© Épicentre Films
Tombé du ciel

Tombé du ciel

de Wissam Charaf

  • Tombé du ciel
  • France, Liban2016
  • Réalisation : Wissam Charaf
  • Scénario : Wissam Charaf, Mariette Désert
  • Image : Martin Rit
  • Décors : Farah Naboulsi
  • Costumes : Jessica Saber
  • Son : Emmanuel Zouki, Paul Jousselin
  • Montage : William Laboury
  • Musique : Wissam Charaf
  • Producteur(s) : Charlotte Vincent, Pierre Sarraf
  • Production : Aurora Films, Né à Beyrouth Films, Tyrian Purple Pictures
  • Interprétation : Raed Yassin (Omar), Rodrigue Sleiman (Samir), Saïd Serhan (Rami), Yumna Marwan (Yasmine), George Melki (le père)
  • Distributeur : Épicentre Films
  • Date de sortie : 15 mars 2017
  • Durée : 1h10

Tombé du ciel

de Wissam Charaf

Choisir sa voie


Choisir sa voie

À Bey­routh, le garde du corps Omar aime se ras­sur­er avec son physique de mal­abar, mais voudrait aus­si être plus habile avec son arme. Il tombe — par hasard ? — sur son frère aîné Samir, un mili­cien dis­paru et pré­sumé mort depuis vingt ans. Tous deux ten­tent de revivre ensem­ble et de veiller l’un sur l’autre dans le Liban d’au­jour­d’hui. Impos­si­ble de savoir ce qui est advenu de Samir au cours de sa longue absence. Mais, est-il seule­ment vivant ? La pre­mière scène de Tombé du ciel, et la dernière qui lui est à peu près sem­blable, sug­gèrent forte­ment que ce per­son­nage, dont l’at­ti­tude de com­bat­tant expéri­men­té exprime mieux que ses mots les stig­mates de la guerre, serait plutôt une appari­tion vouée à resur­gir ici puis ailleurs, portée par quelque puis­sance mys­térieuse, éma­na­tion répétée d’un passé qui passe mal et que le présent doit néan­moins inté­gr­er. Omar, lui, se mon­tre représen­tatif de ce présent, avec ses rêves et ses désil­lu­sions, son héritage (un père déli­rant qui ressasse les anci­ennes vic­toires guer­rières nationales) et son envie de tourn­er, son assur­ance exagérée et son insécu­rité pro­fonde.

Les artistes libanais n’ont pas fini de tâch­er d’ex­or­cis­er les spec­tres de la guerre civile. Wis­sam Charaf, pour son pre­mier long-métrage, choisit d’en évo­quer les échos sourds dans la société d’au­jour­d’hui, dans un reg­istre visant à refléter l’é­tat flot­tant dans laque­lle il voit celle-ci : une alliance de comédie et de grav­ité, non sur un sim­ple ton doux-amer, mais via un humour franc et assumé invi­tant à rire en pen­sant à des choses sérieuses. Cette veine comique fait un peu feu de tout bois : échanges de vannes ; saynètes bur­lesques par­fois bru­tales, comme un cer­tain gag au bazooka, ou encore quelques atti­tudes crispantes d’un Samir à la sta­bil­ité men­tale dou­teuse ; jeu de rac­cords cut dis­til­lant de petites ellipses et moments de doute, par­fois entre espoirs et con­séquences (ce qui est arrivé quand Omar a volé un bais­er à la star­lette de ses rêves) ; etc. Le tout pour­rait ressem­bler à un exer­ci­ce d’équilib­riste motivé essen­tielle­ment par l’ex­er­ci­ce même, fait avec doigté et effi­cac­ité, mais trou­vant ses lim­ites, la fin nous lais­sant nous deman­der si son réc­it était cen­sé men­er quelque part. Reste que cette con­jonc­tion du sourire et de l’amer­tume nous fait suiv­re sans fail­lir le tan­dem dis­so­nant et métaphorique. Et qu’à tra­vers celui-ci, on devient sen­si­ble à au moins une thé­ma­tique, exposée avec ironie dans le film mais qui s’avère le prob­lème que le film lui-même doit résoudre : le con­flit entre l’at­ti­tude du “sol­dat” et celle du “com­bat­tant”, entre accom­plir sa mis­sion en suiv­ant les règles (celles de l’ar­mée, celles de la comédie douce-amère bien huilée sur un sujet per­sis­tant) et oser le faire en franc-tireur faisant fi de tout académisme.

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