© Mars Films
HHhH

HHhH

de Cédric Jimenez

  • HHhH
  • France, Grande-Bretagne, Belgique, États-Unis2016
  • Réalisation : Cédric Jimenez
  • Scénario : David Farr, Audrey Diwan, Cédric Jimenez
  • d'après : le roman HHhH
  • de : Laurent Binet
  • Image : Laurent Tangy
  • Décors : Jean-Philippe Moreaux
  • Costumes : Olivier Bériot
  • Son : Cédric Deloche, Alexis Place, Marc Doisne
  • Montage : Chris Dickens
  • Musique : Guillaume Roussel
  • Producteur(s) : Ilan Goldman, Daniel Crown
  • Production : Légende Films
  • Interprétation : Jason Clarke (Reinhard Heydrich), Rosamund Pike (Lina Heydrich), Jack O'Connell (Jan Kubiš), Jack Reynor (Jozef Gabčík), Mia Wasikowska (Anna Novak), Céline Sallette (Marie Morávek), Gilles Lellouche (Václav Morávek), Stephen Graham (Heinrich Himmler), Thomas M. Wright (Josef Valčík)...
  • Distributeur : Mars Films
  • Date de sortie : 7 juin 2017
  • Durée : 2h

HHhH

de Cédric Jimenez

Dur labeur


Dur labeur

Pour son troisième long métrage, Cédric Jimenez (Aux yeux de tous, La French) a choisi de met­tre en lumière un événe­ment cru­cial de notre his­toire : l’assassinat en 1942 du général Rein­hard Hey­drich par deux jeunes sol­dats mis­sion­nés par les ser­vices secrets britanniques[ref]Porté à l’écran notam­ment par Fritz Lang (Les bour­reaux meurent aus­si) et Dou­glas Sirk (Hitler’s Mad­man) dès 1943, ce moment charnière de la Sec­onde Guerre mon­di­ale a plus récem­ment été traité par Sean Ellis dans Anthro­poid.[/ref]. Adap­té de l’œuvre homonyme de l’écrivain français Lau­rent Binet (Prix Goncourt du pre­mier roman en 2010), HHhH est con­stru­it en deux par­ties qui se font face et ten­tent de se répon­dre : l’une s’attache à dépein­dre le futur mon­stre comme un « mon­sieur tout le monde » som­brant dans l’horreur et la folie, l’autre illus­tre, à tra­vers le sac­ri­fice d’un groupe de résis­tants, la capac­ité humaine à ne jamais aban­don­ner la bataille en répon­dant avec d’autant plus de bravoure que la bar­barie de l’ennemi est insouten­able. Mais mal­gré des inter­pré­ta­tions très con­va­in­cantes, notam­ment de Jason Clarke et Rosamund Pike sous les traits du cou­ple Hey­drich, HHhH veut nous racon­ter trop de choses en trop peu de temps, et cela se fait au détri­ment de la con­sis­tance des per­son­nages.

Une valse à deux temps

HHhH débute son réc­it à l’aube de l’arrivée au pou­voir des nazis, et nous assis­tons à l’ascension ful­gu­rante de Hey­drich qui grav­it les éch­e­lons aus­si vite qu’il sème la ter­reur. Fig­ure emblé­ma­tique du Troisième Reich, il est nom­mé pro­tecteur de Bohême-Moravie par Hitler, qui lui con­fie égale­ment le soin d’élaborer la « solu­tion finale ». Le réal­isa­teur aban­donne son per­son­nage à la moitié du film, pour se con­cen­tr­er sur Jan Kubiš et Jozef Gabčík, sol­dats tché­coslo­vaques engagés dans la résis­tance et para­chutés à Prague pour men­er à bien l’opération Anthro­poid, nom de code de l’assassinat prémédité de Hey­drich. Le choix de cette con­struc­tion en deux temps porte préju­dice au film de manière fla­grante en terme de rythme, mais égale­ment parce que les par­tis pris de mise en scène et la tem­po­ral­ité sont tous à fait dif­férents, ren­dant l’ensemble peu cohérent.

L’ascension de Hey­drich s’étalant sur près de dix ans, la pre­mière par­tie est con­stru­ite comme une suite d’ellipses à inter­valles très réguliers, lim­i­tant le réc­it à un feuil­leton monot­o­ne ryth­mé par les pro­mo­tions de son pro­tag­o­niste prin­ci­pal, les accouche­ments soli­taires de son épouse, et des séquences d’exécutions à répéti­tion agré­men­tées de giclées de sang sor­tant des boîtes crâni­ennes. Le réal­isa­teur ne sem­ble pas savoir où pos­er sa caméra et les plans s’enchaînent avec peu d’harmonie, comme décidés dans la pré­cip­i­ta­tion. La sec­onde par­tie, dont le réal­isa­teur aurait finale­ment pu se con­tenter, nous plonge enfin au cœur de son sujet et la ten­sion monte à mesure que l’opération prend forme, les dif­férentes étapes s’enchaînant avec flu­id­ité : obser­va­tions métic­uleuses des moin­dres habi­tudes du général, avec en par­al­lèle les rela­tions qui se nouent entre les résis­tants et leurs familles d’accueil, pré­pa­ra­tion des armes et de l’organisation du jour J, ten­ta­tive d’échapper à l’armée dès les sec­on­des qui suiv­ent le moment fatidique, puis les repré­sailles sans mer­ci de l’armée nazie. La mise en scène de ce sec­ond seg­ment est plus adéquate à son sujet, alter­nant entre un rythme plus nerveux au moment de l’action avec la caméra au poing, et un calme de cir­con­stance avec des plans plus longs aux instants graves. Pour sig­ni­fi­er le temps qui passe, le réal­isa­teur aban­donne égale­ment l’ellipse au prof­it de scènes en accélérées, ren­forçant l’impression d’assister à un sec­ond film aux traite­ments nar­ratif et esthé­tique diver­gents.

Le film laisse un goût d’inachevé avec l’amorce d’intrigues par­al­lèles non dévelop­pées, et sem­ble trahir une hési­ta­tion de son réal­isa­teur entre le biopic et le thriller sur fond de guerre.  Mais à défaut de s’illustrer par sa forme et par un développe­ment vrai­ment abouti, HHhH a au moins le mérite de son inten­tion : vouloir faire vivre le sou­venir de ces héros sou­vent oubliés.

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