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John Wick 2

John Wick 2

de Chad Stahelski

  • John Wick 2
  • (John Wick: Chapter 2)
  • États-Unis2017
  • Réalisation : Chad Stahelski
  • Scénario : Derek Kolstad
  • Image : Dan Laustsen
  • Décors : Kevin Kavanaugh
  • Costumes : Luca Mosca
  • Montage : Evan Schiff
  • Musique : Tyler Bates, Joel J. Richard
  • Producteur(s) : Basil Iwanyk, Erica Lee
  • Production : Thunder Road Pictures, 87Eleven Productions
  • Interprétation : Keanu Reeves (John Wick), Common (Cassian), Laurence Fishburne (le Bowery King), Riccardo Scamarcio (Santino d'Antonio), Ruby Rose (Ares), Lance Reddick (Charon), Bridget Moynahan (Helen Wick), John Leguizamo (Aurelio), Ian McShane (Winston), Peter Stormare (un chef mafieux), Franco Nero (Julius)...
  • Distributeur : Metropolitan FilmExport
  • Date de sortie : 22 février 2017
  • Durée : 2h03

John Wick 2

de Chad Stahelski

Bienvenue dans le monde réel


Bienvenue dans le monde réel

New York, vue du dessus. Le quadrillage de la ville est d’emblée con­fron­té à un vecteur rec­tiligne, John Wick, occupé à pour­suiv­re ses proies en semant la ter­reur dans la rue. Rien en effet n’arrête le per­son­nage, et jusqu’au délire, le film fait de son héros un être qua­si surhu­main, capa­ble de sur­mon­ter n’importe quelle sit­u­a­tion (out­re sa maîtrise des armes et du com­bat, il par­le russe, chi­nois, anglais, espag­nol, ital­ien, et même la langue des signes). Dans cet univers régi par des codes de truands — le monde entier sem­ble en effet dirigé par une grande multi­na­tionale mafieuse, l’hôtel Con­ti­nen­tal (avec à sa tête un mal­frat nom­mé Win­ston), qui a su s’implanter partout — inutile cepen­dant de décel­er dans cet ordre de l’ombre une quel­conque théorie du com­plot para­noïaque à la James Bond Spec­tre, le film étant bien plus occupé à filmer son per­son­nage prin­ci­pal tra­vers­er qua­si­ment sans pause ce quadrillage et cette toile d’araignée.

La mort aux trousses

La presse a volon­tiers com­paré le pre­mier John Wick aux films de John Woo à ses heures glo­rieuses, de par la choré­gra­phie maîtrisée des scènes d’ac­tion. Pour­tant, même si le spec­ta­cle était par­fois plaisant, la redon­dance de la tour­nure des com­bats et des gun­fights de ce sec­ond épisode laisse penser que John Wick est plutôt un « John Woo » essoré, sans voltige ni bul­let time, dont l’ac­tion a été tamisée pour attein­dre l’efficacité — effi­cac­ité absolue de son per­son­nage, qui enchaîne les meurtres et les affron­te­ments au gré de plans-séquences, avec une facil­ité inso­lente dans l’exécution, comme si les obsta­cles n’existaient pas ; comme si rien n’existait, en réal­ité, et ce sen­ti­ment de faux est ren­for­cé par les per­son­nages car­i­cat­u­raux et les sit­u­a­tions extrav­a­gantes. Avec ses plans-séquences, le film est exem­plaire (au sens d’exemple, pas au sens d’autorité esthé­tique) dans la sup­pres­sion du con­trechamp, obnu­bilé par l’itinéraire de son per­son­nage, au point d’en oubli­er de le con­fron­ter à une véri­ta­ble adver­sité. Rien ne lui arrive à la cheville, et John Wick (le film comme le per­son­nage) est une car­i­ca­ture de car­i­ca­ture : il n’évoque pas tant les films de John Woo ou de McTier­nan et leur mag­nifique ges­tion de l’e­space-temps, que leurs héri­tiers dégénérés, les films de Sea­gal, Van Damme et Nor­ris.

Dans son mou­ve­ment rec­tiligne et son besoin d’ac­tion, le film ne s’embarrasse même plus de la vraisem­blance, au point de génér­er des McGuf­fin à chaque fois tou­jours plus absur­des (la vengeance du chien dans le pre­mier épisode, la vengeance de la vic­time que Wick a lui-même élim­inée dans celui-ci). Même les espaces publics ne répon­dent que par inter­mit­tence aux règles nar­ra­tives (action-réac­tion, coups de feu-panique), et lors de la séquence de l’affrontement dans le métro, per­son­ne ne sem­ble réelle­ment s’é­mou­voir de cette effu­sion de sang. Seules les règles « chevaleresques » des truands sont respec­tées (« tu ne tueras point dans un étab­lisse­ment Con­ti­nen­tal », « tu hon­or­eras ta dette de sang »). La scène finale vient d’ailleurs remet­tre en cause toute la géo­gra­phie humaine à laque­lle nous venons d’assister : Win­ston donne un ordre, et la foule se fige puis regarde vers John Wick, sidéré par l’étendue de la toile et du piège. Alors que l’équipe du film ne sem­blait pas préoc­cupée par la ges­tion des fig­u­rants, ce petit twist somme toute astu­cieux trans­forme ces fig­ures déco­ra­tives en sil­hou­ettes, pas­sant ain­si de l’arrière-plan au pre­mier plan.

John Wick Facts

C’est ce twist qui per­met de con­stater que le film se pre­nait sûre­ment au sérieux dans ses inten­tions esthé­tiques et dans sa débauche d’énergie. Après tout, les per­son­nages sont si car­i­cat­u­raux, les dia­logues si ridicules et les pré­textes si absur­des que l’on ne peut croire à un pre­mier degré volon­taire. Jamais d’ailleurs John Wick 2 ne répond à l’ap­pel du post­mod­erne, en citant explicite­ment ses références et ain­si imposant une dis­tance diégé­tique. Le film pioche au con­traire dans sa pro­pre mytholo­gie — par exem­ple, dans l’épisode 1, une anec­dote relatée d’un triple meurtre que John Wick a com­mis avec un cray­on, sur­réal­isme chuck-nor­rissien que ce sec­ond opus met en scène lors d’une séquence.

S’en remet­tant à lui-même, le film va jusqu’au bout dans son étroitesse et son dynamisme vide. Et si Keanu Reeves est défini­tive­ment l’un des acteurs les plus liss­es et mono-expres­sifs de l’his­toire du block­buster, sa fig­ure d’icône de Matrix jus­ti­fie que ce soit son corps qui défie ici les lois de l’af­fron­te­ment. Sa ren­con­tre avec Lau­rence Fish­burne, guest star de John Wick 2, en est d’ailleurs le point d’orgue. Là où Matrix fut le tour­nant de son époque ciné­matographique en jus­ti­fi­ant son action spec­tac­u­laire par un monde dig­i­tal­isé, pré­texte à une métaphore du vide — en tous les sens du terme (d’où peut-être le choix de Keanu) — cette saga en est une énième mise en appli­ca­tion dans le « réel », sans avatar numérique, et pour­tant sans pos­si­bil­ité d’an­crage réal­iste tant l’ac­tion atteint un niveau de surenchère déli­rant. John Wick 2, c’est du direct-to-DVD qui a pu se propulser en salles grâce à sa star, son bud­get con­séquent et ses choré­gra­phies. Inutile donc d’en atten­dre plus.

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