Midnight Collection
  • Midnight Collection
    États-Unis
  • Réalisation : James Glickenhaus, Joseph Zito, William Lustig, Frank Henenlotter
  • Éditeur DVD : Carlotta Films
  • Coffret Midnight Collection, partie 1 :
    Blue Jean Cop (Shakedown), James Glickenhaus, 1988
    The Exterminator, James Glickenhaus, 1980
    Le Scorpion rouge (Red Scorpion), Joseph Zito, 1988
    Maniac Cop, William Lustig, 1988
    Sortie : 6 juillet 2016
    Coffret Midnight Collection, partie 2 :
    Frankenhooker, Frank Henenlotter, 1990
    Basket Case, Frank Henenlotter, 1982
    Basket Case 2, Frank Henenlotter, 1990
    Basket Case 3, Frank Henenlotter, 1991
    Sortie : 24 août 2016

Cinéma de mi-cuit


Cinéma de mi-cuit

« Le meilleur de la VHS en DVD ». Der­rière son slo­gan gen­ti­ment ironique, la nou­velle « Mid­night Col­lec­tion » de l’éditeur Car­lot­ta, qui fait la part belle au ciné­ma d’exploitation des années qua­tre-vingt, cache un pro­gramme plus com­plexe qu’il n’y paraît. En réal­ité, tout le monde sait bien que le meilleur de la VHS n’a pas eu à patien­ter jusqu’en 2016 pour con­naître son trans­fert sur DVD – les grands suc­cès, le ciné­ma de pat­ri­moine et les nou­veautés ayant con­nu leur con­ver­sion dig­i­tale dès le piv­ot des années 2000. Or ce nou­veau sup­port, on le com­prend mieux aujourd’hui, n’était pas qu’un sim­ple rem­place­ment. Sub­sti­tu­ant à la copie sur bande mag­né­tique (VHS) le grav­age d’une infor­ma­tion codée, le DVD fut, par la dématéri­al­i­sa­tion qui y pré­side, le pre­mier pas d’un grand chantier écologique : celui de la numéri­sa­tion. Son appari­tion, bien­tôt suivi du Blu-Ray (plus petit, d’une meilleure déf­i­ni­tion) et du fichi­er, immatériel, donne le coup d’envoi d’un net­toy­age glob­al. Cette sélec­tion – à charge pour le DVD de tri­er le bon grain de l’ivraie, au détri­ment de ce limon de jaque­ttes cri­ardes, camaïeu de films gores, de slash­er et de pornos for­mant le mythique ray­on « inter­dit par maman » de nos feux vidéo­clubs –, c’est l’occasion pour le ciné­ma de faire peau neuve en se dépouil­lant de ses excrois­sances. Soit l’équivalent, sur le ter­rain des films, du scé­nario de Bas­ket Case de Frank Henen­lot­ter, dans lequel un jeune homme promène son pro­pre rebut siamois, encore vivant et ôté de force à l’enfance, dans un grand panier d’osier. Il aura ain­si fal­lu atten­dre 2016 pour que renais­sent, ironie de l’histoire, huit nanars des années Shapiro Glick­en­haus Enter­tain­ment (la boîte à l’o­rig­ine de pas mal du meilleur de la série B tar­dive) par les voies sacrées de la réédi­tion pat­ri­mo­ni­ale. Deux fois qua­tre films situés de part et d’autre d’une fron­tière poli­tique aus­si car­i­cat­u­rale que furent les années Rea­gan : d’un côté, le vig­i­lante movie, genre réac où des jus­ticiers déci­dent de laver seuls la ville de ses pêchés ; et les films de Frank Henen­lot­ter, auteur oublié d’une œuvre fasci­nante, conçus comme les man­i­festes chaque fois plus rad­i­caux d’un vivre-ensem­ble en forme d’orgie sociale.

