La Résurrection du Christ

La Résurrection du Christ

de Kevin Reynolds

  • La Résurrection du Christ
  • (Risen)
  • États-Unis2016
  • Réalisation : Kevin Reynolds
  • Scénario : Kevin Reynolds, Paul Aiello
  • Image : Lorenzo Senatore
  • Décors : Stefano Maria Ortolani
  • Costumes : Maurizio Millenotti
  • Son : Tom Bjelic
  • Montage : Steven Mirkovich
  • Musique : Roque Baños
  • Producteur(s) : Mickey Liddell, Patrick Aiello, Pete Shilaimon
  • Interprétation : Joseph Fiennes (Clavius), Tom Felton (Lucius), Peter Firth (Ponce Pilate), Cliff Curtis (Yeshua), Stewart Scudamore (Pierre), Maria Botto (Marie-Madeleine)...
  • Distributeur : Sony Pictures Releasing France
  • Date de sortie : 4 mai 2016
  • Durée : 1h42

La Résurrection du Christ

de Kevin Reynolds

Le treizième apôtre


Le treizième apôtre

Risen s’ouvre et se referme sur un homme marchant seul dans le désert. Mais là où dans le pre­mier plan la caméra restait sur le per­son­nage, elle le quitte dans le dernier pour cadr­er ultime­ment le ciel. Le titre du film, traduit un peu som­maire­ment en français par « la résur­rec­tion du Christ », ren­voie plutôt, comme le con­firme cette scène finale, à « l’élévation » spir­ituelle de Clav­ius (Joseph Fiennes), un tri­bun mil­i­taire chargé par Ponce Pilate d’enquêter sur la dis­pari­tion du Christ trois jours après son inhu­ma­tion. Face à des événe­ments qu’il ne peut expli­quer rationnelle­ment, Clav­ius va trou­ver la foi et rejoin­dre les apôtres dans leur quête mys­tique. Ce nou­veau block­buster de Kevin Reynolds, à qui l’on doit notam­ment Water­world, sem­ble dès lors s’inscrire dans un renou­veau du péplum biblique, qui, grâce au numérique, repose la ques­tion de la représen­ta­tion du mir­a­cle au ciné­ma, qu’il soit ratio­nal­isé (Exo­dus de Rid­ley Scott et ses plaies d’Egypte fig­urées comme une suite logique de cat­a­stro­phes envi­ron­nemen­tales) ou qu’il con­stitue, au con­traire, le ter­reau d’une cos­mogo­nie sur fond vert (les délires plas­tiques de Noé de Dar­ren Aronof­sky). Or, Risen emprunte une toute autre voie, assez anachronique : con­traire­ment aux gros block­busters hol­ly­woo­d­i­ens sus­men­tion­nés, qui revis­i­taient l’imagerie biblique avec la promesse de mon­tr­er du jamais vu, Reynolds tente plutôt de faire du mir­a­cle un enjeu de mon­tage. De la même façon que Clav­ius est soumis à une épreuve de foi, le spec­ta­teur est ain­si invité à croire, par le truche­ment d’une sim­ple coupe, à la dis­pari­tion fugace du messie ou encore à la guéri­son d’un lépreux.

Inactuel et naïf

Que la pre­mière scène entière­ment numérique, qui voit le Christ cru­ci­fié au milieu d’un océan tumultueux, soit reléguée dans la strate des rêves, illus­tre bien la volon­té de ne faire du mir­a­cle qu’une affaire de croy­ance dans les arti­fices tra­di­tion­nels du ciné­ma. Si cette approche old school paraît à pre­mière vue rafraîchissante, la faib­lesse de son exé­cu­tion, qui con­siste en de fas­ti­dieux tours de passe-passe d’un autre âge, masque dif­fi­cile­ment les faib­less­es tech­niques du film, entérinées par la kitch et grotesque dis­pari­tion finale du Christ. Sans compter que le film porte un regard assez lim­ité sur l’épisode biblique en ques­tion, d’abord traité avec une approche presque « réal­iste », à l’image de la scène de bataille ouvrant le réc­it, qui se heurte toute­fois immé­di­ate­ment à la fac­ture indi­gente d’un télé­film ou d’un direct-to-DVD à la recon­sti­tu­tion aus­si lourde que ratée. Reste que la tam­bouille étonne un peu, tant le film donne à voir dans un pre­mier temps un monde sans magie ni mys­tique, où les apôtres ressem­blent à une bande d’hurluberlus babas-cool. Mais out­re sa fac­tic­ité cri­arde, c’est surtout par sa naïveté formelle et son inac­tu­al­ité que le film échoue à entraîn­er le spec­ta­teur sur le chemin de la croy­ance. Dom­mage, car mal­gré son échec indis­cutable le film témoigne bien que la ren­con­tre entre le mir­a­cle et le grand spec­ta­cle hol­ly­woo­d­i­en a encore beau­coup à offrir.

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