Dieumerci !

Dieumerci !

de Lucien Jean-Baptiste

  • Dieumerci !
  • France2015
  • Réalisation : Lucien Jean-Baptiste
  • Scénario : Grégory Boutboul, Lucien Jean-Baptiste, Véronique Arménakian
  • Image : Colin Wandersman
  • Décors : Pierre Pell
  • Costumes : Laurence Benoît
  • Son : Dominique Lacour, Benjamin Rosier, Olivier Dô Hùu
  • Montage : Sahra Mekki
  • Musique : Fred Pallem
  • Producteur(s) : Aïssa Djabri, Farid Lahouassa
  • Production : Vertigo Productions, TF1 Films Production, Wild Bunch
  • Interprétation : Lucien Jean-Baptiste (Dieumerci Saint-Michel), Baptiste Lecaplain (Clément), Delphine Théodore (Brigitte), Olivier Sitruk (Marc), Firmine Richard (Marie-Thérèse), Michel Jonasz (Daniel), Jean-François Balmer (M. Ventura)...
  • Distributeur : Wild Bunch
  • Date de sortie : 9 mars 2016
  • Durée : 1h35

Dieumerci !

de Lucien Jean-Baptiste

Intentions précaires


Intentions précaires

Drôle de film que le troisième long-métrage réal­isé par le comé­di­en Lucien Jean-Bap­tiste. Dieumer­ci ! ampli­fie le sen­ti­ment d’en­tre-deux faiblard lais­sé par La Pre­mière Étoile (2009) : voulant être beau­coup de choses à la fois, il ne se donne pas de vrais moyens pour con­cré­tis­er ne serait-ce qu’une seule de ses inten­tions.

Le per­son­nage dont le réal­isa­teur se con­fie le rôle, prénom­mé Dieumer­ci, sort de prison où il a séjourné pour un motif indéter­miné (on devine que ce détail nous sera dévoilé au moment dra­ma­tique le plus oppor­tun), et se met en tête de réalis­er ce qu’il appelle — plusieurs fois, comme un slo­gan à scan­der — “un rêve de gosse” : devenir comé­di­en. Dès cette prémisse, Jean-Bap­tiste annonce son vœu de ten­ter un grand écart de reg­istres — ici entre grav­ité et légèreté. Cela se pré­cise plus loin : le film vise à la fois la suc­cess-sto­ry car­bu­rant à l’én­ergie pos­i­tive (la croy­ance inébran­lable dans ses rêves) et la chronique plus grise d’un out­sider qui lutte pour s’en sor­tir.

Idées préconçues

Soit un mélange para­dox­al pas si évi­dent, qui eût néces­sité plus de con­vic­tion et d’ingéniosité pour con­va­in­cre. Alors que Dieumer­ci se voit admis dans un cours de comédie pour­tant très sélec­tif par un con­cours de cir­con­stances peu vraisem­blable, et tan­dis que pour les pay­er il doit enchaîn­er les boulots pénibles et vivre dans une extrême pré­car­ité, il se con­fronte néan­moins à des obsta­cles de deux ordres mais man­quant pareille­ment de sub­stance. Il y a d’abord cette éton­nante idée reçue que le héros recueille un peu partout dans son entourage sur la voie à laque­lle il aspire — “comé­di­en, c’est pas un méti­er !” lui rétorque-t-on. Cette idée que le héros doit con­tredire paraît si dif­fi­cile­ment crédi­ble (surtout venant d’un film peu­plé de comé­di­ens plutôt bien instal­lés, réal­isa­teur com­pris) qu’on se demande si elle n’a pas été inven­tée spé­ciale­ment pour le scé­nario. Et puis, Dieumer­ci étant noir, il doit faire face à de prévis­i­bles préjugés racistes à peine dis­simulés, que Jean-Bap­tiste prend plaisir à bro­carder à l’échelle de l’ensem­ble des “minorités vis­i­bles” de France. Ce dernier aspect reste le plus effi­cace du film, à défaut d’être sub­til, don­nant lieu à quelques échanges exposant d’un air vachard force clichés sur les Antil­lais, les ouvri­ers por­tu­gais, les Roms, les Indo-Pak­istanais, etc. Il n’empêche que tout cela ne nous mène pas très loin, Dieumer­ci ! ne se don­nant que les moyens les plus som­maires, téléphonés et con­sen­suels de moquer les préjugés en tout genre (préjugés pointés, donc, seule­ment aux endroits les plus évi­dents quand ils ne sont pas arbi­traire­ment instau­rés par le film), si bien qu’on est en peine d’y trou­ver la force de con­vic­tion néces­saire pour goûter à l’hy­pothé­tique satire.

Sitcom

Lucien Jean-Bap­tiste annonce ain­si brass­er beau­coup de choses, mais on finit par se deman­der s’il sait vrai­ment ce qu’il veut faire à tra­vers son film. À un moment, sa suc­cess-sto­ry soli­taire se trans­forme en bud­dy-movie comique, avec pour parte­naire Bap­tiste Lecaplain cam­pant un jeune glan­deur bour­geois rap­pelant un peu trop quelques stéréo­types télévi­suels. Le film tâche de don­ner une épais­seur à ce per­son­nage en détail­lant à quel point lui aus­si, der­rière sa façade de beau gosse insup­port­able sem­blant égaré d’une sit­com estu­di­antine, porte sa pro­pre croix ; mais le pau­vre bute trop sur les lim­ites de son écri­t­ure et de son inter­pré­ta­tion pour espér­er être un vrai pen­dant pour Dieumer­ci, lequel (jeu d’ac­teur con­cerné de Jean-Bap­tiste aidant) focalis­era jusqu’au bout l’at­ten­tion dra­ma­tique. C’est à ce stade qu’on croit finir de cern­er les raisons de ce qu’il faut bien appel­er un échec (pas antipathique, mais échec néan­moins) : les bonnes inten­tions du film se voient bornées et soumis­es à un niv­elle­ment, par le dik­tat de recev­abil­ité immé­di­ate et super­fi­cielle hérité de la télévi­sion par le tout-venant de la comédie française actuelle.

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