Au milieu des années qua­tre-vingt-dix, un autre lavage de print­emps s’employa à pass­er sa grande vit­rine au Karcher. Avec Rudolph Giu­liani, élu maire de New York en 1994, Man­hat­tan con­naît une reprise en main poli­cière sans précé­dent. Et ce grand coup de bal­ai, la 42e rue, réputée pour ses junkies, ses pros­ti­tués, ses ciné­mas pornos et ses ama­teurs de films gores, en devient le sym­bole en même temps que la vic­time expi­a­toire. Pris pour cible, parce qu’abondamment filmé (le Scors­ese de Taxi Dri­ver en fait sa toile de fond, l’A­bel Fer­rara pre­mière péri­ode son ter­rain de jeu et tout l’underground une véri­ta­ble mai­son), ce trot­toir, autre­fois célèbre pour le con­trechamp de dépra­va­tion qu’il offrait de l’Amérique, passe en une décen­nie du statut de caniveau à celui de fleu­ron de l’embourgeoisement new-yorkais. Résul­tat des cours­es : aujourd’hui, le vig­i­lante s’est effacé sous les traits plus liss­es du super hero movie, Frank Henen­lot­ter ne filme plus (du moins plus depuis Sex Addict, sor­ti en 2008, dix-sept ans après son avant-dernier film) et les touristes ont rem­placé les hook­ers sur la 42e rue. Le « meilleur de la VHS », qui n’est autre que le meilleur du ciné­ma bis de la 42e rue, a désor­mais dis­paru sous l’effet d’une dou­ble gen­tri­fi­ca­tion : celle, poli­tique et urbaine, de Man­hat­tan, et celle, pat­ri­mo­ni­ale, indi­recte­ment provo­quée par la dématéri­al­i­sa­tion du ciné­ma domes­tique. Sans toit, sans pub­lic et sans sup­port, le ciné­ma des mar­gin­aux n’a plus d’économie. Et c’est à l’éclairage de cet hygiénisme que la ressor­tie de la trilo­gie Bas­ket Case et de Franken­hook­er doit être jugée à sa juste valeur. Car, bien plus que les qua­tre vig­i­lante, dont l’intérêt s’épuise un peu dans leur fonc­tion de con­tre­point idéologique, c’est dans ces films en par­ti­c­uli­er que Henen­lot­ter s’employa à com­menter l’esprit du bis tout entier. C’est pourquoi, bien qu’ironique, le slo­gan de Car­lot­ta ne ment pas. Qui mieux que Henen­lot­ter, dont le ciné­ma allie euphorie du gore et mon­stres plas­ma­tiques dans une ode à la mar­gin­al­ité, pou­vait mieux que lui représen­ter les années VHS ?

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Couvrez ce corps que je ne saurais voir

