[Berlinale] Golden Exits

[Berlinale] Golden Exits

de Alex Ross Perry

  • [Berlinale] Golden Exits
  • États-Unis2016
  • Réalisation : Alex Ross Perry
  • Scénario : Alex Ross Perry
  • Image : Sean Price Williams
  • Montage : Robert Greene
  • Musique : Keegan DeWitt
  • Producteur(s) : Joshua Blum, Christos V. Konstantakopoulos, Alex Ross Perry, Adam Piotrowic, Katie Stern
  • Production : Bow and Arrow Entertainment, Faliro House Productions, Forager Films, Washington Square Film, Webber Gilbert Media
  • Interprétation : Emily Browning (Naomi), Adam Horowitz (Nick), Mary-Louise Parker (Gwendolyn), Jason Schwartzman (Buddy), Chloë Sevigny (Alyssa), Analeigh Tipton (Jess), Lily Rabe (Sam)
  • Durée : 1h34

[Berlinale] Golden Exits

de Alex Ross Perry

La faiblesse des hommes


La faiblesse des hommes

Présen­té dans la sélec­tion Forum après son pas­sage à Sun­dance, Gold­en Exits est l’un des rares films améri­cains de cette Berli­nale. Alex Ross Per­ry (Lis­ten Up Philip, Queen of Earth) y pour­suit son tra­vail d’é­tude des rela­tions de cou­ple empoi­son­nées en aus­cul­tant l’ef­fet de l’ar­rivée de Nao­mi, une jeune Aus­trali­enne (Emi­ly Brown­ing), sur les désirs d’hommes mar­iés. Employée comme assis­tante par Nick (Adam Horowitz) pour l’ac­com­pa­g­n­er dans son tra­vail de classe­ment des archives d’un écrivain décédé, partageant au quo­ti­di­en son petit espace de tra­vail, elle le séduit avec une inno­cence mali­cieuse, par des regards sen­suels et des mou­ve­ments de cheveux, sans don­ner suite à ses avances. Son exis­tence avive la jalousie instinc­tive de la femme de Nick, incar­née par Chloë Sevi­gny, que Nick désamorce par des expli­ca­tions hyp­ocrites. En par­al­lèle, Nao­mi est invitée à sor­tir par Bud­dy (Jason Schwartz­man) qui croit là ren­dre un ser­vice à une amie de sa mère. L’ha­bileté avec laque­lle Nao­mi le séduit laisse le spec­ta­teur pan­tois face au dilemme que représente la ten­ta­tion évi­dente d’une jeune femme plutôt amène.

Jouer avec le feu

Dans un ciné­ma évo­quant celui d’Éric Rohmer et de Woody Allen, au dis­posi­tif d’apparence très sim­ple mon­té autour d’une étude de mœurs, Ross Per­ry étudie les con­tra­dic­tions de ses per­son­nages lors d’une suc­ces­sion de longues con­ver­sa­tions révéla­tri­ces de la lâcheté, de l’égoïsme et de la duplic­ité des hommes et des rap­ports de forces au sein des cou­ples. Le men­songe est en germe, vis­i­ble dans la manière dont Bud­dy présente avec mau­vaise foi sa sor­tie avec Nao­mi comme une ren­dez-vous de tra­vail — au lieu de pass­er la soirée avec sa femme (Analeigh Tip­ton, vue chez Whit Still­man dans Damsels in Dis­tress). Artic­ulé autour d’un scé­nario amer et nuancé, Gold­en Exitsdécon­stru­it la petite mécanique de l’in­fidél­ité phase après phase : séduc­tion pas­sive, tolérée et même recher­chée, ten­ta­tion con­crète et cristalli­sa­tion du désir, décep­tion ou renon­ce­ment. Il épouse son sujet en appuyant les plans sur le vis­age de Nao­mi, et en calant le cadre de manière à laiss­er percevoir ses effet sur les hommes qu’elle ren­con­tre sans per­dre l’ef­fet qu’elle aurait sur le spec­ta­teur même.

Opération transparence

La mise en scène de Per­ry révèle la duplic­ité de ses per­son­nages, mais n’empêche pas l’i­den­ti­fi­ca­tion à ces hommes trompeurs comme à leurs femmes. Le mon­tage du film décale con­stam­ment le point de vue et fait appa­raître les effets de mimétisme social (l’excitation des amis de Nick l’encourage à pass­er à l’acte, l’amertume exis­ten­tielle du per­son­nage joué par Mary-Louise Park­er encour­age Nao­mi dans la joie de sa jeunesse), le jeu du masque amoureux, la mau­vaise foi et les arrange­ments de dis­cours. Comme dans Queen of Earth, l’at­mo­sphère musi­cale dis­cor­dante souligne l’é­gare­ment men­tal des per­son­nages et le brouil­lage des lim­ites sen­ti­men­tales. La labil­ité des eaux lacus­tres du précé­dent film est rem­placée ici par le mou­ve­ment de l’e­space urbain new-yorkais et le pas­sage des saisons, qui fait de Gold­en Exits l’ex­pres­sion d’une pro­fonde et douloureuse mélan­col­ie amoureuse.

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