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Il a déjà tes yeux

Il a déjà tes yeux

de Lucien Jean-Baptiste

  • Il a déjà tes yeux
  • France2016
  • Réalisation : Lucien Jean-Baptiste
  • Scénario : Sébastien Mounier, Marie-Françoise Colombani, Lucien Jean-Baptiste
  • Image : Colin Wandersman
  • Décors : Pierre Pell
  • Costumes : Laurence Benoît
  • Son : Laurent Benhaïm, Benjamin Rosier, Olivier Dô Hùu
  • Montage : Sahra Mekki
  • Musique : Alexis Rault
  • Producteur(s) : Maxime Delauney, Romain Rousseau
  • Production : Nolita Cinéma, TF1 Droits Audiovisuels, UGC, France 2 Cinéma
  • Interprétation : Aïssa Maïga (Salimata Aloka), Lucien Jean-Baptiste (Paul Aloka), Zabou Breitman (Mme Mallet), Vincent Elbaz (Manu), Delphine Théodore (Prune), Marie-Sohna Condé (Mamita)
  • Distributeur : UGC Distribution
  • Date de sortie : 18 janvier 2017
  • Durée : 1h35

Il a déjà tes yeux

de Lucien Jean-Baptiste

Black or white


Black or white

Qua­trième long-métrage en tant que réal­isa­teur de l’ac­teur Lucien Jean-Bap­tiste, Il a déjà tes yeux a tout du film-pitch post-Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu ? dont la rel­a­tive dynamique ne tient qu’à une seule fausse-bonne idée : un cou­ple ne pou­vant avoir d’en­fants entre­prend des démarch­es d’adop­tion qui finis­sent par aboutir. Seul “hic” au tableau : la mère, d’o­rig­ine séné­galaise, et le père, mar­tini­quais, héri­tent d’un poupon blanc, blond et aux yeux bleus qui, par effet de con­traste, détonne un peu dans l’en­vi­ron­nement famil­ial. Si les par­ents s’ac­com­mod­ent très rapi­de­ment de cette sit­u­a­tion incon­grue, il n’en va pas de même pour les grands-par­ents séné­galais (totale­ment décon­certés et optant dans un pre­mier temps pour le rejet pur et sim­ple) ni pour la référente à l’ASE (Aide Sociale pour l’En­fance), une raciste qui ne dit pas son nom et inter­prétée avec un plaisir non dis­simulé par une Zabou Bre­it­man à peine rev­enue de sa grinçante chronique À votre écoute, coûte que coûte sur France Inter. Si on com­prend bien l’in­ten­tion du réal­isa­teur de jouer avec le pen­dant négatif d’une sit­u­a­tion stéréo­typée (une adop­tion “inter­ra­ciale”), on peut néan­moins se ques­tion­ner sur la final­ité et la néces­sité en 2017 d’une comédie reposant sur un canevas aus­si grossier : aux États-Unis, où on compte égale­ment une grande mix­ité, viendrait-il à l’idée de pro­duc­teurs de pro­pos­er une comédie sur un cou­ple de Blacks adop­tant un petit Blanc et devant s’ac­com­mod­er des malen­ten­dus que cela génère ? Au-delà de la per­ti­nence com­mer­ciale avérée d’un tel pro­jet dans nos con­trées (les 12,2 mil­lions d’en­trées générées pour Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu ? ne diront pas le con­traire), on nous répon­dra que l’ob­jec­tif bon-enfant est de saper les stéréo­types raci­aux qui con­tin­u­ent d’être légion. Mais après une suc­ces­sion de films qui abor­daient déjà paresseuse­ment l’épineuse ques­tion (de La Pre­mière Étoile en 2009 à Dieumer­ci ! en 2016), Lucien Jean-Bap­tiste a‑t-il les épaules pour aller un peu plus loin que les habituelles con­ven­tions du genre ?

Grosse paresse

Mal­heureuse­ment, dès les pre­mières scènes, on devine que le film se con­tentera de dérouler paresseuse­ment son pro­gramme en éti­rant son pitch sur 1h35 à coups de per­son­nages sec­ondaires sans épais­seur et de ges­tic­u­la­tions hys­tériques cachant bien dif­fi­cile­ment la vacuité de la plu­part des scènes. Mal­gré l’a­battage généreux de cer­tains comé­di­ens qui arrachent de temps à autre quelques sourires, force est de con­stater qu’Il a déjà tes yeux pâtit d’un vrai défaut d’écri­t­ure, Lucien Jean-Bap­tiste n’al­lant au bout d’au­cune des pistes nar­ra­tives qu’il explore. Pour­tant, on sent bien que le réal­isa­teur n’est pas totale­ment à l’aise avec les stéréo­types qu’il exploite non sans une cer­taine ambiguïté (rit-on de ou avec les per­son­nages africains et leurs mim­iques telle­ment sur­jouées qu’ils n’au­raient pas à rou­gir devant le numéro d’Hat­tie McDaniel dans Autant en emporte le vent ?) et qu’il cherche à se démar­quer de cette nou­velle frange de la comédie française ouverte­ment réac­tion­naire (Le Grand Partage d’Alexan­dra Leclère, le prochain À bras ouverts de Philippe de Chau­veron) en n’ig­no­rant pas totale­ment les sujets qui fâchent (la pré­car­ité des sans-papiers, l’assig­na­tion des immi­grés africains à cer­taines pro­fes­sions qui tien­nent plus de la servi­tude que du ser­vice). Seule­ment, il n’as­sume à aucun moment le car­ac­tère poten­tielle­ment cor­rosif de son pro­pos grâce à une rib­am­belle de pirou­ettes comiques qui le font sys­té­ma­tique­ment bot­ter en touche. À mille kilo­mètres d’un Dear White Peo­ple qui n’hési­tait pas à dyna­miter tout un ensem­ble de fan­tasmes liés à la pop­u­la­tion afro-améri­caine, Il a déjà tes yeux est à l’im­age du per­son­nage que Lucien Jean-Bap­tiste incar­ne lui-même à l’écran : gen­til. Alors qu’il était déjà à la peine dans sa pre­mière par­tie, le film cale lit­térale­ment dans son dernier quart : pour relancer la machine, le réal­isa­teur cat­a­pulte ses per­son­nages dans un hôpi­tal pour une opéra­tion de la dernière chance où l’ab­sence patente de folie et la timid­ité insur­montable de la mise en scène n’ont plus qu’à compter sur une bonne dose de bon sen­ti­ments pour espér­er emporter la mise. Si le film s’achève effec­tive­ment sur une prise d’o­tage, le pub­lic ne s’est pas ren­du compte qu’il en était la pre­mière vic­time.

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