Au sujet de Total Recall de Paul Ver­ho­even, dans lequel le corps d’Arnold Schwarzeneg­ger se voit doté de deux iden­tités, Jérôme Mom­cilovic écrit dans le livre qu’il con­sacre à l’acteur[ref]Le décisif Prodi­ges d’Arnold Schwarzeneg­ger, paru le 7 sep­tem­bre aux édi­tions Capricci.[/ref] : « Le corps y est un déguise­ment (…), les mus­cles de Schwarzeneg­ger un sim­ple cos­tume. Mais s’il est men­acé de dis­paraître, le corps ici se venge en pro­por­tion : au corps-acces­soire qui est le priv­ilège des nan­tis, Total Recall oppose une galerie de freaks qui forme l’image d’une mon­strueuse révolte du corps, sur le mode de la pro­liféra­tion can­céreuse. Seins en trop, bras en infla­tion, embry­on de corps pous­sant sur un autre corps : les mis­éreux par­qués dans les bas-fonds de Mars par­lent pour un corps qui, con­damné au rebut, résiste para­doxale­ment par la mal­adie. En cela, Total Recall dresse surtout le tableau plau­si­ble d’une lutte des class­es à l’ère du post-humain : d’un côté, une surhu­man­ité pour qui “l’anatomie n’est plus un des­tin mais un acces­soire de la présence” ; de l’autre, une sous-human­ité qui n’a plus que le corps pour exis­ter. » Le Mars de Paul Ver­ho­even, c’est un peu l’équivalent de l’underground. Hol­ly­wood n’ayant cessé de porter au pina­cle les corps sculp­tés de ses nou­veaux héros – au pre­mier rang desquels fig­urent Schwarzy et Sly –, le ciné­ma bis de la 42e rue lui répli­qua, en mini trou­ble-fête, d’autres sil­hou­ettes. À la chair maîtrisée et tail­lée à la serpe du body­build­ing, cette chair qui dis­paraît sous un fan­tasme de per­fec­tion, répond un car­naval de mon­stres, de gen­res et de corps dif­formes qui en est la pure con­tra­dic­tion. Or, cette euphorie freak qui naît dans les bas-fonds du ciné­ma améri­cain, per­son­ne ne l’a mieux syn­thétisé, et com­men­té, que la trilo­gie Bas­ket Case de Frank Henen­lot­ter. Le pre­mier épisode, fab­riqué pour quelques dizaines de mil­liers de dol­lars, date de 1982. Duane, jeune homme svelte aux traits doux et pourvu d’une abon­dante chevelure bouclée, débar­que à Man­hat­tan le lende­main de son vingtième anniver­saire. Un peu fauché, mais surtout guidé par le mali­cieux scé­nario de Henen­lot­ter, Duane échoue dans l’hôtel le plus miteux de la 42e rue. Or le jeune homme, dont l’apparente nor­mal­ité con­traste avec la faune de drogués, de pros­ti­tuées et de vieilles folles qui l’observent en chien de faïence, cache un ter­ri­ble secret : son frère siamois Bélial, séparé de son corps à leurs douze ans, est si dif­forme qu’il est con­traint de vivre con­finé – « il ressem­ble à une pieu­vre écrasée par un poids lourd », con­fiera Duane à une pros­ti­tuée sous l’effet de l’alcool. Moins qu’humain, Bélial est un mi-cuit de chair belliqueux, assoif­fé de vengeance et jaloux des oppor­tu­nités sociales que sa joliesse offre à Duane. Mais c’est aus­si, et dès 1982, l’un des per­son­nages les plus mon­strueux d’un sous-genre – l’horreur arti­sanale – pour­tant pas avare en créa­tures répug­nantes. Et comme de fait, ce chew­ing-gum révolté con­tre l’hygiénisme médi­cal qui l’arracha au flanc de son frère, Henen­lot­ter en fera peu à peu le sym­bole d’une human­ité bouturée, où les corps – et les films, qui se déplient en inter­minables séries – bour­geon­nent les uns sur les autres.

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Ce n’est pas un hasard si, dès le pre­mier épisode d’une trilo­gie qui s’achèvera en 1991, les deux fran­gins quit­tent leur sub­urb natal pour les halos de lumière sale que propa­gent les mar­quis­es de Man­hat­tan. On y lit les titres des films de Car­pen­ter – pas encore sauvé des eaux de la mar­gin­al­ité, il en incar­ne alors le meilleur –, cinéaste qui, deux ans plus tard, pous­sant l’ani­ma­tron­ic à son point d’orgue, inven­tera le mon­stre le plus poly­mor­phe de la décen­nie. Mais con­traire­ment à l’auteur de The Thing, chez qui la fusion est d’origine extrater­restre, Bas­ket Case ne fait pas d’équivoque : Bélial, ce trop plein de corps ter­ri­fi­ant, revendique bien son human­ité – et à tra­vers elle, une iden­tité à part entière. En d’autres ter­mes, cet appen­dice crochu, con­scient et hyper­sex­ué (il fini­ra par assas­sin­er puis vio­l­er la petite amie de son frère dans un accès de jalousie) lutte pour que lui soit recon­nu le sim­ple droit d’être améri­cain. Et c’est à ce titre que, réal­isés huit et neuf ans après le suc­cès sur­prise du pre­mier, les deux­ième et troisième épisodes font car­ré­ment offices de man­i­festes. Les siamois séparés, que l’épilogue frat­ri­cide du pre­mier épisode avait ren­du, inertes, au caniveau de la 42e rue, sont recueil­lis par mamie Ruth, char­mante hôtesse d’une vil­la abri­tant une colonie de freaks. Les mon­stres y for­ment une micro société en vase clos, sous la sur­veil­lance archi-pro­tec­trice de cette maman de sub­sti­tu­tion qui, par crainte des repré­sailles, les cou­ve dans son gre­nier. En fait, sous l’œil mi bien­veil­lant, mi amusé de Henen­lot­ter, c’est tout le ciné­ma d’exploitation de la 42e rue qu’on entasse pour une par­o­die de pho­to de famille. À défaut d’avoir réelle­ment existé, chaque mon­stre sem­ble ain­si venir d’un autre film, la réu­nion de tous por­traitu­rant le sous-genre dans toute sa diver­sité de scé­nar­ios – et de corps – pos­si­bles. Car dans ce ciné­ma de la marge, où la per­fec­tion (celle de la jeunesse de Duane par exem­ple) dis­simule tou­jours son ver­so d’impureté (en l’occurrence, Bélial), un scé­nario équiv­aut tou­jours à l’invention d’une nou­velle créa­ture. Dans les meilleurs des cas (The Thing, Bas­ket Case, mais aus­si pourquoi pas, chez le Cro­nen­berg de Chro­mo­some 3, de Video­drome et de La Mouche), se dresse un corps pluriel, pro­fus, divers, miroir inver­sé de la per­fec­tion néo­fas­ciste des sil­hou­ettes healthy du ciné­ma des années Rea­gan.

