon
  • USA2018
  • Réalisation : Greg Berlanti
  • Scénario : Elizabeth Berger, Isaac Aptaker
  • d'après : le roman Moi, Simon, 16 ans, Homo Sapiens
  • de : Becky Albertalli
  • Image : John Guleserian
  • Décors : Aaron Osborne
  • Costumes : Eric Daman
  • Montage : Harry Jierjian
  • Musique : Rob Simonsen
  • Producteur(s) : Marty Bowen, Wyck Godfrey, Isaac Klausner, Pouya Shahbazian
  • Production : Fox 2000 Pictures, Temple Hill Productions
  • Interprétation : Nick Robinson (Simon Spier), Jennifer Garner (Emily Spier), Josh Duhamel (Jack Spier), Katherine Langford (Leah Burke), Keiynan Lonsdale (Bram Greenfield)...
  • Distributeur : Twentieth Century Fox France
  • Date de sortie : 27 juin 2018
  • Durée : 1h49

Love, Simon

de Greg Berlanti

Le bleu est une couleur chaude


Le bleu est une couleur chaude

Pre­mier teen-movie gay grand pub­lic, Love, Simon a été un véri­ta­ble phénomène aux États-Unis. De nom­breuses stars, en effet, ont relayé la sor­tie, cer­taines pri­vati­sant même des ciné­mas pour per­me­t­tre au pub­lic d’assister gra­tu­ite­ment à une séance. Il y a quelques jours, le film a aus­si été récom­pen­sé par le prix du meilleur bais­er (entre deux garçons, donc) lors des MTV Movie Awards. Dif­fi­cile de savoir ce qui relève de la sincérité ou du coup mar­ket­ing, mais cet élan col­lec­tif a au moins eu le mérite de met­tre sous les feux de la rampe une his­toire dont les valeurs peu­vent encore faire grin­cer des dents dans l’Amérique de Trump.

À l’o­rig­ine, il y a un roman de Becky Alber­tal­li plébisc­ité par les ados : Moi, Simon, 16 ans, Homo Sapi­ens, l’his­toire d’un lycéen améri­cain encore dans le plac­ard qui s’éprend virtuelle­ment de “Blue”, un autre homo de son lycée qui lui cache son iden­tité. La Fox, qui en acquiert les droits, sent le bon filon et prend un risque, somme toute, assez mesuré. De nom­breuses séries améri­caines comme Daw­son (dont le réal­isa­teur de Love, Simon était l’un des show-run­ners) ou Glee ont large­ment con­tribué à ouvrir la voie, ces dernières décen­nies, aux per­son­nages gays. Plus large­ment, le film s’inscrit dans une pro­duc­tion où les nou­velles prob­lé­ma­tiques ado­les­centes s’expriment sans tabous que ce soit dans dans des séries comme 13 Rea­sons Why (dans laque­lle joue d’ailleurs Kather­ine Lang­ford) ou des musi­cals comme Dear Evan Hansen. En somme, Love, Simon est tout à fait dans l’air du temps de la généra­tion 2.0.

Dans le meilleur des mondes

C’est d’ailleurs ce qui fait à la fois les qual­ités et les lim­ites de ce film au mes­sage pro­gres­siste qui a du mal à sor­tir des con­ven­tions du genre.  Il faut donc accepter la grossièreté des traits de cer­tains per­son­nages (comme les par­ents), les rac­cour­cis scé­nar­is­tiques un peu faciles, l’am­biance très WASP (heureuse­ment con­tre­bal­ancée par un per­son­nage métis) et le chemin ultra bal­isé qui nous amène logique­ment vers un hap­py-end où toutes les intrigues sont joyeuse­ment résolues. L’ac­cep­ta­tion de l’ho­mo­sex­u­al­ité est, elle aus­si, légère­ment sub­limée et con­stam­ment guidée par un élan posi­tif : les lour­dauds homo­phobes du lycées sont ridi­culisés, les par­ents sont (trop) aimants et la sor­tie du plac­ard est com­plète­ment désamor­cée par un ressort qui a mis le héros en porte-à-faux avec ses cama­rades pour d’autres raisons. Cer­tains cri­tiques ont pu reprocher cette vision idéal­iste et ce besoin de nor­malis­er à tout prix l’ho­mo­sex­u­al­ité, comme si l’ac­cep­ta­tion pas­sait néces­saire­ment par la banal­i­sa­tion. Mais à défaut d’être totale­ment crédi­ble, le film peut au moins se van­ter d’avoir un rôle édu­catif et servir de mod­èle à des par­ents et ados con­fron­tés de près ou de loin à l’ho­mo­sex­u­al­ité. Car, sur ce sujet, Love, Simon ne prend aucun détour. Il a le mérite d’ap­pel­er un chat un chat, d’as­sumer sa love-sto­ry gay et de pro­pos­er, par trois fois, un bais­er entre deux garçons.

Dans cet envi­ron­nement sans grandes sur­pris­es, les moments les plus intéres­sants de Love, Simon sont juste­ment ceux où le réal­isa­teur s’autorise des sor­ties de route. Acquis à la cause, Greg Berlan­ti nous offre plein de petits clins d’œils à la cul­ture gay, comme ces références aux comédies musi­cales et ces vir­gules qui trou­vent leur parox­ysme dans une séquence choré­graphiée au rythme de Whit­ney Hous­ton. Par moments, le film s’offre aus­si des incur­sions bien­v­enues du côté de la nou­velle comédie améri­caine, ini­tiée par les frères Far­rel­ly (la scène de la soirée Hal­loween) ou, plus récem­ment, par Judd Apa­tow. Cer­tains per­son­nages sec­ondaires, comme la pro­fesseur de théâtre ou le prin­ci­pal du lycée, dynamisent aus­si l’ensem­ble et appor­tent des petites bouf­fées d’oxygène avec leur humour incisif. Mal­heureuse­ment, la dernière par­tie du film nous ramène dans le droit chemin et délaisse totale­ment ces escapades pour se recen­tr­er sur l’in­trigue. Dom­mage pour le spec­ta­teur qui a déjà passé l’âge des jeunes garçons en fleur et qui aura l’im­pres­sion de man­quer de grain à moudre. Dans le genre, la comédie indépen­dante Gay Best Friend (que l’on a pu voir en fes­ti­vals et sur Net­flix) se mon­trait un tan­ti­net plus auda­cieuse.

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