© Capelight Pictures / Jose Haro
La Promesse

La Promesse

de Terry George

  • La Promesse
  • (The Promise)
  • États-Unis, Espagne2016
  • Réalisation : Terry George
  • Scénario : Terry George, Robin Swicord
  • Image : Javier Aguirresarobe
  • Décors : Benjamín Fernández
  • Costumes : Pierre-Yves Gayraud
  • Montage : Steven Rosenblum
  • Musique : Gabriel Yared
  • Producteur(s) : Eric Esrailian, Mike Medavoy, William Horberg
  • Production : The Promise Producciones, Survival Pictures
  • Interprétation : Oscar Isaac (Mikael), Charlotte Le Bon (Ana), Christian Bale (Chris), Daniel Giménez Cacho (le révérend Antreassian), Shohreh Aghdashloo (Marta ), Rade Šerbedžija (le maire Stepan), Abel Folk (Harut), Andrew Tarbet (le pasteur Merril), Angela Sarafyan (Maral), Marwan Kenzari (Emre), Jean Reno (l'amiral Dartige du Fournet), James Cromwell (l'ambassadeur Henry Morgenthau Sr)...
  • Distributeur : Films Sans Frontières
  • Date de sortie : 29 novembre 2017
  • Durée : 2h13

La Promesse

de Terry George

Sans histoires


Sans histoires

Con­traire­ment à l’épou­vantable The Cut de Fatih Akin, le fadis­sime La Promesse de Ter­ry George a peu de moyens de pré­ten­dre être un film “sur” le géno­cide arménien de 1915. Il ne se privera certes pas de le faire, dans sa logique pro­mo­tion­nelle (aidée par la bataille menée sur sa page IMDb entre inter­nautes pro-Arméniens et pro-Turcs à coups d’abus de notes extrêmes sur le film). Mais, pris avant tout dans une logique de mécanique nar­ra­tive, il ne fait qu’user de ce con­texte his­torique, non comme son sujet, mais comme une source pour ali­menter ses motifs con­ven­tion­nels de tri­an­gle amoureux, de dilemme entre rester et par­tir, enfin, surtout, d’héroïsme. En cela, il ne change pas la donne du film his­torique hol­ly­woo­d­i­en qui, rechig­nant à traiter de front la grande his­toire, la main­tient en arrière-plan pour se con­sacr­er aux petites. En l’oc­cur­rence, il a opté pour un biais sem­blable à celui de La Liste de Schindler et d’autres : évo­quer un événe­ment trau­ma­ti­sant au tra­vers d’un per­son­nage opposant une fig­ure ras­sur­ante vis-à-vis de celui-ci. On pour­rait résumer ceci sous une forme d’adage local : le Mal his­torique ne mérite un film que si l’on y trou­ve aus­si des gens de bien. Et la route du pro­tag­o­niste de La Promesse, étu­di­ant en médecine arménien de Turquie fuyant les per­sé­cu­tion ottomanes en sauvant ce qu’il peut de ses proches, croise oppor­tuné­ment un cer­tain nom­bre de ces gens de bien, qu’ils soient his­toriques ou totale­ment fic­tifs : le condis­ci­ple turc qui lui sauve une fois la mise au péril de sa pro­pre sit­u­a­tion, le jour­nal­iste améri­cain qui se con­sacr­era à racon­ter l’hor­reur (en se lais­sant piquer sa petite amie par le héros), l’am­bas­sadeur améri­cain Mor­gen­thau qui s’en fera l’é­cho, le pas­teur qui organ­ise l’é­vac­u­a­tion des orphe­lins, la com­mu­nauté arméni­enne ten­ant tête à l’op­presseur armes à la main sur le mont Musa Dagh, la marine française venant les évac­uer par la Méditer­ranée, etc. Ce qui devient évi­dent avec ce défilé d’in­di­vidus de bonne volon­té pour empêch­er que la vic­toire du Mal soit com­plète, c’est que sans eux, sans la pos­si­bil­ité de les créer pour le réc­it quand la grande his­toire ne les four­nit pas, sans la cer­ti­tude arti­fi­cielle­ment entretenue par leur truche­ment qu’au milieu des pires hor­reurs l’e­spoir en l’hu­man­ité reste per­mis, ce film ne se serait prob­a­ble­ment pas fait — du moins, pas dans un con­texte de pro­duc­tion hol­ly­woo­d­i­enne.

Bien sûr, cela seul ne dis­crédite pas le film en bloc. Ce qui rend com­plet l’échec de cette Promesse, c’est son inap­ti­tude à ren­dre intéres­sante la fic­tion con­ven­tion­nelle qu’il déploie sur la base de ce con­texte his­torique. Piètre cinéaste, Ter­ry George (Hotel Rwan­da) ne compte pra­tique­ment que sur la con­jonc­tion du “grand sujet” et des sit­u­a­tions téléphonées pour créer un spec­ta­cle qui don­nerait le change et ferait ignor­er toutes ses faib­less­es. Tout paraît dés­espéré­ment machi­nal et dévi­tal­isé, des per­son­nages sans la moin­dre aspérité à l’en­chaîne­ment mécanique des sit­u­a­tions (tout prob­lème — perte, empris­on­nement, fuite, etc. — ne se créant que dans la cer­ti­tude, des auteurs et finale­ment du spec­ta­teur, qu’il sera résolu à la séquence suiv­ante), en pas­sant par un héroïsme mon­tré comme allant tou­jours de soi. Ain­si ne croy­ait-on plus revoir un tri­an­gle amoureux où les auteurs font aus­si peu d’ef­fort pour ren­dre con­va­in­cants les désirs pré­sup­posés par la con­ven­tion, préférant se rabat­tre paresseuse­ment sur des fig­ures asep­tisées (comme celle-ci : deux amants s’embrassent, fatale­ment sous l’œil du troisième qui, sen­tant con­fusé­ment que cette bataille est per­due, préfér­era se rabat­tre sur son tra­vail human­i­taire, lequel se sub­stituera de toute façon à leurs désirs à tous les trois). Même des moments qu’on pour­rait con­sid­ér­er comme des fautes de goût (ah, ce pre­mier bais­er pas­sion­né à la lueur chaude d’une bou­tique incendiée sous la fenêtre des tourtereaux !) se trou­vent par­faite­ment insipi­des à l’écran. Faute de pou­voir s’in­téress­er à quoi que ce soit de cen­sé­ment impor­tant, on laisse son atten­tion se déporter sur des appen­dices tant soit peu intri­g­ants, comme le des­tin de cet étu­di­ant turc déchiré entre sa soumis­sion au pou­voir et sa con­science de l’iniq­ui­té des ordres don­nés — micro-oscil­la­tions pas­sagères sur l’encéphalo­gramme plat du réc­it. Fic­tion his­torique nulle, La Promesse vaut surtout comme témoignage actuel de l’im­passe où reste coincée une cer­taine indus­trie du diver­tisse­ment com­mé­moratif.

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