Creative Control

Creative Control

de Benjamin Dickinson

  • Creative Control
  • USA2015
  • Réalisation : Benjamin Dickinson
  • Scénario : Benjamin Dickinson, Micah Bloomberg
  • Image : Adam Newport-Berra
  • Décors : John Furgason
  • Costumes : Gina Corell Aglietti
  • Son : Paul Hsu
  • Montage : Megan Brooks, Andrew Hasse
  • Musique : Dražen Bošnjak
  • Producteur(s) : Mark De Pace, Zachary Mortensen, Craig Shilowich, Melody C. Roscher
  • Production : Ghost Robot, Greencard Pictures, Mathematic
  • Interprétation : Benjamin Dickinson (David), Nora Zehetner (Juliette), Dan Gill (Wim), Alexia Rasmussen (Sophie)...
  • Distributeur : Damned Distribution
  • Date de sortie : 9 novembre 2016
  • Durée : 1h37

Creative Control

de Benjamin Dickinson

Pub anti-pub


Pub anti-pub

Dans un futur proche, David est en charge de la cam­pagne pub­lic­i­taire accom­pa­g­nant la sor­tie de nou­velles lunettes à réal­ité aug­men­tée révo­lu­tion­naires. Il les essaie lui-même, et au fur et à mesure de l’expérience, se perd dans un amour malade envers un per­son­nage virtuel. En bon film d’anticipation, Cre­ative Con­trol s’engage à dépein­dre les dérives de notre temps par extrap­o­la­tion, avec ici en ligne de mire les nou­veaux proces­sus d’addictions tech­nologiques. Mais à l’instar d’autres essais de sci­ence-fic­tion récents (Ex Machi­na notam­ment), le film ne parvient jamais à génér­er un quel­conque trou­ble et devient la néga­tion même de ce qu’il proclame être.

Une seule scène se démar­que du lot : en vue sub­jec­tive, nous assis­tons à l’éparpillement de l’attention de David, tan­dis que le plan se sur­charge peu à peu de mes­sages et de vidéos qui con­t­a­mi­nent l’espace de vision du per­son­nage, et donc le nôtre. À ce moment, une angoisse se matéri­alise, la dis­lo­ca­tion du rap­port au monde prend forme. Mais la séquence paraît bien isolée par­mi l’insipidité de tout ce qui l’entoure. On en viendrait à se deman­der si elle n’a pas été le point de départ d’un pro­jet qui n’a jamais été envis­agé au-delà de cette sim­ple scène. L’énumération des cuites, des prob­lèmes de cou­ple et de doutes méta­physiques de David parais­sent en effet par­faite­ment anec­do­tiques. Pour­tant les sujets abor­dés ne man­quent pas de per­ti­nence : rap­port au monde du tra­vail, dépres­sion, sur­charge de sol­lic­i­ta­tions per­ma­nente et inutiles, dis­so­lu­tion de la cel­lule famil­iale au prof­it de rela­tions virtuelles. Mais c’est la manière de les artic­uler qui ne mène nulle part. Le film réduit ses thèmes à autant de petits sketchs noirs baig­nant dans une étrangeté fac­tice et pro­prette. Sur le même principe, la série Black Mir­ror réus­sit ce que Cre­ative Con­trol ne prend même pas la peine d’essayer : drama­tis­er la sit­u­a­tion. Avec sa petite démon­stra­tion cynique, Ben­jamin Dick­in­son veut nous faire bien com­pren­dre que le monde de la pub­lic­ité est super­fi­ciel et destruc­teur. Soit, mais il ne suf­fit pas d’en dress­er des tableaux car­i­cat­u­raux avec le plus grand sérieux du monde pour que l’on se sente le moins du monde con­cerné. Surtout quand ces tableaux ne sont finale­ment rien d’autre que ce qu’ils s’évertuent à dénon­cer.

Dépression cool

Si le film est véri­ta­ble­ment irri­tant, c’est que son réal­isa­teur ne sem­ble jamais pren­dre con­science de ses pos­si­bles lim­ites. Au con­traire, il proclame à chaque instant la beauté classieuse de Cre­ative Con­trol. Tout doit être joli, y com­pris la dépres­sion. Il abuse ain­si d’effets de con­tre jours sub­limés par un noir et blanc classieux, et d’effets visuels épatants dès lors qu’il s’agit de mon­tr­er l’interface des lunettes. Ain­si ce qui devrait être source de malaise est para­doxale­ment ce qui se retrou­ve le plus mis en valeur, comme si le plaisir de tourn­er ce film s’était réduit à ren­dre atti­rant ce qui détru­it les per­son­nages. C’est la même chose con­cer­nant la dépres­sion, le men­songe, la tromperie, le vomi… On com­prend que la « beauté » d’un monde futur­iste puisse mas­quer sa véri­ta­ble hor­reur, mais le film est trop con­sacré à ses tours de passe-passe pour faire autre chose que l’enjoliver, encore et encore. Cette con­tra­dic­tion n’est pas une erreur de par­cours, elle est un véri­ta­ble con­tre-sens. Le sum­mum est d’ailleurs atteint lors d’un trav­el­ling au ralen­ti dans un couloir dont la moquette arbore les mêmes motifs que dans l’hôtel Over­look de Shin­ing. David s’avance alors au rythme d’une musique aux sonorités sev­en­ties singeant celles d’Orange mécanique. Cette scène résume en elle-même l’absence totale de prise de recul sur ce qu’est le film. Car Cre­ative Con­trol est juste­ment l’opposé même d’Orange mécanique. Il n’est que le récep­ta­cle d’une vir­tu­osité glacée, maline, et parsemée de clins d’œil atten­dus. Générale­ment, c’est plutôt ce à quoi est réduite l’imagerie pub­lic­i­taire.

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