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Et c’est bien sûr le cas de Franken­hook­er (1990), paru entre les deux derniers épisodes de la trilo­gie, dont le script renchérit plus par­o­dique­ment encore sur la pro­fu­sion euphorique du trop-plein de chair. Les corps en trop, à l’heure du grand ravale­ment d’Hollywood, ce sont bien sûr ceux de la 42e rue : hook­ers, macs et nerds chétifs, venus chercher de quoi vivre dans les recoins moites d’une Amérique tou­jours plus cal­i­forni­enne. Or Franken­hook­er fait pré­cisé­ment de l’addition de ces corps-là son pro­pre pro­gramme nar­quois. Soit l’histoire de Jef­frey Franken, expéri­men­ta­teur pâli­chon se met­tant bille en tête de rac­com­mod­er le corps de sa fiancée – acci­den­telle­ment mise en pièce par une ton­deuse de son inven­tion. Mais plutôt que de coudre la tête de sa promise, ron­douil­lette de son vivant, sur le buste d’une seule vic­time, Jef­frey sélec­tionne un pan­el de pros­ti­tuées dans l’idée bien com­mode de lui com­pos­er un corps par­fait. Et de même que le body­builder se fab­rique un corps par la somme de cha­cun de ses mus­cles, l’inventeur prélève de ses dix spéci­mens (après avoir pris soin de les faire explos­er) les pièces de choix. Résul­tat de ce recon­di­tion­nement guig­no­lesque : sa fiancée, jadis aimante et tim­o­rée, se met à cracher un chapelet de phras­es racoleuses comme un disque rayé. Plutôt qu’une ver­sion améliorée de son amoureuse, notre Pyg­malion hérite d’une poupée pos­sédée par ses gref­fons, dont les « Wan­na get laid ? », « Got mon­ey ? » ou « Ten box for the heav­en ! » se sub­stituent aux effu­sions de ten­dresse. En somme : un rêve de per­fec­tion, sculp­té dans la fange de Man­hat­tan, qui au lieu du mir­a­cle prométhéen escomp­té accouche d’une macé­doine de putes.

