© Bodega Films
Egon Schiele

Egon Schiele

de Dieter Berner

  • Egon Schiele
  • (Egon Schiele: Tod und Mädchen)
  • Autriche2016
  • Réalisation : Dieter Berner
  • Scénario : Hilde Berger, Dieter Berner
  • d'après : le roman Mort et Jeune Fille : Egon Schiele et les femmes
  • de : Hilde Berger
  • Image : Carsten Thiele
  • Décors : Götz Weidner
  • Costumes : Uli Simon
  • Son : François Dumont, Michel Schillings
  • Montage : Robert Hentschel
  • Musique : André Dziezuk
  • Producteur(s) : Franz Novotny, Alexander Glehr, Bady Minck, Alexander Dumreicher-Ivanceanu
  • Production : Novotny & Novotny Filmproduktion, Amour Fou Luxembourg, Ulrich Seidl Filmproduktion
  • Interprétation : Noah Saavedra (Egon Schiele), Maresi Riegner (Gerti Schiele), Valerie Pachner (Wally Neuzil)...
  • Distributeur : Bodega Films
  • Date de sortie : 16 août 2017
  • Durée : 1h50

Egon Schiele

de Dieter Berner

La liberté de l'art


La liberté de l'art

Artiste autrichien incon­tourn­able du XXème siè­cle, Egon Schiele a scan­dal­isé la société vien­noise avec des œuvres provo­cantes que cer­tains de ses con­tem­po­rains ont qual­i­fié de pornographiques. Pour met­tre en scène sa vie, Dieter Bern­er a choisi d’adapter le roman Mort et jeune fille : Egon Schiele et les femmes d’Hilde Berg­er (2009). Le but n’est pas ici d’étaler ses pein­tures tel un cat­a­logue en mou­ve­ment, mais ten­ter de com­pren­dre ce qui le pous­sait à pein­dre et ce qu’il voulait exprimer. Le réal­isa­teur prend alors le par­ti de se con­cen­tr­er davan­tage sur les sources d’inspirations de Schiele que sur sa pro­duc­tion artis­tique, à tra­vers ses rela­tions avec les femmes et en adop­tant leurs points de vue. Cette approche est per­ti­nente compte tenu du sujet, car met­tre en scène son obses­sion de représen­ter leurs corps ne per­met pas seule­ment de saisir la com­plex­ité de l’homme, mais égale­ment d’appréhender son art empreint d’érotisme. Nous regret­tons toute­fois que le traite­ment de cette fig­ure con­tro­ver­sée soit un peu trop sage. Se lim­i­tant en grande majorité à des plans fix­es et symétriques, la mise en scène aurait en effet mérité un peu plus d’audace pour faire écho à l’esthétique du tra­vail de Schiele qui jouait avec les pro­por­tions et fai­sait pos­er ses mod­èles de manière inhab­ituelle, leur don­nant des airs de pan­tins désar­tic­ulés.

Prenant comme point d’ancrage les derniers jours de la courte vie de Schiele – emporté en 1918 à l’âge de 28 ans par la grippe espag­nole – le film procède ensuite par flash­backs réguliers pour nous plonger dans les épisodes moteurs de son génie artis­tique. Ces allers-retours entre les deux fils de la nar­ra­tion sont habile­ment mon­tés et per­me­t­tent que le puz­zle de sa vie se mette en place peu à peu sans perte de clarté dans le réc­it.

La passion des corps

Fasciné par le corps de la femme, et plus par­ti­c­ulière­ment par la trans­for­ma­tion des jeunes filles en femmes, Schiele n’a d’intérêt pour elles que lorsqu’il peut les pein­dre. C’est ain­si qu’il crée véri­ta­ble­ment un lien avec elles plutôt qu’en leur faisant l’amour, son plaisir venant de son acte de créa­tion. Il fait d’abord pos­er sa jeune sœur de 16 ans pour ses nus, puis ses vagues créa­tives seront déter­minées par le rythme de ses rela­tions avec ses mod­èles. Le film se con­cen­tre plus par­ti­c­ulière­ment sur sa rela­tion amoureuse avec Wal­ly Neuzil – inter­prétée avec fougue par Valerie Pach­n­er – qui lui a été présen­tée par son ami et men­tor Klimt, et qu’il immor­talis­era notam­ment dans un de ses plus célèbres tableaux : Tod und Mäd­chen (Mort et jeune fille).

Egon Schiele met égale­ment en avant l’attachement de l’artiste pour ses œuvres, qu’il con­sid­ère comme un pro­longe­ment de lui-même. Une séquence de procès est par­ti­c­ulière­ment évo­ca­trice, alors qu’il est accusé – finale­ment à tort – d’avoir abusé d’une jeune fille de treize ans. Tan­dis que le juge brûle devant ses yeux une de ses pein­tures en déclarant qu’il n’est rien de plus qu’un pornographe, Schiele rétorque avec pas­sion : “En tant qu’artiste, je défends la lib­erté de l’art !” Ce pas­sage con­fronte bru­tale­ment l’artiste à l’étroitesse d’esprit et aux mœurs de son époque, tout en syn­théti­sant un des mes­sages du film : l’art est autant un acte de créa­tion qu’un acte de résis­tance en faveur de la lib­erté d’expression.

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