© Universal Pictures International France
Jurassic World : Fallen Kingdom

Jurassic World : Fallen Kingdom

de J.A. Bayona

  • Jurassic World : Fallen Kingdom
  • États-Unis2018
  • Réalisation : J.A. Bayona
  • Scénario : Colin Trevorrow, Derek Connolly
  • d'après : des personnages
  • de : Michael Crichton
  • Image : Óscar Faura
  • Décors : Andy Nicholson
  • Costumes : Sammy Sheldon
  • Montage : Bernat Vilaplana
  • Musique : Michael Giacchino
  • Producteur(s) : Frank Marshall, Patrick Crowley, Belén Atienza
  • Production : Universal Pictures, Amblin Entertainment, The Kennedy/Marshall Company, Legendary Pictures, Apaches Entertainment
  • Interprétation : Chris Pratt (Owen Grady), Bryce Dallas Howard (Claire Dearing), Jeff Goldblum (Dr Ian Malcolm), B.D. Wong (Dr Henry Wu), James Cromwell (Benjamin Lockwood), Ted Levine (Ken Wheatley), Rafe Spall (Eli Mills), Justice Smith (Franklin Webb), Daniella Pineda (Zia Rodriguez), Toby Jones (Gunnar Eversol), Geraldine Chaplin (Iris), Isabella Sermon (Maisie Lockwood)...
  • Distributeur : Universal Pictures International France
  • Date de sortie : 6 juin 2018
  • Durée : 2h08

Jurassic World : Fallen Kingdom

de J.A. Bayona

Monde de brutes


Monde de brutes

Mal­gré ce qu’affirme un des per­son­nages au cœur du film, cette deux­ième mou­ture de Juras­sic World — après celle, sor­tie en 2015, qui ambi­tion­nait de relancer la fran­chise — n’entre pas vrai­ment dans un ter­ri­toire incon­nu. Au con­traire, elle tend à essor­er jusqu’à plus soif tous les ressorts et les ficelles nar­ra­tives que la série traine de long-métrage en long-métrage du parc d’attraction débor­dé par sa pro­pre démesure à la créa­tion ex-nihi­lo d’un dinosaure tou­jours plus sur­puis­sant dont la men­ace finit par sur­plomber tout le reste. En cela cette ver­sion “Fall­en King­dom” est un mau­vais film : la ques­tion est réglée immé­di­ate­ment tant son cri­ant manque d’originalité scé­nar­is­tique et son lis­sage com­mer­cial (du cast­ing melt­ing-pot stéréo­typé jusqu’aux vis­ages des acteurs peu expres­sifs) se dou­blent d’une pho­bie du temps mort à tra­vers une surenchère d’actions te de rebondisse­ments qui ne débouchent que sur un acca­ble­ment physique du spec­ta­teur, sou­vent vain et ici par­ti­c­ulière­ment con­tre-pro­duc­tif.

Guerre des registres

Pré­cisons : il serait en fait erroné de réduire ce nou­veau film à son seul hyper-régime. Il est plus le lieu d’un con­flit de reg­istres (grand spec­ta­cle décérébré con­tre restes d’une sen­si­bil­ité de cinéaste) dont l’issue biaisée d’emblée, ne peut con­duire qu’au tri­om­phe du pre­mier sur le sec­ond. Car ce qui rendait Fall­en King­dom plus attrac­t­if en apparence — la présence à la réal­i­sa­tion de Juan Anto­nio Bay­ona, auteur jamais encore vrai­ment con­clu­ant mais héri­ti­er assumé de Steven Spiel­berg et Guiller­mo del Toro — est, en fait, ce qui le rend plus désagréable encore. Util­isée comme une sim­ple cau­tion, la pat­te de Bay­ona est volon­taire­ment can­ton­née à deux ou trois séquences très pré­cis­es, presque con­tractuelles et aus­sitôt englouties dans le roller-coast­er général. À ce point lim­ité, le cinéaste espag­nol se retrou­ve obligé de jouer la carte nos­tal­gique et trib­u­taire à l’œuvre orig­i­nale comme ultime ten­ta­tive d’authenticité ras­sur­ante. Les cita­tions du film de 1993 pleu­vent : l’apparition du pre­mier dinosaure est reprise presque plan par plan, d’abord par le son puis par un trav­el­ling qui remonte le long cou du diplodocus — on est alors frap­pé par la sècher­esse émo­tive de cette copie, dev­enue par­faite­ment générique, puis vien­nent le tyran­nosaure et la chèvre (en lieu et place de la vache), la par­tie de cache-cache dans le musée avec un rap­tor etc. Para­doxale­ment, le recours à la sig­na­ture for­mate davan­tage l’objet final, façon­nant une sorte de film-doudou hyper­trophié pour fans de la pre­mière heure et ain­si d’un côté, rap­pelle presque fière­ment la nature pure­ment mar­quetée de l’entreprise quand de l’autre, pour­fend les excès du cap­i­tal­isme effréné avec un sourire hyp­ocrite. Para­doxale­ment encore, la crétiner­ie générale mais assumée de la pre­mière bou­ture, il y a trois ans — on assis­tait ahuri à une course entre véloci­rap­tors et moto­ci­rap­tors, imag­inés pour l’occasion — trou­vait dans la bêtise une irrévérence plus plaisante.

Dans tout ce cynisme, ren­dons à Juan Anto­nio Bay­ona ce qui lui appar­tient, si ce n’est le tal­ent pour avoir su insuf­fler assez de force aux séquences qui provi­en­nent de son univers, au moins l’habileté de tein­ter quelques instants ce ciné­ma-pachy­derme d’une joliesse enfan­tine. En résulte un film qui, s’il résiste au regard cri­tique par ses impor­tants défauts, offre une den­sité sin­gulière au regard ana­ly­tique. Le choix de filmer cer­tains plans de dinosaures non pas en images de syn­thèse mais à l’aide de robots ani­ma­tron­iques et hydrauliques — comme c’était déjà le cas pour créer le mon­stre de Quelques min­utes avant minu­it — donne au film un zeste de féerie de fête foraine et de con­te. Elle trou­ve son point d’orgue au cours d’une belle séquence dans la cham­bre de la petite fille du Doc­teur Ham­mond, dans laque­lle le dinosaure appa­rait d’abord en ombre pro­jetée sur le mur (dou­blant celle d’une fig­urine de cheval), puis en pas­sant ses longs doigts crochus par la fenêtre. Le grand méchant rap­tor, nou­velle incar­na­tion du cro­quemi­taine, face à la fil­lette tétanisée par la peur, cachée sous ses draps : c’est par cette image inédite que Fall­en King­dom rend le mieux hom­mage à Spiel­berg.

Soutenez Critikat

Critikat est une revue de cinéma associative dont les rédacteurs et rédactrices sont bénévoles.
Si elle est (et restera) entièrement gratuite, sa production a un coût : votre soutien est précieux pour garantir sa pérennité et son développement (site Internet, vidéos, podcasts...).
N'hésitez pas à nous soutenir mensuellement si vous le pouvez !

Le Cercle des neiges
Le Cercle des neiges
14 notes sur Jurassic World : Fallen Kingdom
14 notes sur Jurassic World : Fallen Kingdom
Quelques minutes après minuit
Quelques minutes après minuit
Jurassic World
Jurassic World
Jurassic Park
Jurassic Park
The Impossible
The Impossible
L’Orphelinat
L’Orphelinat