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Le geste bis

Au fil de la décen­nie, ce ciné­ma digère sa pro­pre matière : la VHS fait son appari­tion comme motif, creu­sant les films d’un petit ver­tige. Et si le ciné­ma de Henen­lot­ter, ce féru de bis des années soix­ante et soix­ante-dix, n’avait jamais cessé d’annoncer sa pro­pre fin ? Il y a certes une résur­rec­tion de la 42e rue sur le ter­rain de la vidéo : par la VHS d’abord, puis, dans une moin­dre mesure, par le DVD (celui du « direct-to-DVD », ren­voy­ant les films jugés indignes d’une exploita­tion salle à leur statut de « vidéo », sans pass­er par la case « ciné­ma »). Mais dès les années 1980, la VHS, rem­bobin­able à l’infini, devient le refuge en même temps que le tombeau d’une tra­di­tion under­ground qui fini­ra chas­sée des salles. Avec ses défauts gros comme des qual­ités, le bis à l’état pur (donc très impur) dis­paraît au prof­it de l’hyper pro­fes­sion­nal­isme du ciné­ma con­tem­po­rain. Or ce qu’il y a de beau chez Henen­lot­ter, c’est que son ciné­ma le plus mur sem­ble han­té par la fatal­ité de sa dis­pari­tion prochaine. C’est ain­si que la trilo­gie Bas­ket Case se boucle, trois ans avant l’arrivée de Giu­liani au pou­voir, sur un com­ing out com­plète­ment dés­espéré ; c’est aus­si pourquoi le lab­o­ran­tin de Franken­hook­er ressus­cite son épouse au risque d’en faire une catin. Il y a là comme un geste dédou­blé de la part de Henen­lot­ter, un geste bis, pré­cisé­ment : celui d’aller encore plus loin dans l’absurde en bricolant un mon­tre-pute (à l’image d’un sous-genre un peu pute aus­si – et de fait, il voi­sine avec), et d’en faire le chant du cygne le plus racoleur pos­si­ble d’une tra­di­tion drôle­ment sub­ver­sive. C’est pourquoi le choix de Henen­lot­ter, en regard des qua­tre vig­i­lantes, ne peut pas être le fruit du hasard – mais plutôt d’un dia­logue. D’un côté, la répres­sion des freaks, car­i­cat­u­rant dans The Exter­mi­na­tor et Mani­ac Cop en par­ti­c­uli­er le sous-genre le plus améri­cain qui soit : l’élimination indi­vidu­elle de la ver­mine, dans le sil­lage de Fried­kin, Charles Bron­son et Dirty Har­ry. De l’autre, l’autocélébration car­nava­lesque de ces mêmes mon­stres, que les pre­miers aspirent à sup­primer. Soit les deux pôles opposés de l’underground, ciné­ma extrême par nature, dont l’un con­stitue la réponse du berg­er à la bergère de l’autre – et vice ver­sa. Sur le baromètre des années Rea­gan, la zone du bis, c’est celle où les extrêmes se touchent parce qu’ils s’élèvent à l’apogée du par­o­dique.

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Mais con­traire­ment aux qua­tre vig­i­lantes un peu myopes du pre­mier cof­fret, il y a chez Henen­lot­ter la théori­sa­tion con­stante de son pro­pre genre. Sa nature (faite de tocs et de faux-sem­blants) mais aus­si son des­tin, se nouent dans l’anticipation de sa mort. D’où la surenchère man­i­feste de son ciné­ma, avec des mon­stres de plus en plus rapiécés, de plus en plus mar­gin­al­isés aus­si – de la 42e rue du pre­mier Bas­ket Case, les mon­stres migrent au fur et à mesure des épisodes, jusqu’à faire intru­sion dans les foy­ers par le biais d’une annonce télévisée (à moins que ne soit juste­ment annon­cé l’internement vidéo­graphique à venir de cette branche de ciné­ma pes­tiféré). Les drames aus­si devi­en­nent tou­jours plus inqui­ets : l’activisme ter­ror­iste de Bas­ket Case, puis le refus de deuil de Franken­hook­er, dont l’intrigue découle moins d’une pul­sion démi­urgique que de l’intention dés­espérée de con­jur­er l’irréparable. La démence boulim­ique des derniers films d’Henenlotter, tou­jours drôles, s’apparente ain­si à une toute fin de récrée : quand, alors que la son­ner­ie s’apprête à reten­tir, les enfants sur­chauf­fent et accélèrent dans l’espoir que les sec­on­des devi­en­nent des heures. Mais Giu­liani et l’industrie du ciné­ma ont fini par son­ner la cloche, et la par­en­thèse Sex Addict excep­tée (2008), Frank Henen­lot­ter a bel et bien dis­paru des radars. Ce dernier film, injuste­ment mécon­nu et qui ferait pass­er Nympho­ma­ni­ac pour une mièvre leçon d’éducation sex­uelle, com­mence ain­si : « I was born with sev­en clits. » Mais ça, c’est une autre his­toire – et elle ne con­naî­tra pas de suite.

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