Compte tes blessures

Compte tes blessures

de Morgan Simon

  • Compte tes blessures
  • France2016
  • Réalisation : Morgan Simon
  • Scénario : Morgan Simon, Julia Ducournau
  • Image : Julien Poupard
  • Décors : Marion Burger
  • Costumes : Ariane Daurat
  • Son : Mathieu Villien, Rym Debbarh-Mounir, Hélène Thabouret, Samuel Aïchoun
  • Montage : Marie Loustalot
  • Musique : Selim Aymard alias Jok’a’Face, Julien Krug
  • Producteur(s) : Amaury Ovise, Jean-Christophe Reymond
  • Production : Kazak Productions
  • Interprétation : Kévin Azaïs (Vincent), Monia Chokri (Julia), Nathan Willcocks (Hervé Vlanine), Julien Krug (Matthew), Selim Aymard (Zachary), Cédric Laban (Ruddy)...
  • Distributeur : Rezo Films
  • Date de sortie : 25 janvier 2017
  • Durée : 1h20

Compte tes blessures

de Morgan Simon

Masculin pluriel


Masculin pluriel

On imag­ine com­bi­en l’exercice du pre­mier long-métrage peut s’avérer frus­trant. Car der­rière la sim­plic­ité des moyens, lim­ité par la fru­gal­ité des con­di­tions de pro­duc­tion, se cache l’envie d’en découdre, et de faire feu de tout bois quitte à ignor­er les con­signes de pru­dence. À ce titre, Compte tes blessures souf­fre un peu du même con­traste que son pro­tag­o­niste, for­cé par un père écras­ant d’exprimer tout ce qu’il voudrait dire en un min­i­mum de temps, pen­dant ses con­certs de post-hard­core. Car de même que Vin­cent abîme sa tra­chée au mépris de son pat­ri­moine vocal, Mor­gan Simon, que l’on devine pressé d’en finir avec une his­toire qu’il promène depuis main­tenant plusieurs années (le film découle d’Essaie de mourir jeune, court métrage sor­ti en 2014), donne un peu l’impression d’avoir pré­cip­ité les événe­ments.

Ce n’est donc pas mal­hon­nête de la part de ce long-métrage que d’assumer dès son titre sa dette envers ce genre musi­cal (« Compte tes blessures » est une référence au groupe Bring Me The Hori­zon). Même si, dérivé de hard-rock con­sis­tant à hurler un texte con­cis en se livrant à des ges­tic­u­la­tions, le style con­traste rapi­de­ment avec la tour­nure glob­ale d’un film beau­coup moins do it your­self qu’il n’en à l’air. La faute – parce que cela finit quand même par pos­er prob­lème – à un scé­nario encom­brant, que ni l’auteur ni les trois bons acteurs (Kévin Aza­ïs, décidé­ment abon­né aux pre­miers films, Monia Chokri, aperçue chez Dolan, et Nathan Will­cocks, un incon­nu promet­teur) ne sem­blent en mesure de domin­er pour le bien du film. D’où, à l’arrivée, le sen­ti­ment que rien ne cir­cule entre ce fils, son père, et l’amante de celui-ci (une cais­sière entre deux âges), sinon les didas­calies indi­quant la façon de jouer, tan­tôt ren­dues vis­i­bles par un regard trop appuyé, tan­tôt par l’artificialité des engueu­lades – lesquelles s’enchaînent comme des épisodes, sans qu’un se détache plus que l’autre.

Indécence mitigée, et archétypes en quête de personnages

Peinant à don­ner aux per­son­nages le min­i­mum de crédi­bil­ité req­uis, Compte tes blessures se con­damne vite à enreg­istr­er la per­for­mance un peu cabo­tine de comé­di­ens prêts à tous les excès pour don­ner vie à des arché­types. Ain­si de ce père un peu rugueux, qui en dépit d’une solide presta­tion de Nathan Will­cocks, sem­ble con­tin­uelle­ment chercher de quoi jus­ti­fi­er ses coups de sang. Pour Vin­cent, le prob­lème est indi­rect : de loin le plus aimé, sans cesse cou­vé du regard comme une vestale de mar­bre, le film n’a d’yeux que pour lui. Au point de nég­liger les autres per­son­nages, à com­mencer par cette cais­sière indé­cise, que nous seri­ons bien en peine de décrire tant sa par­ti­tion la can­tonne à un petit rôle d’observatrice médusée.

L’ensemble s’expose ain­si à une beauferie un peu ringarde, quand par con­traste avec ces beaux mâles pleins de cica­tri­ces, la légèreté de Julia (c’est son prénom) ne cesse de la ren­voy­er à son statut de girou­ette écervelée, sur l’air bien con­nu du « toutes les mêmes ». D’autant que la demoi­selle, corvéable à mer­ci et rivée d’emblée à sa fonc­tion d’élément déclencheur, finit par entraîn­er la petite mécanique du réc­it dans un hasard qui fait un peu tache, au milieu des mille pré­cau­tions pris­es par un scé­nario très con­scient de ses effets. Si bien qu’à l’instant de céder aux avances de Vin­cent sous les yeux du père, le coup de théâtre œdip­i­en sem­ble gou­verné par un arbi­traire qui n’a plus rien pour sur­pren­dre. C’était pour­tant l’occasion idéale de prou­ver qu’une idée de papi­er pou­vait cacher un vrai désir d’indécence. Mais inca­pable de sceller le des­tin de ses deux coqs sans reléguer sa tierce per­son­ne à un rang de trait d’union, Mor­gan Simon bâcle sa copie – et ne relève le défi qu’à moitié.

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