© Esperanza Productions
Wallabout

Wallabout

de Eric McGinty

  • Wallabout
  • États-Unis2014
  • Réalisation : Eric McGinty
  • Scénario : Eric McGinty
  • Image : Christopher Raymond
  • Costumes : Nadya Gurevich
  • Son : Jesse Flaitz
  • Montage : Elizabeth McDonough
  • Musique : Vernon Reid
  • Producteur(s) : Anna Sang Park
  • Production : Veronique Films
  • Interprétation : Ivy Elrod, Steve Ward, Jo-Anne Lee, Jessica Kahler, Mark Reay...
  • Distributeur : Esperanza Productions, Mise en Lumière
  • Date de sortie : 13 avril 2016
  • Durée : 1h42

Wallabout

de Eric McGinty

Dérives


Dérives

Si l’héroïne de Wal­labout, tout juste de retour à Brook­lyn après dix ans d’expatriation à Paris, peine à trou­ver son cen­tre de grav­ité, le film localise le sien presque d’emblée. Il s’agit de Wal­labout Bay, un dis­trict de Navy Yard – le chantier naval de Brook­lyn – fondé au 17ème siè­cle par une colonie wal­lonne. Le détail mérite d’être men­tion­né, tant ce site sem­ble offrir à Alex un port d’attache dans une ville dont les racines ne plon­gent guère plus pro­fondé­ment dans l’Histoire. C’est qu’à New York, ce tem­ple désor­mais un peu désuet de la moder­nité, un irré­sistible tro­pisme con­tin­ue d’entretenir chez le nou­v­el arrivant le mythe de la réin­ven­tion. Encore que cette trente­naire, dépassée par les codes de sa pro­pre cul­ture, tient davan­tage de la revenante. Le pre­mier long-métrage du Fran­co-Améri­cain Eric McGin­ty suit pas à pas l’errance d’une jolie métisse brisée par une rela­tion avec un cinéaste ingrat (et français jusqu’à la car­i­ca­ture). C’est l’histoire d’un fan­tôme, qui revient hanter les lieux de sa jeunesse et cherche dés­espéré­ment à s’incarner dans une ville où une nou­velle généra­tion a entretemps délogé la sienne.

Purgatoire

À tra­vers ce por­trait, c’est aus­si le drame de la paupéri­sa­tion des milieux artis­tiques et intel­lectuels qui se noue en silence, dans une métro­pole où l’intermittence du spec­ta­cle ferait pass­er la France pour un pays de Cocagne. L’inconnue Ivy Elrod masque son impéri­tie sous une moue fron­deuse et une panoplie hip­ster, dont l’insuffisance se fait pour­tant cru­elle­ment ressen­tir au moment de pay­er le loy­er. Dans ce tableau d’une inadéqua­tion au monde tel qu’il va, Wal­labout a le mérite d’éviter à la fois l’écueil de l’étroitesse soci­ologique et celui de l’éventail bar­i­olé du melt­ing-pot new-yorkais. Chère au réal­isa­teur, la prob­lé­ma­tique du bicul­tur­al­isme prend place assez naturelle­ment dans le réc­it, qui s’abstient de brandir en éten­dard son pen­chant pour la diver­sité. Dom­mage que l’écriture use et abuse du procédé des ren­con­tres prov­i­den­tielles au coin de la rue ou sur le per­ron d’un brown­stone, avant de faire céder ses per­son­nages aux sirènes d’une con­fort­able rédemp­tion. Ceux-ci intriguent momen­tané­ment, quand ils mutu­alisent leurs soli­tudes respec­tives. On se dés­in­téresse d’eux dès que le scé­nario devient un marchep­ied à leur boboïsme tri­om­phant. Le par­cours d’Alex est mis en scène sans les affé­ter­ies indie aux­quelles on pou­vait s’attendre, mais sans imag­i­na­tion non plus, mal­gré un sens cer­tain du cadre et du plan large plutôt inhab­ituels pour ce type de pro­jet. Filmée dans un pre­mier temps comme une embar­ca­tion échouée sur la grève, Alex remonte bien vite le courant de sa pro­pre adver­sité. Une fois ce compte à rebours enclenché, sa sin­gu­lar­ité se dilue inéluctable­ment dans l’eau douce d’un épanouisse­ment pro­gram­mé.

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