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Werewolf

Werewolf

de Ashley McKenzie

  • Werewolf
  • Canada2016
  • Réalisation : Ashley McKenzie
  • Scénario : Ashley McKenzie
  • Image : Scott Moore
  • Décors : Michael Pierson
  • Son : Andreas Mendritzki
  • Montage : Ashley McKenzie
  • Musique : Youth Haunts
  • Producteur(s) : Nelson MacDonald, Ashley McKenzie
  • Production : Grassfire Films
  • Interprétation : Andrew Gillis (Blaise), Bhreagh MacNeil (Vanessa)
  • Distributeur : Ligne 7
  • Date de sortie : 22 mars 2017
  • Durée : 1h20

Werewolf

de Ashley McKenzie

Coquetteries


Coquetteries

Pre­mier long-métrage d’Ash­ley McKen­zie, Were­wolf dépeint le quo­ti­di­en d’un jeune cou­ple de mar­gin­aux tox­i­co­manes, enta­mant un pro­gramme de sevrage à la méthadone et ten­tant de trou­ver une sta­bil­ité en accom­plis­sant quelques petits boulots. De ces deux per­son­nages, nous ne saurons finale­ment pas grand-chose : de leur his­toire passée aux raisons qui pour­raient expli­quer leurs addic­tions, la jeune réal­isatrice cana­di­enne n’en dira rien, vis­i­ble­ment peu intéressée par la néces­sité de faire pass­er un mes­sage. C’est cer­taine­ment la dimen­sion la plus intéres­sante du film : ne pas chercher à inscrire son pro­pos dans un cadre social ou à don­ner une épais­seur psy­chologique à ses pro­tag­o­nistes, préfér­er capter — avec des par­ti-pris de mise en scène qui pren­nent leurs dis­tances avec le nat­u­ral­isme habituelle­ment de cir­con­stance — un état, une per­cep­tion du monde où se matéri­alisent le vide et l’at­tente. Au beau sou­venir d’Oslo, 31 août que con­voque Were­wolf par son sujet et sa mélan­col­ie dis­crète (sans toute­fois en attein­dre la force dra­ma­tique), s’a­joute le choix d’avoir tourné dans un pays nordique — ici le Cana­da anglo­phone — au plus fort de l’été : le temps sem­ble sus­pendu et les corps se lan­guis­sent d’en­nui, ren­forçant un peu plus l’é­cart entre la force solaire des images et le désar­roi intérieur des per­son­nages.

Corps morcelés

Autant dire qu’on est ici face à un beau sujet. L’ac­tion, réduite à son strict min­i­mum, ne se vautre dans aucune surenchère, don­nant à voir une série de gestes et d’ac­tions quo­ti­di­ens où les jeunes mar­gin­aux essaient de rompre avec leur isole­ment : trou­ver un toit, gag­n­er un peu d’ar­gent en pro­posant aux par­ti­c­uliers de ton­dre leurs pelous­es, etc. D’ailleurs, autour de cette énorme et vieille ton­deuse que le cou­ple se traîne de jardins en jardins, la réal­isatrice con­stru­it un leit­mo­tiv qui pour­rait être intéres­sant : encom­brant, l’ob­jet devient le trait d’u­nion entre les deux jeunes et une société qui ne sait plus quoi faire d’eux. Seule­ment, à de rares occa­sions leurs sol­lic­i­ta­tions aboutis­sent. Le plus sou­vent, les par­ti­c­uliers dont on ne voit jamais les vis­ages les rabrouent (sou­vent de manière un peu pous­sive, pour bien insis­ter sur le rejet anonyme dont les mar­gin­aux font l’ob­jet) ou préfèrent leur don­ner de l’ar­gent en échange d’au­cun tra­vail afin d’éviter tout prob­lème sup­plé­men­taire. De fait, aucune tra­jec­toire claire n’est tracée : le réc­it s’embourbe volon­taire­ment par moments, col­lé à ses per­son­nages qui s’imag­i­nent à peine de quoi demain sera fait. Si on peut recon­naître à la réal­isatrice son choix de ne pas avoir tout misé sur une pro­gres­sion dra­ma­tique clas­sique, on peut émet­tre néan­moins quelques réserves face à la forme : à force de décadrages savam­ment pen­sés pour morcel­er les corps baignés d’une lumière qui rend les vis­ages bla­fards, le film finit par trahir une pos­ture arty un peu arti­fi­cielle et par­fois vaine. Where­wolf aurait cer­taine­ment gag­né à ne pas tant ressem­bler à une car­i­ca­ture de film indépen­dant. Espérons que pour son sec­ond long-métrage, Ash­ley McKen­zie aura réus­si à se débar­rass­er de ces tics de mise en scène pour gag­n­er en spon­tanéité.

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