© Universal Pictures
Les Proies

Les Proies

de Sofia Coppola

  • Les Proies
  • (The Beguiled)
  • États-Unis2017
  • Réalisation : Sofia Coppola
  • Scénario : Sofia Coppola
  • d'après : le roman A Painted Devil
  • de : Thomas P. Cullinan
  • Image : Philippe Le Sourd
  • Décors : Anne Ross
  • Costumes : Stacey Battat
  • Montage : Sarah Flack
  • Musique : Phoenix
  • Producteur(s) : Youree Henley, Sofia Coppola
  • Production : American Zoetrope
  • Interprétation : Colin Farrell (Cpl John McBurney), Nicole Kidman (Miss Martha Farnsworth), Kirsten Dunst (Edwina Morrow), Elle Fanning (Alicia), Angourie Rice (Jane), Oona Laurence (Amy), Emma Howard (Emily), Addison Riecke (Marie)
  • Distributeur : Universal Pictures International France
  • Date de sortie : 23 août 2017
  • Durée : 1h33

Les Proies

de Sofia Coppola

Remake émasculé


Remake émasculé

On ne va pas se men­tir, l’annonce d’une nou­velle adap­ta­tion du roman de Thomas P. Cul­li­nan par Sofia Cop­po­la lais­sait un peu crain­dre le pire. À savoir : un remake sauce Pauline Kael par la réal­isatrice de Vir­gin Sui­cides, quar­ante-cinq ans après le west­ern licen­cieux du tan­dem Siegel-East­wood, fleu­ron à retarde­ment (le film avait fait un four) de la sub­ver­sion réac des années con­tre-cul­ture. Ver­dict : le film est joli et plutôt plaisant, épuré, sub­til, et par con­séquent com­plète­ment à côté de la plaque, compte tenu des pro­priétés morale­ment déca­pantes du matéri­au d’origine. Soit l’idée géniale d’un west­ern séquestré dans un gynécée vic­to­rien : Yan­kee lais­sé pour mort en plein ter­ri­toire sud­iste, le lieu­tenant McBur­ney (Col­in Far­rell) trou­ve refuge dans un pen­sion­nat d’orphelines. Soigné en urgence par une protes­tante entre deux âges (Nicole Kid­man, bien mieux exploitée ici que chez l’affreux Lan­thi­mos), sa présence soulève d’abord quelques inquié­tudes (doit-on ou non le livr­er aux Sud­istes ?), avant de tit­iller les pul­sions nais­santes (les jeunes filles) ou enfouies (la matrone) de ses hôt­esses en froufrous.

Non loin du cré­do Taran­ti­no « dernière manière » (venger les opprimés de l’histoire sur le ter­rain de la fic­tion : Inglou­ri­ous Bas­ter­ds, Djan­go Unchained et Les Huit Salopards), le geste de Sofia Cop­po­la ne cache pas ses inten­tions répara­tri­ces : invers­er le rap­port de force, en épou­sant davan­tage le point de vue des femmes. Sur le principe, il n’y a évidem­ment rien de reprochable à vouloir expurg­er sa sub­stance machiste du film de Siegel, à con­di­tion bien sûr de combler le vide abyssal de sa trou­ble démence par une folie d’un autre genre, et de ne pas se con­tenter de le rha­biller à la mode Jane Austen : deux pré­cau­tions que ce remake exfolié de la moin­dre faute de goût omet hélas d’envisager, à l’instant d’épurer le scé­nario de toutes ces scènes poussées aux con­fins du grotesque, qui fai­saient l’essence du tableau joyeuse­ment révi­sion­niste de Siegel, dans lequel cha­cun en pre­nait copieuse­ment pour son grade (hommes comme femmes, esclavagistes aus­si bien que Nordistes arro­gants). East­wood y était le loup dans la berg­erie, venu du dou­ble hori­zon des con­tes pour enfants (il ne fal­lait pas plus de trois min­utes à son per­son­nage pour galocher une rouquine de douze ans – trans­gres­sion ban­nie ici, comme toutes les autres) et de cette image lisse d’homme sans nom, qu’il s’amusait à retourn­er comme un gant. Le film jouis­sait pleine­ment de ses out­rances : une fois craqué le masque des manières, après cette scène piv­ot d’amputation (com­mune aux deux films), le lieu­tenant dévoilait son vrai vis­age de cro­quemi­taine misog­y­ne. Or ici, prié par une direc­tion émas­cu­lante de ne pas tomber dans l’excès, Col­in Far­rell ron­ronne un peu dans un rôle de petite stature, et sac­ri­fie sur l’autel de la par­ité des per­for­mances d’acteurs le mon­stre qu’il eût sans doute été capa­ble d’interpréter.

Résul­tat : le film donne l’impression de retenir ses coups, en ne con­ver­tis­sant finale­ment aucune de ses hypothès­es. Pire : trop hygiénique, le style Sofia Cop­po­la paraît tress­er un cor­don san­i­taire autour du sujet, et se bouche le nez devant ce que ses poupées pour­raient avoir d’un peu sale (à l’image des scènes éro­tiques évitées, ou de cette esclave noire, présente dans le roman et le film de Siegel, qui dis­paraît totale­ment de l’intrigue translu­cide de la cinéaste). Une fois encore, le film n’est pas raté (Elle Fan­ning y est par exem­ple vrai­ment bien), mais sa pudi­bon­derie le rend totale­ment anec­do­tique.

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