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Avant que nous disparaissions

Avant que nous disparaissions

de Kiyoshi Kurosawa

  • Avant que nous disparaissions
  • (Sanpo Suru Shinryakusha)
  • Japon2017
  • Réalisation : Kiyoshi Kurosawa
  • Scénario : Sachiko Tanaka, Kiyoshi Kurosawa
  • d'après : la pièce Sanpo Suru Shinryakusha
  • de : Tomohiro Maekawa
  • Image : Akiko Ashizawa
  • Son : Shinji Watanabe
  • Montage : Kōichi Takahashi
  • Musique : Yūsuke Hayashi
  • Producteur(s) : Yoshio Nakayama
  • Production : Nikkatsu Corporation, Django Film
  • Interprétation : Masami Nagasawa (Narumi Kase), Ryūhei Matsuda (Shinji Kase), Hiroki Hasegawa (Sakurai)...
  • Distributeur : Eurozoom
  • Date de sortie : 14 mars 2018
  • Durée : 2h09

Avant que nous disparaissions

de Kiyoshi Kurosawa

Profanateur profané


Profanateur profané

On avait lais­sé Kiyoshi Kuro­sawa en 2017 sur un suc­cès (le beau polar Creepy) et un égare­ment (le plus dis­cutable Le Secret de la cham­bre noire). Le pro­lifique réal­isa­teur japon­ais présen­tait la même année à Cannes (en com­péti­tion Un Cer­tain Regard) un OVNI ciné­matographique que nous avons salué dans nos colonnes. Sous l’apparence d’un hom­mage aux nanars de sci­ence-fic­tion des années 1950, qui trans­poserait dans un Japon quo­ti­di­en la pos­si­bil­ité d’une inva­sion extra-ter­restre façon Body Snatch­ers, Avant que nous dis­parais­sions joue en réal­ité une toute autre musique : à la manière de ces aliens qui pren­nent pos­ses­sion des hommes qu’ils ren­con­trent, s’insinuent pro­gres­sive­ment dans le corps social et inter­ro­gent naïve­ment le réel, le film véhicule un autre regard sur le monde, décalé, ironique, presque abstrait. Ce dis­posi­tif, que Kuro­sawa doit à une pièce de théâtre de Tomo­hi­ro Maekawa, lui per­met de réin­ter­préter un ensem­ble de sit­u­a­tions déjà ren­con­trées dans son ciné­ma : des per­son­nages amnésiques (Cure), la fig­ure cou­ple en déliques­cence (Creepy), l’apparition des per­son­nages fan­toma­tiques (Vers l’autre rive)…

Film possédé

Avant que nous dis­parais­sions débute comme un vio­lent polar : scène de meurtre bru­tale, crim­inel en fuite etc. Puis, un dia­logue ten­du au sein d’un cou­ple le ren­voie au drame famil­ial. Enfin, à l’occasion d’une ren­con­tre et d’un doigt posé sur un front, accom­pa­g­né d’un sif­fle­ment venu d’un autre monde, il passe à la sci­ence-fic­tion. Cette capac­ité de Kuro­sawa à déjouer les attentes, à mul­ti­pli­er les pistes et de n’en fer­mer aucune, est à la fois réjouis­sante et déroutante. Le film ressem­ble à un long trompe‑l’œil, jouant du décalage entre d’un côté le réal­isme appar­ent des sit­u­a­tions, porté par le nat­u­ral­isme de l’image et son instal­la­tion dans un Japon banal, et de l’autre l’artificialité de com­porte­ments trop rigides pour être vrais. Et pour cause, ils sont feints. L’alien, comme le fan­tôme de Vers l’autre rive, est une fig­ure qui intro­duit l’altérité dans le quo­ti­di­en, qui invite à renou­vel­er le regard que l’on porte sur lui, qui inter­roge même directe­ment les autres per­son­nages (“C’est quoi le tra­vail ?”, “Ça veut dire quoi “moi-même” ?”), qui copie et con­tre­fait pour mieux se dis­simuler.

Le risque du décalage

De ce jeu de dupes se dégage une ironie sourde, pince-sans-rire, si sub­tile par­fois qu’on se prend à ne pas l’apercevoir immé­di­ate­ment. Étrange­ment inquié­tant, décousu, dans une con­stante rup­ture de ton et évolu­ant sur un faux rythme, Avant que nous dis­parais­sions est un plaisir ingrat qui refuse d’embrasser totale­ment les gen­res aux­quels il se réfère, mal­gré de grands élans amoureux lorsque l’action le néces­site : une scène d’explosion lors d’une attaque venue du ciel, à grands ren­forts de musique, ou le sur­gisse­ment de gun­fights réal­istes entre deux dia­logues cathar­tiques. En refu­sant de jouer pleine­ment la carte du genre dans lequel il s’inscrit (comme il l’avait fait pour le polar, qu’il a bril­lam­ment exploré depuis Cure jusqu’à Creepy), en le détour­nant pour aller vers une forme de comédie absurde, et en entre­tenant volon­taire­ment une hybrid­ité de tons, Avant que nous dis­parais­sions est à la fois le plus rad­i­cal et le plus léger des films de Kuro­sawa.

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