© Pascal Chantier
Je vais mieux

Je vais mieux

de Jean-Pierre Améris

  • Je vais mieux
  • France2017
  • Réalisation : Jean-Pierre Améris
  • Scénario : Jean-Pierre Améris
  • d'après : le roman Je vais mieux
  • de : David Foenkinos
  • Image : Matthieu Poirot-Delpech
  • Décors : Étienne Mery
  • Costumes : Emmanuelle Youchnovski
  • Son : Marc-Antoine Beldent, Olivier Walczak, Emmanuel Croset
  • Montage : Anne Souriau
  • Musique : Quentin Sirjacq
  • Producteur(s) : Dominique Farrugia
  • Production : EuropaCorp, France 3 Cinéma, EuropaCorp Télévision
  • Interprétation : Éric Elmosnino (Laurent), Ary Abittan (Edouard), Judith El Zein (Elise), Alice Pol (Pauline), François Berléand (Audibert)...
  • Distributeur : EuropaCorp Distribution
  • Date de sortie : 30 mai 2018
  • Durée : 1h26

Je vais mieux

de Jean-Pierre Améris

La mécanique des sentiments


La mécanique des sentiments

Je vais mieux, tiré du roman de David Foenk­i­nos, est une comédie por­tant sur la crise d’un quin­quagé­naire vic­time d’un mal de dos soudain. Accusé par sa femme de se laiss­er marcher con­stam­ment sur les pieds, Lau­rent passe d’un médecin à l’autre jusqu’à pren­dre con­science que l’origine de sa douleur ne peut être que psy­chologique : il doit donc trou­ver la solu­tion pour aller mieux. Si le réal­isa­teur Jean-Pierre Améris réus­sit le pari d’une comédie attachante dans la pre­mière par­tie, il s’aventure pro­gres­sive­ment vers un style assez naïf dans lequel le film gagne mal­heureuse­ment en banal­ité.

Critique de la transparence

Le film réus­sit pour­tant d’emblée à sus­citer le rire autour d’une satire légère de l’univers hos­pi­tal­ier. Pris comme un objet de sci­ence, Lau­rent se voit infliger plusieurs exa­m­ens médi­caux sans que les médecins ne parvi­en­nent à trou­ver l’origine de son mal de dos. Ces scènes cri­tiquent ouverte­ment une médecine trop attachée aux man­i­fes­ta­tions vis­i­bles de la mal­adie, comme le sug­gère l’évocation par le film du motif de la trans­parence dès le générique, con­sti­tué d’un enchaîne­ment de radi­ogra­phies. À la fin du XIXème siè­cle, l’apparition des rayons X engen­dre une pen­sée de la trans­parence qui fan­tasme de dégager la struc­ture secrète de ces corps ren­dus opaques.[ref]Qu’on songe à l’imagerie des rayons X qui tra­verse le XXème siè­cle, notam­ment dans les travaux artis­tiques de Man Ray ou de Moholy-Nagy.[/ref] Ce par­a­digme égale­ment présent à tra­vers les élé­ments du décor : tout en sur­faces vit­rées, le bureau d’étude où Lau­rent exerce ou le foy­er con­ju­gal sont des lieux dont l’esthétique trans­par­ente est trompeuse. En prenant l’apparence de la lis­i­bil­ité, ils cachent qu’ils ne sont en réal­ité que des cages de verre. À tra­vers le prisme de l’opposition opaque/transparent, c’est égale­ment la dichotomie entre le corps et l’esprit qui sem­ble remise ici en ques­tion. Le fan­tasme de pou­voir percer le mys­tère d’un objet, voire d’un être grâce aux tech­nolo­gies mod­ernes, s’avère être un véri­ta­ble obsta­cle à la guéri­son, et la quête du per­son­nage prin­ci­pal tient alors à cette idée rel­a­tive­ment sim­ple : chercher à reli­er le corps et l’esprit.

Une trop grande littéralité

Au fur et à mesure des épreuves qu’il tra­verse, Lau­rent parvient à se dégager pro­gres­sive­ment de ses prob­lèmes les plus enfouis, notam­ment grâce à la ren­con­tre d’un psy­ch­an­a­lyste qui lui fait com­pren­dre que son mal de dos témoigne d’un trou­ble plus pro­fond. En com­mençant à dévoil­er ses frus­tra­tions, Lau­rent tombe toute­fois dans une logique assez bru­tale de libéra­tion de la parole qui finit par bless­er son entourage. Mais si le principe comique d’un homme frus­tré qui tombe dans l’excès du dévoile­ment est plutôt intéres­sant, le film fait preuve d’une cer­taine lit­téral­ité en l’explorant. L’idée de rat­tach­er sa douleur physique à une orig­ine psy­chique est par exem­ple sym­bol­isée par l’édification, sous la houlette de Lau­rent, d’un pont reliant les deux rives d’un cours d’eau en Seine-Saint-Denis. Le film s’achève d’ailleurs sur la livrai­son de ce pro­jet grâce auquel il se voit remet­tre la médaille de la ville : le mal de dos de Lau­rent dis­paraît comme par enchante­ment et nous peinons à y croire.

Pour­tant tra­ver­sé par de très claires références aux films des frères Coen et d’Aki Kau­ris­mä­ki, l’esthétique de Je vais mieux manque de per­son­nal­ité ; quant à la musique doucereuse et les surim­pres­sions kitsch, elles déton­nent tout à fait avec le ton satirique du début qui trou­vait de l’intérêt dans sa cri­tique de la pos­ture mécan­iste que la médecine adopte par­fois. En réal­ité c’est le film lui-même, à cause de la mécanique nar­ra­tive trop bien huilée de la guéri­son de son per­son­nage, qui finit par faire preuve d’une trop grande trans­parence.

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