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Les Ardennes

Les Ardennes

de Robin Pront

  • Les Ardennes
  • (D'Ardennen)
  • Belgique2015
  • Réalisation : Robin Pront
  • Scénario : Jeroen Perceval, Robin Pront
  • d'après : la pièce D'Ardennen
  • de : Jeroen Perceval
  • Image : Robrecht Heyvaert
  • Décors : Geert Paredis
  • Costumes : Catherine Van Bree
  • Son : Robil Rahantoeknam
  • Montage : Alain Dessauvage
  • Musique : Hendrik Willemyns
  • Producteur(s) : Bart Van Langendonck, Xavier Rombaut
  • Production : Savage Film
  • Interprétation : Kevin Janssens (Kenneth), Jeroen Perceval (Dave), Veerle Baetens (Sylvie), Jan Bijvoet (Stef), Viviane De Muynck (la mère), Sam Louwyck (Joyce), Peter Van den Begin (le patron de la laverie de voitures), Éric Godon (Gérard), Rachid «Appa» El Ghazaoui (Chalid)...
  • Distributeur : Diaphana Distribution
  • Date de sortie : 13 avril 2016
  • Durée : 1h33

Les Ardennes

de Robin Pront

Bullhead 2


Bullhead 2

Les Ardennes ressem­ble fort à Bull­head. La société de pro­duc­tion Sav­age Film est à l’origine des deux longs-métrages. Auteur de la pièce de théâtre sur laque­lle s’appuie Les Ardennes, crédité au scé­nario et acteur prin­ci­pal, Jeroen Perce­val était déjà au cast­ing du film de Michael R. Roskam. Et pen­dant un temps, c’était Matthias Schoneaerts qui devait inter­préter le rôle tenu finale­ment par Kevin Janssens.

Plus que l’équipe à l’initiative de ces deux longs métrages, ces derniers se rejoignent par le genre dont ils suiv­ent les codes, le polar sous testostérone. Les Ardennes ne traite pas de trafi­quants d’hormones comme dans Bull­head mais plus prosaïque­ment d’une fratrie de cam­bri­oleurs.

Tension sexuelle

Excep­té un pro­logue tout en caméra portée très con­fus dans sa con­struc­tion, les deux pre­miers tiers du film instal­lent une ambiance prenante. S’appuyant sur un canevas clas­sique, la sor­tie de prison d’un mal­frat ultra­vi­o­lent et sa dif­fi­cile réin­ser­tion dans un envi­ron­nement qui a for­cé­ment évolué, le réc­it se con­cen­tre sur le trio amoureux for­mé par cet ex-taulard, son frère resté en lib­erté, et la com­pagne du pre­mier dev­enue depuis celle du sec­ond.

Par leur qual­ité de jeu, les acteurs font adhér­er à leurs per­son­nages aux allures de stéréo­types. Décou­verte dans Alaba­ma Mon­roe, et récent Magritte (équiv­a­lent des César en Bel­gique) de la meilleure actrice, Veer­le Baetens aimante la caméra d’une sen­su­al­ité à la fois frag­ile et vénéneuse. Dans une Bel­gique grisâtre, faite de petites maisons, de HLM et de garage grais­seux, le film prend des allures de tragédie grecque où il devient de plus en plus cer­tain au fil des min­utes que la mort est au bout du chemin.

De séquence en séquence, par une mise en scène proche des corps, Robin Pront lorgne du côté de Jacques Audi­ard et de son attrait pour les anti­héros à la viril­ité con­trar­iée. Le doux Dave, le petit frère qui a évité la prison, se retrou­ve à s’occuper du petit chien de la sexy Sylvie pen­dant qu’elle tra­vaille en boite de nuit. Le psy­chopathe en puis­sance, Ken­neth, se mas­tur­bant dans une chaus­sette tel un ado­les­cent le temps d’une belle scène noc­turne, sem­ble tou­jours prêt à en découdre, pour un oui pour un non, tou­jours dans la reven­di­ca­tion d’un statut de mâle dom­i­nant. Il y a de vraies qual­ités démon­trées dans l’installation et le développe­ment de ces enjeux souter­rains qui ten­dent le réc­it comme un arc.

Frères Coen

Et puis survient une ellipse sèche qui rebat les cartes du film. Ken­neth a soudain un corps sur les bras qu’il doit faire dis­paraître au plus vite. Il emmène pour cela Dave dans les Ardennes où rési­dent des spé­cial­istes de cette basse œuvre. Con­séquence immé­di­ate, le per­son­nage de Sylvie dis­paraît du champ, ne s’invitant plus dans le réc­it que par des SMS inter­mit­tents. Mal­heureuse­ment tout ce qui fai­sait l’intérêt des actes ini­ti­aux s’évapore avec elle.

Robin Pront décale le face-à-face atten­du entre les deux fran­gins pour décrire la région arden­naise façon Frères Coen dans Far­go. Recherche d’une inquié­tante étrangeté, décalage par l’absurde, dif­fi­cile de savoir quel effet veut pro­duire le réal­isa­teur par ce change­ment brusque de bra­quet. En tout cas, il y échoue claire­ment emmenant petit à petit son film vers un grand guig­nol mal venu. Com­plice trav­es­ti, autruch­es agres­sives en lib­erté, police incom­pé­tente sur les dents, l’action se délite dans un enchaine­ment meur­tri­er des plus improb­a­bles. Le twist final qui fait réap­pa­raître oppor­tuné­ment Sylvie n’arrange rien à l’affaire car ter­mine de gâch­er les promess­es du début du film : la tragédie grecque annon­cée accouche d’un petit vaude­ville sanglant.

Suiv­ant encore une fois les pas de Michael R. Roskam, Robin Pront va par­tir aux États-Unis pour réalis­er son sec­ond film. Espérons que comme son prédécesseur, et son réus­si Quand vient la nuit, il puisse exprimer out­re-Atlan­tique ses qual­ités de faiseur et opte pour plus de sobriété.

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