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Simon et Théodore

Simon et Théodore

de Mikael Buch

  • Simon et Théodore
  • France2017
  • Réalisation : Mikael Buch
  • Scénario : Maud Ameline, Mikael Buch
  • Image : Martin Roux
  • Décors : Damien Rondeau
  • Costumes : Damien Rondeau
  • Son : Mathieu Villien
  • Montage : Baptiste Saint Dizier
  • Musique : Benjamin Esdraffo
  • Producteur(s) : Géraldine Michelot
  • Interprétation : Félix Moati (Simon), Nils Othenin-Girard (Théodore), Mélanie Bernier (Rivka), Audrey Lamy (Édith), Philippe Rebbot (Paul), Jean-Charles Clichet (Marc)
  • Distributeur : Rezo Films
  • Date de sortie : 15 novembre 2017
  • Durée : 1h24

Simon et Théodore

de Mikael Buch

Les non-communicants


Les non-communicants

Six ans ans après la sor­tie de son pre­mier long-métrage Let My Peo­ple Go ! et un court-métrage dis­pens­able pour les Opéras de Paris co-écrit avec Vin­cent Dedi­enne, Mikael Buch revient avec une propo­si­tion de film qui rompt dras­tique­ment avec ses pre­mières amours. Loin de la pro­fu­sion esthé­tique qui nour­ris­sait son précé­dent effort (sat­u­ra­tion de couleurs, références à l’Âge d’Or hol­ly­woo­d­i­en dès la scène d’ouverture, com­po­si­tion hal­lu­cinée de Nico­las Mau­ry), le jeune réal­isa­teur a fait le choix de revenir à un dis­posi­tif beau­coup plus dépouil­lé : armé d’une caméra légère et tour­nant dans des décors naturels, il fait ici le pari d’un nat­u­ral­isme dis­cret qui colle au plus près de ses per­son­nages. En l’occurrence, il s’agit prin­ci­pale­ment de deux indi­vidus que rien ne prédis­pose à se ren­con­tr­er : d’un côté, Simon, trente­naire fraîche­ment sor­ti d’hôpital psy­chi­a­trique et effrayé à l’idée de devenir prochaine­ment père ; de l’autre, Théodore, ado­les­cent mal dégrossi en con­flit per­ma­nent avec sa mère qui l’a depuis tou­jours élevé seule. Parce qu’il est venu chercher auprès de la petite amie de Simon (une femme-rab­bin) de quoi se con­necter avec ses racines sup­posées (son géni­teur serait juif), Théodore fait la con­nais­sance for­tu­ite de son futur com­pagnon d’infortune lors d’une bar-mitz­vah au cours de laque­lle il pète lit­térale­ment les plombs. Lancé à sa recherche dans les rues de la cap­i­tale, Simon va pro­gres­sive­ment réus­sir à sur­mon­ter son manque de socia­bil­ité pour con­stru­ire un lien avec l’adolescent mal dans sa peau.

Communication défaillante

Le réc­it s’organise autour d’une galerie de per­son­nages essen­tielle­ment car­ac­térisés par leur inca­pac­ité à com­mu­ni­quer les uns avec les autres : Simon n’arrive pas à con­va­in­cre sa com­pagne de son amour quand celle-ci n’arrive pas à lui for­muler les angoiss­es que représente la nais­sance à venir de leur enfant. Théodore ne parvient pas à exprimer son besoin d’amour et de recon­nais­sance : pour cela, il ne trou­ve rien de mieux à faire que d’agresser physique­ment son père et de se dis­put­er con­stam­ment avec sa mère. Le col­lègue de cette dernière se met en qua­tre pour la séduire quand celle-ci, trop préoc­cupée par ses soucis quo­ti­di­ens, ne voit pas le manège qui se trame sous son nez. On l’aura vite com­pris : la tra­jec­toire du film, trop lis­i­ble dans son déroulé, et sa manière de pos­er les enjeux vis­eront essen­tielle­ment à cor­riger ces défail­lances en provo­quant des rap­proche­ments sus­cep­ti­bles de faire bouger les lignes. Ce qui sem­ble intéress­er le réal­isa­teur, plus que le déploiement d’une ten­sion dra­ma­tique qui est ici cousue de fil blanc, c’est de nous ren­dre les témoins directs du relâche­ment pro­gres­sif de ces per­son­nages dans leur quête per­son­nelle. D’abord empêtré dans des cer­ti­tudes qui font écran avec l’autre, cha­cun va devoir appren­dre à l’accompagner dans l’acceptation d’une sit­u­a­tion dif­fi­cile et ce, en faisant preuve d’empathie. Volon­taire­ment généreux dans le regard qu’il pose sur cha­cun, Mikael Buch fait donc le pari d’une cer­taine douceur pour enrober son pro­pos.

Manque de force

Mal­heureuse­ment, la rel­a­tive générosité et la bien­veil­lance qui car­ac­térisent Simon et Théodore sont insuff­isantes pour lui don­ner l’ampleur atten­due : timide, la mise en scène se lim­ite sou­vent à accom­pa­g­n­er les per­son­nages dans leurs péripéties tan­dis que les enjeux que pose un scé­nario exces­sive­ment écrit (un ado­les­cent en quête de père, l’incommunicabilité mère-fils, l’angoisse d’un homme autour de sa pro­pre mas­culin­ité) sont traités sous un angle trop rebat­tu pour ne pas lim­iter les per­son­nages à une somme de car­ac­téris­tiques sig­nifi­antes. Par exem­ple, les trou­bles psy­chologiques dont Simon souf­fre réson­nent comme un pré­texte scé­nar­is­tique alors qu’elle devrait exprimer une réelle volon­té de sin­gu­laris­er le per­son­nage. Le réal­isa­teur pré­cise dans le dossier de presse qu’il ne souhaitait pas en faire un cas d’étude psy­chi­a­trique : seule­ment, en refu­sant d’inscrire cette par­tic­u­lar­ité dans le par­cours de son per­son­nage (dont on ne con­naî­tra finale­ment pas grand-chose si ce n’est l’enjeu présent qui se pose à lui), on a la regret­table impres­sion que sa mal­adie ne visait qu’à insuf­fler arti­fi­cielle­ment un peu de dérè­gle­ment dans un réc­it bal­isé. Mais surtout, en refu­sant d’identifier l’origine du mal-être de Simon alors que celui de Théodore est à l’inverse trop lis­i­ble, le film vise à résoudre son prob­lème d’un coup de baguette mag­ique un peu trop pra­tique. Si on peut enten­dre que le par­ti-pris puisse être celui de la fable (après tout, pourquoi ne pas croire aux mir­a­cles ?), le réal­isme qui car­ac­térise le film dans son ensem­ble vient amoin­drir la portée de cette propo­si­tion.

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