© Carlotta
The ‘Burbs

The ‘Burbs

de Joe Dante

  • The ‘Burbs
  • États-Unis 1988
  • Réalisation : Joe Dante
  • Scénario : Dana Olsen
  • Image : Robert Stevens
  • Décors : James Spencer
  • Costumes : Rosanna Norton
  • Montage : Marshall Harvey
  • Musique : Jerry Goldsmith
  • Producteur(s) : Larry Brezner, Michael Finnell, Ron Howard, Dana Olsen, Pat Kehoe
  • Production : Imagine Entertainment
  • Interprétation : Tom Hanks (Ray Peterson), Bruce Dern (Mark Rumsfield), Carrie Fisher (Carol Peterson), Rick Ducommun (Art Weingartner), Corey Feldman (Ricky Butler), Wendy Schaal (Bonnie Rumsfield), Henry Gibson (le docteur Werner Klopek)...
  • Distributeur : Carlotta
  • Bonus DVD : Préface de Frank Lafond
    La Vie de banlieue selon Joe Dante (22 mn) : Joe Dante se remémore le tournage du film dans cet entretien exclusif
    The 'Burbs : copie de travail (106 mn) : la copie de travail d’origine du film, issue de la VHS personnelle de Joe Dante ; avec scènes coupées et séquences alternatives
    Le Conte de deux banlieues (24 mn) : une comparaison des principales différences entre la copie de travail et la version cinéma du film ; avec le commentaire audio optionnel de Joe Dante
    Fin alternative (7 mn)
    Archives promotionnelles (12 mn) : featurette et entretiens avec Tom Hanks et Rick Ducommun réalisés pour la sortie du film en salles
    Bande-annonce
  • Éditeur DVD : Carlotta Films
  • Date de sortie DVD : 1 décembre 2016
  • Durée : 1h41

The ‘Burbs

de Joe Dante

Le double-fond de l’imagerie


Le double-fond de l’imagerie

Pour qui con­sid­ère The ‘Burbs comme un « film culte », ce copieux cof­fret édité par Car­lot­ta con­stitue le cadeau de Noël idéal. Enrichi de nom­breux sup­plé­ments (inter­views des acteurs et de Joe Dante, copie de tra­vail, com­men­taires du réal­isa­teur, et un volu­mineux ouvrage col­lec­tif dirigé par Frank Lafond), cet ensem­ble présente toute­fois la lim­ite d’être aus­si peu ana­ly­tique que pro­lixe en anec­dotes et détails de fab­ri­ca­tion. C’est que la teneur même des sup­plé­ments découle de ce con­stat éton­nant, partagé par Frank Lafond (égale­ment l’auteur de pré­face du film) et Joe Dante : The ‘Burbs est devenu au fil des années un objet de fétiche adulé pour sa sur­face séduisante – ses répliques bien sen­ties, ses per­son­nages de car­toon, son sens du pas­tiche.

Or le film, plutôt mineur au sein de la fil­mo­gra­phie de Joe Dante, offre toute­fois un éclairage beau­coup plus pro­fond sur le maniérisme joueur du réal­isa­teur. The ‘Burbs s’ouvre ain­si sur le logo d’Universal (la Terre vue depuis l’espace) qui, tout d’un coup, s’anime avant qu’un mor­ph­ing ne creuse la sur­face du globe pour nous emmen­er jusqu’à une petite rue ban­lieusarde tout à fait arché­typ­ale. De la mar­que, image a pri­ori sans pro­fondeur, naît ain­si un monde qui sem­ble lui-même figé dans un réseau d’imageries : imagerie de la ban­lieue et de ses pavil­lons uni­formisés, imagerie du film d’épouvante, que con­voque allé­gre­ment Dante, et imagerie du ciné­ma lui-même – le film mul­ti­plie les pas­tich­es d’effets (mon­tage singeant les west­erns de Ser­gio Leone, zooms out­ranciers lors de la décou­verte d’un os humain, etc.). Le réc­it se présente d’ailleurs comme un décalque comique de Fenêtre sur cour, avec son héros désœu­vré qui se retrou­ve à espi­onner ses voisins pour y chercher le fris­son de la fic­tion. Ray (Tom Han­ks), obser­va­teur d’abord scep­tique, est dans cette quête accom­pa­g­né de Art, son voisin glou­ton et spec­ta­teur gour­mand, ain­si que de Mark (Bruce Dern), qui est déjà un per­son­nage de ciné­ma (man­i­feste­ment un vétéran du Viet­nam, prêt à ressor­tir sa panoplie du par­fait sol­dat).

