Under the Silver Lake

Under the Silver Lake

de David Robert Mitchell

Under the Silver Lake

de David Robert Mitchell

Prenez garde au garçon blessé


Prenez garde au garçon blessé

Le pre­mier et le dernier plan d’Under the Sil­ver Lake rejouent, l’air de rien, la même sit­u­a­tion : Sam (Andrew Garfield), un jeune homme un peu paumé, se tient devant une inscrip­tion (une phrase et un sym­bole) dont lui seul con­naît dans le cas présent la sig­ni­fi­ca­tion. C’est à la fois la lim­ite (le rap­port au sens et au signe qu’entretient le film) et son intérêt (le por­trait d’un per­son­nage plus ambiva­lent qu’il n’y paraît). “À Los Ange­les, les femmes sont des plantes arrosées par le male gaze” clame une jeune femme dans une soirée, et c’est peu ou prou ce que racon­te le film, l’histoire d’un garçon qui, on finit par le com­pren­dre, voit sa vie dériv­er suite à une décep­tion amoureuse qui recon­di­tionne son rap­port au monde et plus par­ti­c­ulière­ment aux femmes qui l’entourent. Cha­cune d’entre elles offre la pos­si­bil­ité d’un ailleurs, d’un recom­mence­ment, et cette fas­ci­na­tion, plus encore, ce fétichisme pour les femmes (la vision d’un cadavre sous l’eau résonne ain­si directe­ment avec une cou­ver­ture de Play­boy que Sam affec­tionne), ren­ferme peut-être un secret noir. On n’en dira pas plus, pour ne pas éven­ter la sur­prise du film (et clar­i­fi­er son non-dit), d’autant que l’impact de la rup­ture amoureuse sur le jeune homme appa­raît déjà à la sur­face du réc­it, qui organ­ise une explo­sion de la sig­ni­fi­ca­tion. Le réel étant insat­is­faisant, en deçà des rêves et cer­ti­tudes que l’on se forge, il doit néces­saire­ment com­pren­dre une couche secrète, “sous le lac d’argent”, cachée dans les films, les slo­gans pub­lic­i­taires ou les chan­sons à la mode.

Si l’influence lynchi­enne sur le réc­it est indé­ni­able (impres­sion que ren­force la présence au générique de Patrick Fis­chler et la dis­pari­tion d’une jeune fille comme élé­ment déclencheur), le film s’inscrit toute­fois davan­tage dans l’horizon des polars tor­dus car­ac­téris­tique de la Cité des Anges (genre dont Le Privé con­stitue prob­a­ble­ment la pièce maîtresse). Pour autant, David Robert Mitchell n’est pas Alt­man (ni même le Paul Thomas Ander­son d’Inher­ent Vice) et le jeune cinéaste appuie trop ouverte­ment ses références (aux­quelles il faudrait ajouter Fenêtre sur cour, déjà rejoué à Los Ange­les dans Body Dou­ble de Bri­an De Pal­ma). Le film, en dépit de sa longueur et de ses cir­con­vo­lu­tions, souf­fre de fait d’être trop clair : chaque sym­bole est ramené à une sig­ni­fi­ca­tion unique (le code des sans-abris) tan­dis que les deux seules énigmes appar­entes du film (une femme nue meur­trière et le “dog killer”) sont, cha­cune à leur manière, deux sig­nifi­ants rat­tach­ables à la piste allé­gorique (la blessure causée par une femme, la vio­lence enfoui d’un amant déçu).

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