© Zelig Films Distribution
Souffler plus fort que la mer

Souffler plus fort que la mer

de Marine Place

  • Souffler plus fort que la mer
  • France2015
  • Réalisation : Marine Place
  • Scénario : Marine Place
  • Image : Nicolas Duchêne
  • Décors : Richard Perrussel
  • Costumes : Sandy Seneschal
  • Montage : Dimitri Darul
  • Musique : Émile Parisien, Vincent Peirani
  • Producteur(s) : Stéphanie Douet
  • Production : Sensito Films
  • Interprétation : Olivia Ross (Julie), Aurélien Recoing (Loïc, le père), Corinne Masiero (Louison, la mère), Annie-France Poli (Roberta, la grand-mère), Loïc Baylacq (Gabriel), Yan Tassin (Fred)
  • Distributeur : Zelig Films Distribution
  • Date de sortie : 10 mai 2017
  • Durée : 1h25

Souffler plus fort que la mer

de Marine Place

Petit manuel d'émancipation


Petit manuel d'émancipation

Pour son pre­mier long-métrage après quelques courts et doc­u­men­taires à tonal­ité sociale, Marine Place s’est intéressée à un micro­cosme sur le déclin : celui des marins-pêcheurs de Bre­tagne pris dans l’é­tau de l’en­det­te­ment et des per­spec­tives qui s’a­menuisent. C’est au sein d’une famille de pêcheurs qu’elle a choisi de pos­er sa caméra : le père (Aurélien Reco­ing) et la mère (Corinne Masiero) ten­tent de trou­ver des alter­na­tives à la saisie de biens qui les men­ace tan­dis que leur grande fille (Olivia Ross) trou­ve un échap­pa­toire dans la pra­tique inten­sive de la musique. Il fait peu de doute que la réal­isatrice a envis­agé son pro­jet avec une évi­dente sincérité, souhai­tant cer­taine­ment ren­dre jus­tice à ce corps de méti­er con­damné à moyen terme et à tous ceux qui se retrou­vent dans le même temps broyés par le sys­tème. En empathie totale avec ses per­son­nages, Marine Place égrène son réc­it de pas­sages oblig­és qui soulig­nent l’ab­surde fatal­ité de la sit­u­a­tion : la ten­ta­tion de la prime à la casse pour un bateau qui trans­porte avec lui la mémoire famil­iale, l’in­ven­taire de l’huissier dépourvu d’af­fect, etc. Pas d’une grande habil­ité tant elles sont lis­i­bles dans ce qu’elles dénon­cent, ces scènes font néan­moins l’é­conomie d’un api­toiement for­cé et d’un manichéisme trop facile. C’est que la majeure par­tie de Souf­fler plus fort que la mer s’in­scrit dans la droite lignée des films nat­u­ral­istes sans excès, soucieux de don­ner à voir une représen­ta­tion du réel tout en faisant preuve d’une cer­taine pru­dence face aux facil­ités du genre : on souligne sans chercher à tout expli­quer, on pro­pose des ellipses qui ne sont pas vrai­ment des trous dans le réc­it, on human­ise les per­son­nages sans chercher à insis­ter sur l’i­den­ti­fi­ca­tion, etc. Loin d’être déshon­o­rants, ces par­ti-pris lais­sent néan­moins une impres­sion plus que mit­igée : trop tiède, trop écrit, trop atten­du dans son déroulé, Souf­fler plus fort que la mer ne prend jamais le con­tre-pied du pro­gramme annon­cé dès les pre­mières scènes, la réal­isatrice n’im­p­ri­mant pas suff­isam­ment son film d’une empreinte qui le sin­gu­laris­erait du tout-venant de la pro­duc­tion française.

Les rêves greffés

Pour­tant, à plusieurs repris­es, on pressent une volon­té de sur­mon­ter cette timid­ité de la mise en scène pour ten­dre vers une représen­ta­tion plus abstraite de l’é­tat psy­chologique des per­son­nages. Ces décrochages passent essen­tielle­ment par le per­son­nage de la fille, trop mutique face à la débâ­cle générale pour que son intéri­or­ité n’of­fre pas la pos­si­bil­ité d’un échap­pa­toire dra­ma­tique. Cela se traduit essen­tielle­ment par des visions qui mêlent sa pas­sion pour le sax­o­phone au car­ac­tère anx­iogène de la mer qui entoure la petite île bre­tonne sur laque­lle elle s’en­nuie à mourir. Par­fois kitsch (on pense par exem­ple au plan où la jeune femme dis­paraît dans les pro­fondeurs en jouant de son instru­ment), ces séquences s’in­sèrent de manière beau­coup trop lis­i­ble pour que le trou­ble puisse se dis­tiller sur cette réal­ité col­lec­tive. À chaque fois, ces inserts sont intro­duits de telle manière qu’il ne fait aucun doute que cette hal­lu­ci­na­tion ne con­cerne que l’ap­pren­tie-musi­ci­enne, cir­con­scrivant ain­si le poten­tiel d’é­trangeté à sa seule imag­i­na­tion. Du coup, on a le sen­ti­ment que la réal­isatrice peine à s’af­franchir d’une vision trop sym­bol­ique des enjeux qu’elle pose : que ce soit dans la manière de met­tre en scène la mer (un per­son­nage à part entière, aus­si majestueux que meur­tri­er) ou dans les drames qui ponctuent régulière­ment le réc­it (une vente, un décès, un départ), tout doit néces­saire­ment être dans le sig­nifi­ant (à l’im­age de la poésie chargée du titre de l’œuvre) dans ce réc­it d’é­man­ci­pa­tion et de pas­sage à l’âge adulte. C’est par­ti­c­ulière­ment prég­nant lorsqu’à la suite d’un drame, la jeune musi­ci­enne se retrou­ve à devoir jouer en pub­lic et qu’elle exprime, de manière plain­tive, sa souf­france par le prisme du sax­o­phone qui se traîne. On est tou­jours au bord du cliché, de l’im­age d’Épinal, la majeure par­tie des scènes don­nant la désolante impres­sion d’avoir déjà été vue dans bon nom­bre d’autres films sur des sujets sim­i­laires. L’ob­jet n’a rien d’an­tipathique mais reste beau­coup trop dans l’anec­do­tique.

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