Crédit : Elsa Seignol - © Bac Films
Joueurs

Joueurs

de Marie Monge

Joueurs

de Marie Monge

Néo-noir et oie blanche


Néo-noir et oie blanche

Par son titre d’une banal­ité presque naïve, Joueurs laisse imag­in­er quelques instants un film déli­cat et peu sûr de lui. Cela ne dure pas. Pire, dès le générique chromé, on entend vrom­bir les moteurs de la grosse cylin­drée à venir et s’ouvre devant nous, le prisme esthé­tique si car­ac­téris­tique du néo-noir, le polar mod­erne bien de chez nous, dans le sil­lage du ciné­ma de Jacques Audi­ard dégradé. Le style est si car­i­cat­ur­al qu’il pour­rait être résumé par une recette et se super­pos­er sur l’argument du pre­mier film de Marie Mon­ge. D’abord une romance cabossée, sou­vent out­ran­cière et déséquili­brée : Abel, joué par Tahar Rahim, dragueur charis­ma­tique, simiesque mais impul­sif et vio­lent, embobine la jolie et coincée Ella, incar­née par Sta­cy Mar­tin, par­faite dans le rôle de l’oie blanche trans­par­ente. Ensuite, un milieu social obscur que l’on investit, dont on pointe la dureté et révèle les zones d’ombre : le jeune homme ini­tie sa con­quête à son addic­tion, les jeux d’argent, dans des tripots clan­des­tins de Belleville où la pègre locale côtoie l’immigration pro­lé­taire chi­noise. Enfin, on mélange le tout dans un film mafieux gros bras où les dettes se règ­lent à mains armées et les sen­ti­ments amoureux sont vio­len­tés mais “plus forts que tout”.

Der­rière l’ironie dés­espérée de ces cor­re­spon­dances, se déploie une vision du monde qui ne sent pas très bon tant le genre sem­ble ici le cache-mis­ère par­fait pour cam­ou­fler des fan­tasmes soci­ologiques les plus éculés. Dans le sil­lage de son per­son­nage maghrébin, hâbleur et rou­blard, en proie à des accès de vio­lences surtout envers les femmes, le film pose explicite­ment la cor­réla­tion entre jeu, risque et libido dans une série de mon­tages alternés con­ster­nants de vul­gar­ité et de lour­deur. Plus regret­table encore, il se com­plaît dans une orgie de fausse vir­tu­osité, dans une accéléra­tion per­ma­nente qui ne se pose pas la ques­tion de dis­tance min­i­male. Joueurs se vautre dans la boue d’un ciné­ma per­fusé aux dorures et à l’apparat du style, lais­sant ses per­son­nages tous plus hébétés les uns que les autres se faire engloutir avant de pou­voir les rabrouer à sa guise. Car, comme dans tout pen­sum moral­iste, à la fin, il faut pay­er. Et c’est le per­son­nage féminin qui mor­fle : de la trahi­son amoureuse aux humil­i­a­tions à la chaîne, jusqu’aux coups qui pleu­vent, le film n’y va pas de main morte sur le corps frêle de Sta­cy Mar­tin, comme pour encore plus soulign­er sa fil­i­a­tion au néo-noir en appuyant le vir­il­isme inhérent au genre.

Il faut dire aus­si que ce pre­mier long n’avait pas besoin de se cram­pon­ner à ses dou­teux mod­èles pour exas­pér­er : la direc­tion d’acteur calami­teuse (Tahar Rahim en cabotin en fait des tonnes quand Sta­cy Mar­tin ne peut lui répon­dre que par un jeu très affec­té) ferait presque dérailler le film pour en dévoil­er toute la teneur par­o­dique. Non, les nom­breuses fautes de goût con­finent au ridicule : le roman­tisme dégouli­nant qui vient clore le film se rêve ardent (le titre inter­na­tion­al est le mod­este Treat Me Like Fire), il acca­ble un film rance depuis son démar­rage.

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