Hotel Salvation

Hotel Salvation

de Shubhashish Bhutiani

  • Hotel Salvation
  • (Mukti Bhawan)
  • Inde, Grande-Bretagne2017
  • Réalisation : Shubhashish Bhutiani
  • Scénario : Shubhashish Bhutiani
  • Image : Michael McSweeney, David Huwiler
  • Décors : Avyakta Kapur
  • Costumes : Shruti Wadetiwar
  • Montage : Manas Mittal
  • Musique : Tajdar Junaid
  • Producteur(s) : Sanjay Bhutiani, Sajida Sharma, Shubhashish Bhutiani
  • Interprétation : Adil Hussain (Rajiv), Lalit Behl (Daya), Geetanjali Kulkarni (Lata), Palomi Ghosh (Sunita), Navnindra Behl (Vimla), Anil K. Rastogi (Mishraji)
  • Distributeur : Jupiter Films
  • Date de sortie : 2 mai 2018
  • Durée : 1h35

Hotel Salvation

de Shubhashish Bhutiani

Noyés dans le cadre


Noyés dans le cadre

Daya, un vieil Indi­en, sent que son heure est venue et prend l’ini­tia­tive de l’an­non­cer à sa famille. Dans l’e­spoir d’at­tein­dre le salut, il décide de se retir­er sur les bor­ds du Gange, dans un petit hôtel de Bénarès entière­ment dédié à la fin de vie. Con­tre son gré, son fils Rajiv l’ac­com­pa­gne dans ce qui est cen­sé être la dernière étape de la vie de Daya. Sauf que la mort se fait atten­dre, que père et fils se retrou­vent dans un face-à-face psy­chologique trop lis­i­ble, évo­quant les ratés de leur rela­tion et se décou­vrant in extrem­is sous un jour nou­veau. Sur le papi­er, bien que con­v­enue et emprun­tant de nom­breux pas­sages oblig­és (l’ul­time con­fronta­tion famil­iale avant la dis­pari­tion du patri­arche a déjà inspiré bon nom­bre de cinéastes), pareille his­toire pou­vait néan­moins recel­er son lot d’é­mo­tion devant le spec­ta­cle d’un homme for­cé à l’hu­mil­ité par sa con­damna­tion prochaine. Pour­tant, dès les pre­miers plans, on devine que le jeune Shub­hashish Bhutiani (seule­ment 26 ans), dont c’est ici le pre­mier long-métrage, fera mal­heureuse­ment preuve d’un trop grand retrait dans ses par­ti-pris de mise en scène. Se risquant à neu­tralis­er presque instan­ta­né­ment le poten­tiel dra­ma­tique de la plu­part des séquences, il se lim­ite à quelques plans figés où les acteurs — tous épatants de naturel — sur­na­gent tant bien que mal pour don­ner un peu de chair à leurs per­son­nages. C’est comme si par excès de pudeur devant la grav­ité du sujet, le réal­isa­teur n’avait pas osé faire entr­er un peu de vie dans son film, le trans­for­mant en écrin mor­tu­aire avant l’heure dite.

Une Inde de carte postale

On aurait pu s’en tenir à ce tiède con­stat de film trop à dis­tance de son sujet si, par moments, la mise en scène ne ver­sait pas dans un exo­tisme de pacotille qui donne la désagréable impres­sion que Hotel Sal­va­tion a d’abord été pen­sé pour séduire le pub­lic occi­den­tal. Si le poten­tiel cinégénique de Bénarès est indé­ni­able (la ville paraît entière­ment tournée vers le fleuve sacré où se déroulent les céré­monies mor­tu­aires), on aurait pu néan­moins éviter les scènes de cartes postales où les rit­uels sont filmés avec ce qu’il faut de joliesse pour sat­is­faire le spec­ta­teur en mal de choc cul­turel. L’im­pos­si­ble com­mu­ni­ca­tion entre le père et son fils emprunte elle aus­si de nom­breux pas­sages oblig­és qui ten­dent à clouer le film au stade de l’ébauche et des inten­tions : entre le déni du pre­mier, le cynisme du sec­ond (for­cé­ment plus occupé par son tra­vail et à répon­dre à son télé­phone portable alors que la dis­cus­sion serait pos­si­ble), le réc­it s’at­tache à con­fron­ter le plus sou­vent de manière stérile deux per­son­nages qui peinent à gag­n­er en nuances, trop figés dans ce qui les car­ac­térise trop som­maire­ment. C’est d’au­tant plus dom­mage que dans les derniers moments du film, Shub­hashish Bhutiani parvient enfin à touch­er quelque chose : en pré­cip­i­tant bru­tale­ment le film dans l’inéluctable, en con­frontant le fils à ce qu’il a tou­jours soigneuse­ment voulu ignor­er jusqu’i­ci, Hotel Sal­va­tion donne un peu de corps à ces derniers remords avant l’ou­bli. Mais cela ne suf­fit pas à faire du film autre chose qu’un fan­tasme, celui d’un jeune cinéaste qui voudrait nous pro­jeter dans ce deuil annon­cé mais ne parvient jamais à nous faire pass­er la porte d’en­trée.

Soutenez Critikat

Critikat est une revue de cinéma associative dont les rédacteurs et rédactrices sont bénévoles.
Si elle est (et restera) entièrement gratuite, sa production a un coût : votre soutien est précieux pour garantir sa pérennité et son développement (site Internet, vidéos, podcasts...).
N'hésitez pas à nous soutenir mensuellement si vous le pouvez !