© Vered Adir
Tempête de sable

Tempête de sable

de Elite Zexer

  • Tempête de sable
  • (Sufat Chol)
  • Israël2016
  • Réalisation : Elite Zexer
  • Scénario : Elite Zexer
  • Image : Shai Peleg
  • Décors : Nir Adler
  • Costumes : Chen Gilad
  • Son : Ori Tchechik, Gil Toren
  • Montage : Ronit Porat
  • Musique : Ran Bagno
  • Producteur(s) : Haïm Mecklberg, Estee Yacov-Mecklberg
  • Production : 2-Team Productions
  • Interprétation : Lamis Ammar (Layla), Ruba Blal-Asfour (Jalila), Hitham Omari (Suliman), Khadija Alakel (Tasnim), Jalal Masarwa (Anwar)
  • Distributeur : Pyramide Distribution
  • Date de sortie : 25 janvier 2017
  • Durée : 1h28

Tempête de sable

de Elite Zexer

Vents contraires


Vents contraires

Nou­v­el ajout aux nom­breux con­tes de la vieille oppo­si­tion entre con­traintes sociales et aspi­ra­tions indi­vidu­elles, Tem­pête de sable d’Elite Zex­er n’apporte pas grand-chose de neuf sur ce ter­rain. Plan­té dans une com­mu­nauté bédouine du désert du Néguev dans le sud d’Israël[ref]Il est rare que le ciné­ma israélien s’intéresse à cette com­mu­nauté mar­gin­al­isée : le seul autre exem­ple qui nous vienne à l’esprit est le trou­blant Shar­qiya (Ami Livne, 2012).[/ref], le con­flit moteur scé­nar­is­tique du film ne saurait être plus bal­isé, ni sa per­cep­tion plus ori­en­tée en direc­tion d’un pub­lic glob­al­isé d’aujourd’hui : la con­trainte est une somme de tra­di­tions archaïques (polyg­a­mie et mariage for­cé) portée par les aînés, l’aspiration a le vis­age de la jeunesse (une jeune fille amoureuse) et se voit tacite­ment asso­ciée à la moder­nité (signe de libéra­tion sup­plé­men­taire : elle va au lycée). Si ce drame guet­té par le ron­ron­nement du world cin­e­ma n’y som­bre pas tout à fait et sus­cite quelque intérêt, c’est parce qu’il sait rester proche de per­son­nages pris entre les feux de ce con­flit au point que leur com­porte­ment se retrou­ve réfrac­taire à ce manichéisme même.

Problème d’autorité

Au bout de quelques min­utes, le film ne laisse guère de doute sur le fait que le nœud de son prob­lème de société est la fig­ure pater­nelle, même quand elle n’est pas à l’écran. Suli­man a pour­tant l’air d’un brave type, au début, quand il apprend à sa fille aînée Lay­la à con­duire ; il incite à plus de dis­tance quelques scènes plus loin, quand il négo­cie le futur mariage de celle-ci, à son insu, avec le fils d’un voisin. Entre-temps, on l’a vu célébr­er son mariage avec sa sec­onde épouse ; la pre­mière, Jalila, tou­jours “en fonc­tion”, n’en est pas ravie, et endurcit son rôle de matri­arche en pas­sant ses nerfs sur Lay­la. Tem­pête de sable émeut moins par son dilemme téléphoné qu’il n’intrigue par le com­pro­mis qui en découle et qui trou­ble les fig­ures parentales. Jalila, durant toute la pre­mière moitié du film, se drape d’une pos­ture autori­taire jusqu’à l’antipathie non seule­ment pour cacher son humil­i­a­tion de femme, mais aus­si par dépit envers un mari (et sup­posé chef de famille) dont la démon­stra­tion de pri­mauté vir­ile par la polyg­a­mie ressem­ble en réal­ité à une démis­sion. De fait, l’assurance affichée par Suli­man s’avère bien frag­ile quand il admet qu’il est, au fond, le pre­mier à se sen­tir con­traint de se con­former à l’ordre social — une sen­sa­tion seule­ment, sans doute jus­ti­fiée, mais le film laisse plan­er le doute sur la marge de manœu­vre que l’homme aurait pour appli­quer une autorité qui lui serait pro­pre. D’où un per­son­nage trou­blant dans son indé­ci­sion, qui dans une même scène peut pass­er d’un état résigné, dis­crète­ment navré, digne de com­miséra­tion, à une man­i­fes­ta­tion de bru­tal­ité dont on se demande dans quelle mesure elle n’est pas jouée à l’adresse des regards avoisi­nants de l’ordre social dif­fus.

Les yeux ouverts

Dans ce con­texte, l’enjeu pour l’ “héroïne” Lay­la, der­rière la quête de la lib­erté d’aimer selon son désir, est en vérité de con­serv­er son cap per­son­nel d’adolescente accrochée à son rêve dans un monde où la matu­rité, lui assène-t-on (“gran­dis un peu”, “ouvre les yeux”), ne peut éviter les com­pro­mis­sions avec ses incli­na­tions per­son­nelles. Mais son obsti­na­tion butée est-elle vrai­ment plus envi­able que la résig­na­tion des autres ? Que se passera-t-il quand elle se posera pour “ouvrir les yeux” ? Le film se mon­tre lucide là-dessus : la sit­u­a­tion la plus envi­able reste celle de Tas­nim, petites sœur de Lay­la. Encore étrangère à ces affaires de grands, la fil­lette furète néan­moins à tra­vers le film pour s’en faire le témoin dis­cret et libre. Et c’est à ce regard limpi­de que Lay­la, rat­trapée par les affres de la matu­rité, finit par con­fi­er tacite­ment sa lutte, tan­dis que la petite voix con­clut le film par un “Non” aus­si inno­cent que fron­deur, le plus déli­cat acte de rébel­lion d’un film qui aurait gag­né à s’affranchir plus sou­vent de ses pro­pres règles de drame socié­tal.

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