Creuser l’image

Leur but ? Creuser, à leur tour, une image : celle de la mai­son inquié­tante qui bor­de le pavil­lon de Ray, et sur laque­lle se cristallise les fan­tasmes de la petite com­mu­nauté. Que ren­ferme la mys­térieuse demeure ? Ce sont les pro­fondeurs (le sol du jardin, la cave) qui intriguent plus par­ti­c­ulière­ment les trois com­pères, per­suadés que l’image est à la fois ce qu’elle paraît être (un théâtre d’opération on ne peut plus louche) et toute autre chose, puisque la vérité à leurs yeux ne peut se trou­ver à la sur­face. Ce rap­port à l’image dépasse toute­fois le cadre d’une oppo­si­tion entre les voisins « nor­maux » et l’intrigante famille Klopek, qui occupe la bâtisse effrayante, pour con­t­a­min­er l’ensemble de l’espace de la fic­tion. Dans une scène de cauchemar où se téle­scopent les dif­férents régimes d’imageries du film, Ray se retrou­ve ain­si sur le grill d’un bar­be­cue (soit un rit­uel ban­lieusard), tor­turé par une con­gré­ga­tion satanique (soit une image de film d’horreur). La caméra zoome alors sur Ray, paniqué, jusqu’à ce que son vis­age se fonde dans un rac­cord avec un poste de télévi­sion. Au mau­vais rêve se suc­cède alors un spot pub­lic­i­taire que Dante, par un mou­ve­ment panoramique, relie au ban­lieusard végé­tant dans son lit, épuisé après cette nuit agitée. Avalé par le cauchemar, Ray est ensuite recraché, hagard, par une con­tre-image : « J’ai tou­jours voulu avoir un voisin comme toi » chan­tonne une voix enjouée, alors que Ray s’extirpe dif­fi­cile­ment de son lit. Cet enchaîne­ment de scènes toutes deux nées de la télévi­sion (avant de s’endormir, Ray tombe sur des red­if­fu­sions de L’Exorciste et de Mas­sacre à la tronçon­neuse 2) traduit bien l’horizon post­mod­erne du film autant qu’il éclaire sur l’habilité de Dante à faire du pas­tiche un hori­zon d’action.

Du mor­ph­ing qui ouvre le film à ce rac­cord, c’est l’idée même d’un mou­ve­ment trans­ver­sal dans l’image qui ani­me l’écriture de Joe Dante. L’image est un corps que l’on par­court (L’Aventure intérieure), un dédale que l’on tra­verse (la folle course pour­suite à tra­vers les grands tableaux du Lou­vre dans Les Looney Tunes passent à l’action), un puits sans fond d’où émer­gent nos peurs les plus intimes (The Hole). The ‘Burbs offre en cela un ter­rain de jeu idéal pour le cinéaste : la ban­lieue, espace nor­matif par excel­lence, se voit devenir le théâtre d’un dérè­gle­ment des dif­férentes imageries qui se con­t­a­mi­nent les unes les autres. Le film se présente dès lors comme le prélude au car­naval post­mod­erne de Grem­lins 2, où le chaos naît de l’accumulation de scènes pas­tichées en une grande faran­dole mon­strueuse et dégénérée.

Soutenez Critikat

Critikat est une revue de cinéma associative dont les rédacteurs et rédactrices sont bénévoles.
Si elle est (et restera) entièrement gratuite, sa production a un coût : votre soutien est précieux pour garantir sa pérennité et son développement (site Internet, vidéos, podcasts...).
N'hésitez pas à nous soutenir mensuellement si vous le pouvez !

Hurlements
Hurlements
The ‘Burbs
The ‘Burbs
Burying the Ex
Burying the Ex
Piranhas
Piranhas
The Hole
The Hole
Joe Dante, l’art du je(u)
Joe Dante, l’art du je(u)
Panic sur Florida Beach
Panic sur Florida Beach
Masters of Horror, saison 1
Masters of Horror, saison 1