Brooklyn

Brooklyn

de John Crowley

  • Brooklyn
  • États-Unis2015
  • Réalisation : John Crowley
  • Scénario : Nick Hornby
  • d'après : le roman Brooklyn
  • de : Colm Tóibín
  • Image : Yves Bélanger
  • Décors : François Séguin
  • Costumes : Odile Dicks-Mireaux
  • Son : Glenn Freemantle, Barry O'Sullivan, Claude La Haye, Michael Heffernan
  • Montage : Jake Roberts
  • Musique : Michael Brook
  • Producteur(s) : Finola Dwyer, Amanda Posey
  • Production : Wildgaze Films, Parallel Film Productions, Item 7
  • Interprétation : Saoirse Ronan (Eilis Lacey), Domhnall Gleeson (Jim Farrell), Emory Cohen (Tony Fiorello), Jim Broadbent (Père Flood), Julie Walters (Mme Keogh), Jessica Paré (Mlle Fortini), Brid Brennan (Mlle Kelly), Fiona Glascott (Rose)...
  • Distributeur : Twentieth Century Fox France
  • Date de sortie : 9 mars 2016
  • Durée : 1h 53min

Brooklyn

de John Crowley

Home is home


Home is home

« Brook­lyn » : voilà un film dont le titre est bien choisi. Lorsqu’Eilis Lacey (Saoirse Ronan), jeune immi­grante irlandaise, quitte Ellis Island pour franchir une porte baig­nant dans un halo presque divin, on pour­rait croire que le film s’attelle alors à une chronique du rêve améri­cain, avec son lot d’obstacles à franchir et de désil­lu­sions à éprou­ver. Sauf que, et c’est la sur­prise que réserve cette bluette pour Oscars, l’Amérique se révèle moins tant l’horizon du film qu’une sim­ple toile de fond : si Eilis décide, sans rai­son appar­ente, de par­tir seule de l’autre côté de l’Atlantique, c’est pour trou­ver une mai­son, « a home ». D’où « Brook­lyn », et pas « Amer­i­ca » : le film se resserre autour des tablées famil­iales et de lieux autour desquels se con­stru­ire (la maison/le travail/l’église) pour trou­ver un endroit où s’ancrer, peu importe où, et délaisse les grands espaces, autant en Europe qu’au Nou­veau Monde.

Pour une intrigue mul­ti­pli­ant dans son mon­tage les tra­ver­sées entre deux maisons pos­si­bles, le film se révèle ain­si éton­nement sta­tique, tout entier con­cen­tré sur la recherche de ce foy­er à trou­ver. Car si la nar­ra­tion vise à déjouer les attentes (un pro­logue irlandais qui lance d’abord une par­tie améri­caine, puis un retour en Irlande qui trou­ve son dénoue­ment aux États-Unis), sa char­p­ente repose plus sur un redou­ble­ment des fonde­ments de l’intrigue que sur de véri­ta­bles vari­a­tions d’échelle. Deux sœurs, deux mères, deux pos­si­bles amoureux, et surtout deux ter­res : voilà pour la struc­ture. Pour le reste, le film s’en tient à un pro­gramme de petite his­toire (le des­tin d’une jeune femme) rat­tachée néces­saire­ment à une grande (l’immigration, le déracin­e­ment, inscrit jusque dans le nom de l’héroïne, Eilis/Ellis). Le film boucle ain­si fréquem­ment ses séquences par un décadrage, comme pour englober la scène dans quelque chose qui la dépasse, en dévoilant le champ vierge où un cou­ple envis­age de bâtir une mai­son ou en cad­rant le corps d’une future morte au milieu d’une riv­ière qui coule. Le souci tient pré­cisé­ment à ce que ces par­tis pris se révè­lent sys­té­ma­tiques.

Entre deux rives

Brook­lyn ressem­ble à un bon pré­cis d’académisme, tant il tient d’une mécanique – tout fonc­tionne par pôles, chaque scène impor­tante a son revers (cf. la « sec­onde » arrivée aux États-Unis) – tablant sur quelques effets se comp­tant sur les doigts d’une main (les décadrages sus­men­tion­nés, les ralen­tis cos­mé­tiques). Surtout, le film n’arrive jamais à dévi­er de son pro­gramme, soit une jeune fille bal­lot­tée entre deux rives (« je me tenais à mi-chemin de l’océan Atlan­tique » dit-elle dans une let­tre pour évo­quer son mal du pays), et ne s’accroche donc à rien d’autre ou presque. Ce qui l’amène à tomber dans la tau­tolo­gie – cf. la morale que finit par trou­ver l’héroïne à son his­toire, « home is home » –, tant l’illustration d’une idée toute sim­ple (on est chez soi là où on se sent chez soi, sans regard pour son lieu d’origine) mobilise un laborieux appareil con­damné au ressasse­ment. Près de deux heures creuses, donc, où sur­nage à peine Saoirse Ronan, rousse à laque­lle ses yeux bleus de poupée con­fèrent une vague étrangeté d’automate, toute­fois mal exploitée par un réc­it bal­isé et ver­rouil­lé.

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